Les Français boudent les élections municipales

Les assesseurs portent des gants et les électeurs sont invités à apporter leur propre stylo.
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse Les assesseurs portent des gants et les électeurs sont invités à apporter leur propre stylo.

Les Français ont massivement déserté les urnes dimanche lors du premier tour des élections municipales, maintenues malgré la crise sanitaire due à l’épidémie de coronavirus, qui a fait 127 morts et 5400 cas de contamination.

Alors que les bars, restaurants, cinémas et commerces non essentiels sont fermés depuis samedi, et que la France semble se diriger vers un confinement généralisé, l’enjeu du scrutin est apparu illisible, et plusieurs responsables politiques ont réclamé le report du second tour des municipales.

Parmi les quelque 47,7 millions d’électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié aura au final glissé un bulletin dans l’urne dimanche, dans une ambiance générale surréaliste.

Le taux d’abstention, qui pourrait s’établir entre 53,5 % et 56 %, est d’ores et déjà historique. Il avait été de 36,45 % au premier tour des dernières municipales de 2014.

Cette abstention « témoigne de l’inquiétude grandissante de nos concitoyens », a déclaré dimanche soir le premier ministre Edouard Philippe, arrivé en tête dans la ville du Havre (ouest) où il se présentait. Il a ajouté qu’une consultation des experts et des partis aurait lieu « en début de semaine » sur la tenue ou non du second tour.

Les responsables écologistes, d’extrême droite, de la gauche radicale et de la droite, ont réclamé le report du deuxième tour.

Le bilan du coronavirus en France, l’un des pays les plus touchés dans le monde, s’élève désormais à 127 morts et 5423 cas de contamination confirmés, soit plus de 900 cas supplémentaires en un jour, selon l’agence nationale de santé publique.

Face à ces chiffres, et au lendemain des mesures drastiques annoncées par le gouvernement, l’enjeu du scrutin a été complètement éclipsé.

Les électeurs n’ont pas répondu à l’appel du président Emmanuel Macron qui avait insisté dans la journée sur l’importance de voter « dans ces moments-là », en mettant son propre bulletin dans l’urne dimanche au Touquet.

L’abstention « dit la situation exceptionnelle que traverse le pays et la façon dont les Français ont été bouleversés par les trois jours qui se sont écoulés », a estimé sur TF1 le politologue Jérôme Jaffré.

Outre les fermetures des commerces « non essentiels », les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits, le système scolaire sera à l’arrêt dans tout le pays à partir de lundi. En montagne, l’ensemble du domaine skiable a fermé dimanche jusqu’à l’hiver prochain, et dans les prochains jours, les transports seront fortement réduits. En outre, les tribunaux seront fermés en France à partir de lundi, sauf pour les « contentieux essentiels ».

Hidalgo largement en tête

Les premières estimations ont commencé à tomber dimanche soir. À Paris, où la campagne a été très mouvementée, la maire socialiste sortante Anne Hidalgo est largement arrivée en tête du premier tour, avec 30 %, devant sa rivale de droite Rachida Dati. La candidate macroniste Agnès Buzyn est arrivée 3e.

Parmi les membres du gouvernement en lice, le premier ministre Edouard Philippe, candidat au Havre, était en tête, et le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a été élu au premier tour à Tourcoing, dans le nord.

À Lille, la grande métropole du nord, la socialiste Martine Aubry arrivait en tête (30 %) devant les candidats écologiste et du parti présidentiel.

Plusieurs élus d’extrême droite ont été réélus dès le premier tour, comme Steeve Briois à Hénin Beaumont ou David Rachline à Fréjus.

Consignes strictes

Des consignes strictes avaient été données pour l’organisation du scrutin.

Poignées de porte, tables, isoloirs… tout devait être nettoyé dans les bureaux de vote et des mesures prises pour éviter les files d’attente et faire respecter les distances de sécurité.

Le ministère de l’Intérieur a recommandé aux électeurs d’apporter leur propre stylo pour signer les cahiers d’émargement, une consigne largement suivie.

L’enjeu politique du scrutin réside surtout dans la capacité pour le parti présidentiel à s’ancrer localement, et pour les oppositions, laminées en 2017, à reprendre des couleurs.

L’exécutif a traversé une période délicate ces derniers mois, marquée par de longs mouvements sociaux comme les gilets jaunes ou la grève contre la réforme controversée des retraites.