En Espagne, les médecins du réseau public en grève en pleine deuxième vague

Les médecins dénoncent particulièrement un décret, publié fin septembre, qui permet d’affecter les médecins, quelle que soit leur spécialité, à d’autres services hospitaliers en fonction des besoins.
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Les médecins dénoncent particulièrement un décret, publié fin septembre, qui permet d’affecter les médecins, quelle que soit leur spécialité, à d’autres services hospitaliers en fonction des besoins.

Exsangues après avoir lutté contre la pandémie de COVID-19 depuis plus de six mois, la grande majorité des médecins espagnols du service public ont entamé mardi une grève nationale, la première depuis 25 ans, pour réclamer plus de reconnaissance.

En raison des mesures de distanciation sociale et du service minimum imposé par les autorités, ils n’étaient à Madrid qu’une cinquantaine à protester devant le parlement, à l’appel de la Confédération nationale des syndicats de médecins (CESM).

Mais selon le CESM, contacté par l’AFP, environ 85 % des 267 000 médecins espagnols ont participé à cette grève, la plupart de façon symbolique en assurant tout de même leur service.

Ce mouvement national dans l’un des pays les plus endeuillés par la pandémie de COVID-19 est une première en 25 ans alors que les mobilisations de médecins sont habituellement régionales en Espagne, les régions y étant compétentes en matière de santé.

Selon Sergio Casabona, gastro-entérologue présent devant le parlement espagnol, « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » pour des soignants éprouvés par la lutte contre la COVID-19 a été un décret, publié fin septembre, qui permet d’affecter les médecins, quelle que soit leur spécialité, à d’autres services hospitaliers en fonction des besoins.

Une réforme motivée par la pandémie, selon le ministère de la Santé.

Pour le CESM, cette mesure est « l’attentat le plus important perpétré contre la santé [publique] espagnole ».

Espacés de plusieurs mètres, les manifestants, vêtus de blouses blanches et portant des masques FFP2 (aussi connus sous le nom N95), tenaient des pancartes montrant un groupe de patients avec leur médecin sur le point d’être écrasés par une botte militaire avec la légende « Grève nationale, sauvons la Santé ».

Pour Pablo Cereceda, chirurgien digestif, c’est un « décret bâclé qui révèle l’incapacité [des autorités] à affronter cette pandémie ».

Sergio Casabona critique, lui, des décisions politiques prises « sans concertation avec les professionnels », en référence notamment à l’hôpital Isabel Zendal, surnommé « l’hôpital des pandémies », construit « en un temps record » par la région de Madrid qui doit l’inaugurer très prochainement.

« Ce n’est pas un hôpital, mais un bâtiment, sans personnel », s’énerve le docteur, alors que les médecins s’interrogent sur les moyens humains qui seront alloués à cet hôpital quand tous les autres manquent déjà de personnel.

Dans ce contexte, le gouvernement espagnol a annoncé mardi que le budget destiné à la santé publique serait augmenté de 151 %, avec une dotation d’environ trois milliards d’euros supplémentaires (environ 4,67 milliards de dollars), dont 2,4 milliards (3,7 milliards de dollars) proviendront du plan de relance européen et seront destinés à l’achat de vaccins et au renforcement du réseau public de médecins généralistes.