Brexit: Boris Johnson et l'UE à couteaux tirés

Le premier ministre britannique, Boris Johnson
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Le premier ministre britannique, Boris Johnson

L’Union européenne et Boris Johnson se sont vivement opposés mardi sur le Brexit, Bruxelles jugeant insuffisante une proposition du premier ministre britannique pour empêcher le retour d’une frontière dure sur l’île d’Irlande, à deux mois du divorce.

Le nouveau premier ministre a pour la première fois adressé publiquement une lettre lundi à l’UE dans laquelle il détaille ses arguments contre le dispositif du « backstop », ce filet de sécurité inscrit dans l’accord de retrait, rejeté trois fois par le parlement britannique, et qu’il n’a cessé de dénoncer.

Mais la réponse du président du Conseil européen Donald Tusk, destinataire du courrier, a été cinglante.

« Le “backstop” est une assurance pour éviter une frontière dure sur l’île d’Irlande tant qu’une solution de rechange n’est pas trouvée », a rappelé M. Tusk dans un tweet.

« Ceux qui sont contre le “backstop” et qui ne proposent pas d’alternatives réalistes sont en réalité favorables au rétablissement d’une frontière. Même s’ils ne l’admettent pas », a-t-il rétorqué, sans nommer explicitement Boris Johnson.

« Solution impossible »

Les deux hommes doivent se retrouver en fin de semaine au sommet du G7 à Biarritz. Avant cette réunion, M. Johnson doit s’entretenir avec la chancelière Angela Merkel mercredi à Berlin et avec le président Emmanuel Macron jeudi à Paris.

La Commission européenne a aussi condamné la proposition de Londres, qui évoque sans plus de détails dans sa lettre des « arrangements alternatifs », en lieu et place du « backstop ».

Cette réponse européenne a provoqué une réplique toute aussi vive de Londres.

Si le traité de retrait « n’est pas rouvert et le backstop aboli, il n’y a pas de possibilité d’accord », a réagi un porte-parole de Downing Sreet.

« Il a déjà été rejeté trois fois […] et cette solution est tout simplement impossible, comme le dit clairement la lettre du premier ministre », a-t-il ajouté.

Le dispositif controversé prévoit que, faute de meilleure solution à l’issue d’une période transitoire, et pour éviter le retour d’une frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, le Royaume-Uni tout entier reste dans un « territoire douanier unique » avec l’UE.

Il a été imaginé à la fois pour préserver les accords de paix de 1998, qui ont mis fin à trois décennies de violence, et l’intégrité du marché unique européen.

Saut dans le vide

Dans sa lettre, le successeur de Theresa May estime que ce dispositif est « antidémocratique et porte atteinte à la souveraineté de l’État britannique ».

En outre, cela l’empêcherait de mener une politique commerciale indépendante des règles de l’UE, relève-t-il, alors que déjà Donald Trump fait miroiter la promesse d’un accord « fantastique » après le divorce.

Cette lettre « ne propose pas de solution opérationnelle légale pour prévenir le retour d’une frontière dure sur l’île d’Irlande », a critiqué une porte-parole de la Commission, Natasha Bertaud.

« Elle ne spécifie pas ce que ces arrangements alternatifs pourraient être et admet même qu’il n’y a pas de garantie qu’ils soient en place d’ici la fin de la période de transition », fin 2020, a-t-elle noté.

Depuis la conclusion de l’accord de divorce en novembre 2018 entre l’UE et Theresa May, l’UE a répété sur tous les tons qu’il ne serait pas renégocié.

Après les rejets successifs par les députés britanniques, qui se sont également opposés à une sortie sans accord, la date du Brexit, prévue à l’origine le 29 mars 2019, a été repoussée au 31 octobre de la même année.

À partir du 1er septembre, Londres cessera d’assister à la plupart des réunions de l’UE, à l’exception de celles « concernant l’intérêt national ».

Boris Johnson a affirmé à plusieurs reprises qu’avec ou sans accord, le divorce aurait lieu fin octobre, malgré les lourdes conséquences annoncées, en particulier économiques, d’une séparation brutale.

Dans sa lettre, le premier ministre dit d’ailleurs sa préférence pour une sortie avec un accord, « notre plus haute priorité », un engagement que n’a pas manqué de noter mardi la Commission européenne, alors que les conséquences d’un saut dans le vide sont aussi redoutées de l’autre côté de la Manche.