De plus en plus de traversées clandestines de la Manche observées

Les autorités britanniques ont intercepté dimanche un groupe de migrants qui tentaient d'atteindre la côté anglaise à bord d'une petite embarcation.
Photo: Glyn Kirk Agence France-Presse Les autorités britanniques ont intercepté dimanche un groupe de migrants qui tentaient d'atteindre la côté anglaise à bord d'une petite embarcation.

Malgré le risque et la mobilisation d’importants moyens de surveillance, les tentatives de traversées clandestines de la Manche entre la France et l’Angleterre se multiplient, un phénomène lié notamment aux réseaux de passeurs, de plus en plus organisés.

Depuis le 1er janvier, les autorités locales côté français ont ainsi comptabilisé 342 tentatives ou traversées impliquant 4192 migrants, contre 203 tentatives ou traversées impliquant 2294 migrants sur l’ensemble de 2019.

Seize migrants qui tentaient de traverser le cours d’eau sur des petites embarcations ont d’ailleurs été secourus mardi lors de trois opérations distinctes, ont annoncé les autorités françaises.

Parfois ce sont « plusieurs dizaines de personnes qui tentent la traversée sur une seule journée », et même 232 le 30 juillet, confirme Philippe Sabatier, procureur adjoint de Boulogne-sur-Mer, dans le nord de la France. Une situation qui a suscité dimanche le courroux du gouvernement britannique et entraîné une réunion à Paris mardi.

« Sur le terrain, cela se traduit par des flux importants de migrants. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants et aussi de gens qui disparaissent, dont une partie arrive à traverser », confie François Guennoc, vice-président de l’association l’Auberge des migrants.

Il recense actuellement « entre 1000 et 1200 migrants » répartis dans la zone de Calais-Coquelle, point de départ privilégié pour sa proximité avec les côtes anglaises.

Même si la météo estivale incite davantage aux départs, « on n’aurait jamais pensé que les traversées prendraient une telle ampleur, bien qu’elles aient connu une croissance régulière depuis octobre 2018 », note-t-il. Mais « cela fonctionne, car le taux de réussite des traversées est entre 60 et 70 %, ce qui est quand même significatif ».

La préfecture du Pas-de-Calais affiche, en revanche, auprès de l’AFP, d’autres résultats : « de janvier à juillet 2020, les traversées empêchées et les interpellations de migrants ont été multipliées par plus de 5, par rapport à la même période en 2019. Pour juillet 2020, nous avons empêché 10 fois plus de traversées qu’en juillet 2019 et 4 fois plus d’embarcations et de matériels ont été découverts dans les dunes ».

Planches et canots

Moyennant environ 3000 euros (environ 4686 $CAN) par personne, les passeurs font embarquer les migrants sur des embarcations de fortune, majoritairement des canots pneumatiques achetés sur des sites d’annonce et aussi en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas, mais aussi parfois de simples planches de paddles.

« Quand les conditions climatiques le permettent, ils livrent le bateau sur la côte puis s’assurent que les clients rejoignent le lieu d’embarcation […] C’est un mode de passage particulièrement lucratif et plus facile à organiser », explique M. Sabatier.

Face à cette recrudescence, les autorités ont mis en œuvre d’importants moyens maritimes et terrestres. Depuis janvier, « au tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer, quatre filières relatives à des passages maritimes ont été démantelées », indique le parquet, qui évoque « sept personnes condamnées ».

Mais les difficultés sont multiples : l’« immensité de la zone à couvrir, des conditions d’intervention difficiles », notamment pour « repérer les migrants de nuit sur des plages aux reliefs divers », la « volonté des migrants de passer coûte que coûte malgré le risque », ou encore les « violences des passeurs pour les forcer à embarquer, notamment en surchargeant les bateaux », énumère le procureur adjoint Philippe Sabatier.

À voir en vidéo