En Italie, la Lombardie de nouveau en première ligne face à la deuxième vague

Traumatisés après la première vague, les habitants de Milan et du reste de la Lombardie apparaissent globalement respectueux des consignes.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Traumatisés après la première vague, les habitants de Milan et du reste de la Lombardie apparaissent globalement respectueux des consignes.

Première région d’Europe massivement touchée par la pandémie en février et mars, la riche Lombardie se retrouve de nouveau en première ligne, enregistrant une explosion du nombre de cas, ce qui va la conduire à instaurer un couvre-feu, une première en Italie depuis la fin du confinement.

Le couvre-feu doit entrer en vigueur à partir de jeudi, de 23 h 00 à 05 h 00, pour trois semaines.

L’Italie connaît depuis vendredi une forte hausse des cas de COVID-19 (plus de 10 000 par jour), et la Lombardie est de nouveau la région la plus touchée.

Poumon économique de l’Italie avec la Vénétie et l’Émilie-Romagne, la Lombardie a enregistré lundi 1687 nouveaux cas sur les 9338 de l’Italie. Et samedi, c’était 2975, soit un quart du total du jour.

Depuis février, le tribut payé par la région est encore plus lourd : un tiers des cas et 46 % des décès (17 084 sur 36 616).

Du 12 au 19 octobre, le nombre de malades hospitalisés a augmenté de 145 % dans cette région où vivent dix millions de personnes, dont un peu moins de 1,4 million à Milan.

« Hier, nous avions en soins intensifs [en Lombardie] 113 personnes », mais selon les experts, sans nouvelle mesure, « il y a un risque sérieux qu’elles soient 600 » fin octobre, avec en tout 4000 personnes hospitalisées, « mettant en difficulté les hôpitaux », a expliqué le maire de Milan, Beppe Sala, sur Facebook.

Traumatisme

Le couvre-feu devrait être assorti d’une fermeture le week-end des commerces de la moyenne et grande distribution ne vendant pas de produits de première nécessité (nourriture, pharmacie…).

Dès samedi, la Lombardie avait instauré des mesures plus sévères, décidant, entre autres, la fermeture des bars et restaurants à partir de minuit et la suspension des activités de sport amateur. Depuis, le reste du pays l’a suivie.

 

Traumatisés après la première vague et les images du cortège macabre des camions militaires transportant des dizaines de cercueils à Bergame, les habitants apparaissent globalement respectueux des consignes.

« Je n’arrive pas à comprendre [cette deuxième vague] : les gens portent le masque (même à l’extérieur), se fréquentent moins. Peut-être que les jeunes commettent des erreurs quand ils se rencontrent, souvent ils ne portent pas le masque, mais leur faire porter la responsabilité, non, je ne crois pas », déclare à l’AFP Antonella Pezzotta, 60 ans.

Alors pourquoi la Lombardie est-elle encore en première ligne ?

« Probablement parce que c’est la région la plus active, la plus dynamique. C’est une région avec une forte densité de population et une forte concentration des gens dans les villes. Croiser tant de personnes facilite la transmission », explique à l’AFP Francesco Bini, responsable du département de pneumologie à l’hôpital de Garbagnate.

Les transports ? Le smog ?

Certains pointent du doigt la concentration dans les transports en commun de la métropole milanaise.

« Ils ont repris leur rythme normal. Depuis quelques semaines, ils ont retiré les signalétiques au sol, et dans le métro ou le tram, c’est la cohue. Selon moi, ils ont fait une grosse erreur », estime Alessandro Sigolo, un kiosquier de 57 ans.

Selon sa femme, Rosy Varrella, « le problème est que les écoles et les bureaux ouvrent à la même heure. Il faudrait organiser des classes l’après-midi et permettre d’arriver de manière étalée au bureau ».

Selon certaines études, les contaminations sont plus importantes en cas de pollution atmosphérique. Or le smog est extrêmement présent dans la plaine du Pô, enserrée en partie par des montagnes.

Une étude menée en février et mars par la Société italienne de médecine environnementale (SIMA) montrait d’ailleurs que les régions moins polluées aux particules PM10 présentaient ainsi une moyenne de 0,03 infection pour 1000 habitants, et les régions les plus polluées de 0,26.

« Certaines études ont parlé d’un possible impact du smog, mais la preuve […] n’a jamais été apportée », précise néanmoins le professeur Bini.

Certains médecins généralistes, qui n’avaient pas compté leurs heures pendant la première vague, voient la deuxième arriver avec appréhension. « Je ne sais pas si je vais tenir », confie l’un d’eux, alors que son téléphone ne cesse de sonner, pour une toux suspecte ou un cas contact.

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