Incendie maîtrisé dans une usine chimique en France

Une énorme colonne de fumée noire était visible à une dizaine de kilomètres à la ronde.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Une énorme colonne de fumée noire était visible à une dizaine de kilomètres à la ronde.

Un spectaculaire incendie dans une usine chimique classée comme particulièrement dangereuse à Rouen, en Normandie, dans le nord-ouest de la France, a été maîtrisé jeudi à la mi-journée, sans avoir fait de victime.

Selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui s’est rendu à proximité dans la journée, l’incendie est « cantonné » et « ne devrait pas se développer de nouveau ».

Les personnes résidant à proximité de l’usine et évacuées « pourront dès ce soir regagner leurs appartements », a indiqué le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, lors d’une conférence de presse. Les établissements scolaires des 12 communes concernées et d’une partie de Rouen restent fermés vendredi et « rouvrent lundi ».

Par ailleurs, « il est toujours conseillé aux personnes fragiles de ces communes de rester chez elles jusqu’à vendredi soir », a-t-il rappelé.

Les transports en commun de l’agglomération ont néanmoins été arrêtés « progressivement » jeudi après-midi et devraient reprendre normalement vendredi matin, à la demande des syndicats, une mesure « pas justifiée », selon le préfet.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, cet incendie s’était déclaré dans un entrepôt de l’usine Lubrizol, située à environ 3 km du centre-ville et de la célèbre cathédrale de Rouen, dont l’agglomération compte quelque 500 000 habitants.

Les images du sinistre étaient particulièrement impressionnantes, notamment un énorme panache de fumée noire visible à une dizaine de kilomètres à la ronde. Une odeur âcre était perceptible.

« Ca a bien pété ! Des explosions. Après on a vu la fumée, mais dans le noir on ne voyait pas trop, en fait. Quand on est sortis, on a vu les flammes. C’est là qu’on s’est dit “ c’est chaud ! ça craint “ », a témoigné un riverain, Driss Saidi, 25 ans.

À proximité, quelques rares passants portent des masques ou marchent le nez protégé par leur écharpe, alors que le thermomètre affiche 19 degrés, a constaté une journaliste de l’AFP.

L’usine, où travaillent environ 400 employés, fabrique et commercialise des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industriels. Elle a été classée « Seveso seuil haut » ce qui signale sa dangerosité et implique qu’elle bénéficie d’une surveillance particulière.

Risque de pollution de la Seine

Elle appartient au groupe de chimie américain Lubrizol Corporation, lui-même propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire et célèbre investisseur américain Warren Buffett.

« Les sapeurs-pompiers pataugent dans 3 ou 4 cm d’hydrocarbures, ce type de feu ne s’éteint pas qu’avec de l’eau, il faut mettre de l’émulseur, un tapis de mousse », avait témoigné dans la matinée le colonel des pompiers Jean-Yves Lagalle. « C’est un feu extrêmement dangereux pour la sécurité du personnel », a-t-il ajouté, qualifiant l’incendie de « hors norme ».

Grâce à des barrages antipollution, il n’y a « pas de pollution sur l’aval » de la Seine, a déclaré le préfet de Normandie, qui a toutefois ajouté qu’il n’est « pas impossible qu’on relève quelques traces au-delà des barrages à l’occasion de la marée » mais elles seront « aisément récupérables car en surface ».

Il n’y a « aucun risque » pour l’eau potable car il n’y a pas de captage dans le secteur, a-t-il précisé.

La Seine, un des principaux fleuves français, traverse Paris avant Rouen puis se jette dans la Manche au niveau du port du Havre.

Dans un communiqué, Lubrizol a précisé que « l’incendie a touché un entrepôt, une installation d’enfutage et un bâtiment administratif ». « Les causes demeurent pour l’instant inconnues », a indiqué la société. Une enquête a été ouverte par le parquet de Rouen.

Au total, 200 sapeurs-pompiers ont pris part aux opérations. « Dans les jours à venir, il y aura un travail pas forcément d’extinction mais de surveillance » de ces points chauds, en raison notamment de la présence de produits inflammables, a ajouté le colonel des pompiers Jean-Yves Lagalle.

En janvier 2013, cette usine Lubrizol avait été à l’origine d’une fuite de gaz malodorant — du mercaptan, composé inoffensif à faible dose utilisé comme marqueur du gaz de ville — qui avait empuanti jusqu’à la région parisienne et au sud de l’Angleterre. En 2014, Lubrizol France avait été condamnée à une amende de 4000 euros.