Les travaillistes rompent les discussions avec Theresa May

Theresa May devrait quitter son poste d’ici la fin de juillet, selon le quotidien britannique «Daily Mail».
Photo: Toby Melville / Pool via AP Theresa May devrait quitter son poste d’ici la fin de juillet, selon le quotidien britannique «Daily Mail».

L’opposition travailliste a rompu vendredi les discussions avec la première ministre britannique destinées à trouver une solution pour mettre en oeuvre le Brexit, arguant de la « faiblesse » de Theresa May, sommée par son parti de préparer son départ.

Le Labour a jeté l’éponge six jours avant les élections européennes au Royaume-Uni, où les partis travailliste et conservateur vont tenter de limiter les dégâts, alors qu’un sondage YouGov les place respectivement en 3e et 5e positions. Les électeurs leur reprochent leurs atermoiements sur le Brexit, initialement prévu le 29 mars, mais repoussé au 31 octobre.

Les discussions sont « allées aussi loin que possible » compte tenu de « la faiblesse et de l’instabilité croissantes » du gouvernement conservateur, a écrit le chef du Labour, Jeremy Corbyn, dans une lettre à Mme May. Pour lui, « l’autorité érodée » de la dirigeante remet en cause sa capacité à « concrétiser tout engagement » pris au cours de ces pourparlers.

Theresa May a, elle, imputé l’échec des négociations à l’absence de « position commune » parmi les travaillistes. « Ils ne savent pas s’ils souhaitent concrétiser le Brexit ou organiser un second référendum qui pourrait l’empêcher », les a-t-elle blâmés lors d’un déplacement à Bristol.

« Six semaines gâchées »

Les négociations, entamées début avril à l’initiative du gouvernement, avaient pour objectif de trouver un compromis sur le Brexit, après trois rejets par les députés de l’accord de divorce conclu en novembre entre Theresa May et Bruxelles.

Mais le Labour « continuera de s’y opposer », a assuré Jeremy Corbyn.

Ce sont « six semaines gâchées », alors que « l’incertitude paralyse notre économie », a déploré Carolyn Fairbairn, directrice générale de la puissante organisation patronale CBI.

Le Labour défend le maintien dans une union douanière européenne — qui instaure une politique douanière et commerciale commune — quand Theresa May a toujours affirmé vouloir en sortir pour permettre à son pays de conclure librement des accords commerciaux avec des pays tiers.

Les travaillistes « n’excluent pas » la tenue d’un second référendum afin d’« éviter une sortie sans accord », a aussi déclaré leur chef, en déplacement vendredi dans le nord de Londres.

À l’issue d’une rencontre mardi avec M. Corbyn, la première ministre avait annoncé qu’elle se risquerait à un nouveau vote début juin. Les députés devront se prononcer sur un projet de loi sur le Brexit qui fixera les modalités législatives du divorce, et non sur l’accord lui-même.

Ce tour de passe-passe permet à la première ministre de remettre à l’ordre du jour, par la petite porte, son accord de Brexit. « Lorsque les députés voteront, ils se retrouveront devant un choix très clair : voter pour concrétiser le Brexit ou se dérober à nouveau », a déclaré vendredi Theresa May.

Démission

Qu’ils adoptent ou rejettent ce projet de loi, Theresa May devra se préparer à céder les rênes.

Mais « la fin de Theresa May ne veut pas nécessairement dire la fin de son accord sur le Brexit », a souligné Simon Usherwood, politologue de l’Université de Surrey. « C’est encore le seul plan auquel l’UE a souscrit, et rien n’indique que l’UE voudra renégocier avec un nouveau premier ministre. »

Elle avait déjà promis en mars de démissionner si son accord était adopté, mais sans préciser de date. Jeudi, elle a été sommée au cours d’une réunion avec le « comité 1922 », responsable de l’organisation des Tories, de « convenir » dès juin « d’un calendrier pour l’élection d’un nouveau chef du Parti conservateur », selon le président du comité, Graham Brady.

« En pratique, cela signifie que Theresa May partira d’ici fin juillet au plus tard, pour permettre au parti de choisir un nouveau chef à temps pour la conférence des Tories en septembre », précise le Daily Mail, prédisant « une course » au pouvoir avec « plus d’une douzaine de candidats » attendus.

Le défenseur d’un Brexit dur Boris Johnson, ancien maire de Londres et ancien ministre des Affaires étrangères, a déjà confirmé qu’il serait candidat.