L’europhobe Nigel Farage renonce à défier les conservateurs dans plus de 300 circonscriptions

Le chef du parti du Brexit, Nigel Farage
Photo: Paul Ellis Agence France-Presse Le chef du parti du Brexit, Nigel Farage

L’europhobe Nigel Farage, accusé de diviser le camp du Brexit, a renoncé lundi à disputer aux conservateurs au pouvoir plus de 300 sièges lors des élections du 12 décembre au Royaume-Uni, retirant une épine du pied du premier ministre, Boris Johnson.

La volonté de Nigel Farage de présenter 600 candidats (sur 650 sièges) de son Parti du Brexit aux législatives anticipées faisait craindre aux partisans d’une sortie de l’Union européenne un éparpillement des voix favorisant l’opposition et susceptible de faire dérailler le processus.

Après avoir proposé en vain une alliance à Boris Johnson en échange d’un abandon de son accord de divorce, M. Farage a revu sa proposition. Lors d’un déplacement à Hartlepool, dans le nord-est, il a annoncé que sa formation politique ne présenterait pas de candidats dans 317 circonscriptions remportées par les conservateurs aux dernières élections, de juin 2017, et se « concentrerait sur les sièges tenus par le Parti travailliste ».

Aux yeux de Nigel Farage, sa décision « empêche un nouveau référendum », promis par les travaillistes. « C’est le plus important pour le pays », a-t-il déclaré.

Nigel Farage, qui fut avec Boris Johnson une figure de la campagne du « leave » lors du référendum de 2016, estime que l’accord négocié difficilement par le dirigeant conservateur ne constitue pas un vrai Brexit, maintenant selon lui le Royaume-Uni proche de l’Union européenne (UE) pour éviter un divorce trop brusque douloureux pour l’économie. Il lui avait donc demandé de l’abandonner en échange d’une alliance, en vain.

Parmi les partisans de Nigel Farage réunis à Hartlepool, qui a voté à 64 % pour le « leave » en 2016, sa décision a été accueillie avec enthousiasme. « Je suis avec Nigel », a déclaré à l’AFP Pat Stamper, ancien électeur du Labour de 81 ans. « C’est la seule manière de sortir de l’UE. »

L’annonce pourrait simplifier la tâche de Johnson, qui fait campagne pour retrouver une majorité et une marge de manoeuvre lui permettant de mener le pays hors de l’Union européenne au plus tard au 31 janvier prochain, après deux reports du Brexit, initialement prévu le 29 mars.

Régissant sur Twitter, Boris Johnson s’est réjoui que Nigel Farage reconnaisse qu’il n’existe pas de « pire menace » pour le Brexit qu’un Parlement bloqué faute de majorité claire : « Les conservateurs n’ont besoin que de neuf sièges supplémentaires pour avoir une majorité » pour quitter l’Union européenne « d’ici à la fin janvier avec un accord ».

Cette décision « rend plus probable une majorité » conservatrice, a commenté sur Twitter Sara Hobolt, professeure de sciences politiques à la London School of Economics. Mais elle ne lui laisse pas totalement les mains libres, selon Tim Bale, directeur adjoint du centre de réflexion UK in a Changing Europe : dans les circonscriptions où il se maintient, le Parti du Brexit a plus de chances de « prendre des voix » aux conservateurs qu’aux travaillistes. Le Labour, mené par Jeremy Corbyn, fait campagne en promettant qu’un gouvernement travailliste négocierait avec les 27 un nouvel accord de sortie de l’UE, plus protecteur pour les travailleurs, et le soumettrait au vote des électeurs, face à la possibilité d’un maintien dans le bloc européen.

L’un des responsables du parti, Ian Lavery, a dénoncé une « alliance entre Nigel Farage et Boris Johnson » avec le président américain, « Donald Trump, pour vendre notre pays ». Conservateurs et Parti du Brexit « ne font désormais qu’un », a réagi pour les Libéraux-démocrates Ed Davey, chef adjoint du parti europhile.