L’extrême droite est le «principal» danger de la démocratie en Allemagne

Björn Höcke, chef de file du parti AfD, photographié en 2016 lors d'un rassemblement.
Photo: Jens Meyer Associated Press Björn Höcke, chef de file du parti AfD, photographié en 2016 lors d'un rassemblement.

La frange la plus radicale du parti d’extrême droite allemand a été placée jeudi sous surveillance par la police, qui juge que cette mouvance représente aujourd’hui le « principal » danger pour la démocratie du pays, 75 ans après la fin du nazisme.

« Nous savons aujourd’hui que les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l’intérieur, c’est l’avertissement que nous lance notre histoire », a affirmé le patron des services de Renseignements allemands, Thomas Haldenwang.

Il a souligné que la mouvance d’extrême droite la plus radicale dans le pays comptait actuellement environ 32 000 sympathisants, un chiffre en forte augmentation, dont « 13 000 personnes prêtes à la violence ».

Parmi eux, l’Office fédéral pour la protection de la Constitution a clairement identifié le mouvement l’Aile, frange ultra du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), principale force d’opposition à la chambre nationale des députés.

Estimée à 7000 membres, sur les 35 000 que compte l’AfD, cette mouvance est dirigée par Björn Höcke, chef de file du parti AfD en Thuringe et récemment à l’origine d’une crise politique majeure dans le pays après avoir tenté de faire alliance avec la droite modérée de la chancelière Angela Merkel.

Cet homme de 47 ans et ses partisans remettent en particulier en cause la culture de repentance de l’Allemagne pour les crimes nazis. M. Höcke a qualifié dans le passé le mémorial de l’Holocauste à Berlin de monument « de la honte ».

Ils agitent aussi régulièrement la menace d’un grand « remplacement » de la population allemande autochtone par les immigrés.

L’Office de protection de la Constitution a justifié sa décision en estimant avoir constaté que l’Aile et ses responsables pouvaient être qualifiés d’« extrémistes » et avaient « mis en cause » dans leurs discours et actions « des symboles forts de notre régime démocratique » ainsi que « la dignité humaine » et « l’État de droit ».

Ce placement sous surveillance intervient au terme d’un examen de plus d’une année des discours et des publications des membres de cette mouvance appartenant au parti fondé en 2013.

Sanction policière

Concrètement, cette décision donne des pouvoirs accrus aux services chargés du renseignement intérieur, notamment la possibilité d’espionner les télécommunications des membres de cette organisation, de stocker des données personnelles, de recruter des informateurs et d’utiliser des agents infiltrés.

Ce traitement est réservé en Allemagne aux organisations les plus extrêmes, considérées comme un danger potentiel pour l’État et du coup frappées du sceau de l’infamie.

Sur Twitter, l’AfD a dénoncé une « instrumentalisation politique ».

Cette sanction policière intervient dans un contexte de regain du terrorisme d’extrême droite, avec trois attentats commis en moins d’un an.

En juin 2019, un élu du parti conservateur d’Angela Merkel défendant les droits des migrants a été abattu à bout portant à son domicile près de Cassel, dans la Hesse, par un partisan présumé d’extrême droite. À l’automne dernier, un « loup solitaire » antisémite qui s’était radicalisé sur Internet a tenté de commettre un massacre dans une synagogue de Halle, en Saxe, avant de tuer deux personnes, dont une dans un restaurant de kebabs. Enfin, en février dernier à Hanau, un tireur raciste et complotiste a tué neuf personnes, toutes d’origines étrangères, créant un choc en Allemagne.