Le mouvement «anti-corona» suscite l’indignation à Berlin

Près de 40 000 personnes protestant contre les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 se sont rassemblées devant le Reichstag, siège du pouvoir à Berlin.
Photo: John Macdougall Agence France-Presse Près de 40 000 personnes protestant contre les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 se sont rassemblées devant le Reichstag, siège du pouvoir à Berlin.

Plusieurs dirigeants allemands ont dénoncé dimanche une « atteinte à la démocratie » après une tentative de prise d’assaut du parlement national lors d’une manifestation « anti-corona » qui a marqué une nouvelle étape dans la radicalisation du mouvement.

Les images samedi soir montrant plusieurs centaines de protestataires forcer un barrage de police pour monter sur les marches du Reichstag, à Berlin, où siègent les députés, et tenter d’y pénétrer, ont créé une onde de choc en Allemagne.

Cet incident a été le point d’orgue d’une manifestation d’« anti-masques »qui a rassemblé près de 40 000 personnes protestant contre les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 et qui s’est soldée par environ 300 interpellations lors d’échauffourées avec la police.

L’extrême droite mobilisée

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, s’est élevé contre une « attaque insupportable visant le cœur de notre démocratie ». Il a dénoncé « les outrances d’extrême droite » ainsi que les « drapeaux du Reich » allemand aux couleurs noire, blanche et rouge brandis par les manifestants en souvenir de l’Empire ayant disparu en 1919 après la Première Guerre mondiale.

« Nous n’accepterons jamais cela », a ajouté M. Steinmeier, considéré comme la caution morale du pays.

La ministre de la Justice, Christina Lambrecht, a appelé à « se défendre contre ces ennemis de notre démocratie », alors qu’un débat est lancé sur l’opportunité de continuer à autoriser ce type de manifestations.

« L’image insupportable de néonazis devant le Reichstag […] ne peut pas se répéter », a-t-elle dit au groupe de presse régionale Funke, tandis que son collègue de l’Intérieur, Horst Seehofer, a parlé d’un dérapage « inacceptable » visant le « centre symbolique de notre démocratie ».

Les manifestants ont été empêchés de justesse samedi soir de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment par les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz pour disperser la foule et interpellé plusieurs personnes.

La police a paru un moment débordée, avec seulement une poignée d’agents tentant de bloquer la foule.

Elle a à nouveau mobilisé un important dispositif dimanche, car environ 2000 protestataires se sont à nouveau rassemblés non loin du Reichstag, d’abord près de la colonne de la Victoire, un grand carrefour du centre-ville, puis porte de Brandebourg, à deux pas du parlement.

Plusieurs autres rassemblements similaires, mais moins importants, ont eu lieu en Europe, en Grande-Bretagne, en France ou en Autriche.

Celui de Berlin est intervenu deux jours après l’annonce par le gouvernement d’Angela Merkel de nouvelles restrictions face à la recrudescence observée des infections.

La foule était hétéroclite, comme souvent dans ce type de rassemblements, composée de militants anti-vaccin, de complotistes, de citoyens authentiquement préoccupés par les restrictions liées à la pandémie, mais aussi, et de plus en plus selon les autorités, de sympathisants d’extrême droite.

« Il faut stopper le virus brun ! » titrait dimanche le Bild, journal le plus lu d’Allemagne.

« Voir des drapeaux de l’Empire devant le parlement est une honte », a tweeté le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas.

Si le droit de manifester doit être défendu, « personne ne devrait aller jusqu’à défiler derrière les extrémistes de droite », a-t-il ajouté.

Échos à Boston

De l’autre côté de l’Atlantique, environ un millier de personnes ont manifesté dimanche à Boston contre la nouvelle obligation faite aux élèves du Massachusetts d’être vaccinés contre la grippe, qui vise à limiter les conséquences d’une possible deuxième vague de coronavirus.

Les autorités du Massachusetts, emmenées par le gouverneur républicain Charlie Baker, très critique de Donald Trump, ont été les premières aux États-Unis à ajouter, le 19 août, la grippe à la liste des vaccins requis pour les élèves et étudiants. Ceux témoignant d’une contre-indication médicale ou religieuse, qui font l’école à la maison ou dont l’enseignement sera 100 % virtuel, sont exemptés.

Les manifestants, qui se sont rassemblés dans le calme devant le siège du gouverneur, pour la plupart non masqués, ont dénoncé une attaque aux droits individuels.

Certains manifestants arboraient aussi des drapeaux appelant à réélire Trump en novembre, d’autres encore des t-shirts marqués de la lettre « Q » pour la mouvance d’extrême droite conspirationniste QAnon.

De nombreux hauts responsables de santé américains, y compris Robert Redfield, directeur des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies, ont appelé les Américains à se faire vacciner contre la grippe cette année pour éviter d’aggraver plus encore la crise de coronavirus, sans appeler à en faire une obligation.

 

25 millions de cas dans le monde

La pandémie a dépassé dimanche la barre des 25 millions de personnes contaminées, dont plus de la moitié aux États-Unis, selon un décompte de l’AFP. Le coronavirus a fait au moins 843 149 morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles dimanche.

L’Inde a établi un triste record dimanche en enregistrant 78 761 nouveaux cas durant les 24 dernières heures. Avec 3,5 millions de personnes ayant été contaminées, l’Inde est le troisième pays comptant le plus de cas de coronavirus, après les États-Unis et le Brésil. La maladie a tué 63 000 Indiens. Le gouvernement du pays au deuxième rang de la population mondiale (1,3 milliard d’habitants) avait annoncé samedi un assouplissement des règles sanitaires en vigueur depuis mars pour tenter de relancer l’économie. À partir de septembre, les rassemblements culturels, politiques et sportifs rassemblant jusqu’à 100 personnes seront autorisés.

Agence France-Presse


À voir en vidéo