La France renforce le confinement de sa population pour combattre l’épidémie

Le président français, dans une allocution télévisée, s’est dit choqué par les rassemblements qu’il a vus dimanche dans les parcs de Paris, annonçant ensuite que les infractions aux mesures de confinement seront sanctionnées.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le président français, dans une allocution télévisée, s’est dit choqué par les rassemblements qu’il a vus dimanche dans les parcs de Paris, annonçant ensuite que les infractions aux mesures de confinement seront sanctionnées.

Après l’Italie et l’Espagne, la France a décidé de renforcer le confinement de sa population pour combattre l’épidémie de coronavirus. Alors que la France est le troisième pays européen parmi les plus touchés, après l’Italie et l’Espagne, à partir de mardi midi, les Français seront donc assignés à résidence. Pour une période d’au moins 15 jours, ils ne pourront sortir de chez eux que pour faire leurs courses, aller à la pharmacie, travailler (s’ils ne peuvent pas le faire de chez eux) ou pour cas de force majeure. Fini donc les regroupements familiaux ou amicaux et les déplacements qui ne sont pas absolument nécessaires.

Selon le Conseil scientifique qui conseille le président, il s’agit surtout de ralentir l’épidémie afin d’éviter l’engorgement des hôpitaux. « Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire », a déclaré le président, qui s’est dit choqué des rassemblements qu’il a vus dimanche dans les parcs de Paris. Les infractions seront sanctionnées, précise-t-il.

Comme si les Parisiens avaient pressenti la nouvelle, lundi après-midi, les rues de Paris étaient inhabituellement pleines de personnes tirant leur chariot de coursespour aller faire des provisions. À l’entrée des grandes surfaces, les queues s’allongeaient afin de respecter les distances de sécurité à l’intérieur. Dans les gares, de nombreux étudiants de province cherchaient un train pour rejoindre leur famille et ne pas être coincés dans la capitale durant cette période de confinement.

Suspension des réformes

À la surprise générale, Emmanuel Macron a aussi annoncé qu’il suspendait toutes les réformes en cours, notamment la très controversée réforme des retraites. Alors qu’il n’avait pas jugé bon de le faire il y a quelques jours à peine pour le premier tour, il a aussi annoncé le report du second tour des élections municipales sans en préciser la date ni les modalités. Un report demandé dès samedi dernier et qui fait largement consensus.

On est loin du 6 mars, alors qu’il y a dix jours à peine Emmanuel Macron était allé au théâtre Antoine avec son épouse afin d’inciter les Français à « ne pas modifier leurs habitudes de sortie », disait-il. Le président s’engage aussi à envoyer l’armée dans l’est du pays où l’épidémie est particulièrement intense. Un hôpital militaire sera mis sur pied.

Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire

Comme l’a proposé lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron a annoncé un bouclage des frontières extérieures de l’espace Schengen pour une période de 30 jours. Les pays membres de l’Union européenne n’ont cependant pas attendu Bruxelles pour agir. Lundi matin à 8 heures, le tramway de Strasbourg a cessé de franchir la frontière allemande. Au poste-frontière, les simples visiteurs, les piétons et les touristes ont été refoulés. Seuls étaient admis les travailleurs transfrontaliers et les camions de marchandises. La veille au soir, l’Allemagne avait décidé de fermer ses frontières avec la France, la Suisse et l’Autriche.

En ces temps d’épidémie, il n’y a pas qu’au Canada que les responsables politiques s’écharpent sur la fermeture des frontières. Sans attendre les conseils de Bruxelles, une bonne douzaine de pays européens ont décidé de fermer unilatéralement leurs frontières, d’établir des barrages filtrants ou des contrôles sanitaires. Parmi eux, le Danemark, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, l’Ukraine et Chypre. Plus récemment, la Lituanie, l’Espagne et la République tchèque leur ont emboîté le pas. Depuis le 10 mars, l’Autriche et la Slovénie imposent aussi des contrôles sanitaires à la frontière italienne.

« Schengen n’existe plus »

« Désormais, Schengen n’existe plus, on s’en souviendra dans les livres d’histoire ! », a affirmé vendredi dernier Luca Zaia, membre de la Ligue et président de la Vénétie, l’une des régions d’Europe les plus touchées par l’épidémie. Comme lors de la crise des migrants en 2018, la liberté de circulation garantie par le traité de Schengen n’a pas résisté à l’épidémie.

La semaine dernière, la France était le seul pays à refuser encore de pratiquer des barrages sanitaires à la frontière italienne et à critiquer les décisions de la Slovénie et de l’Autriche. Même l’Italie a fermé en partie sa frontière avec la France. Isolé au sein de l’Union européenne, Emmanuel Macron semble être un des rares dirigeants à croire encore que « fermer les frontières n’est pas efficace » et que « les virus n’ont pas de passeport », comme il le disait jeudi dernier. En France, le débat fait rage depuis le 26 février alors que plusieurs élus s’étaient opposés en vain à la venue de 3000 supporters de la Juventus de Turin pour un match de soccer contre l’Olympique à Lyon. L’épidémie n’en était alors qu’à ses débuts.

Vendredi, Ursula von der Leyen continuait à soutenir que « les interdictions de voyage générales ne sont pas considérées comme très efficaces ». Tout au plus se disait-elle prête à accepter certains contrôles sanitaires aux frontières. Pourtant, il n’est pas « illégitime de se demander si la défense bec et ongles du principe de la frontière ouverte — c’est-à-dire de l’absence de frontière en matière de circulation des biens et des personnes — ne constitue pas une limite malheureuse à l’efficacité de la réponse gouvernementale à la crise » écrit l’historien Éric Juillot, auteur de La déconstruction européenne (Xenia Editions). Difficile de savoir si Bruxelles a changé d’idée. Mais, lundi, la commission a finalement admis que « moins il y aura de déplacements, mieux nous pourrons contenir le virus ».