Macron tente de répondre aux «inquiétudes» des Français, mais veut garder le cap

Le président français, Emmanuel Macron, durant sa conférence de presse à l'Élysée
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le président français, Emmanuel Macron, durant sa conférence de presse à l'Élysée

Emmanuel Macron a tenté jeudi d’apporter des réponses aux « justes revendications » portées par le mouvement des « gilets jaunes » et reconnu sa part de responsabilité dans leur colère. Mais devant la presse, le président français a prévenu jeudi qu’il maintiendrait le cap de ses réformes.

Près de six mois après le début du mouvement de protestation qui prend tous les samedis d’assaut les rues des grandes villes françaises, dont Paris, depuis la mi-novembre, le président s’est livré près de deux heures et demie durant, à un exercice inédit : une longue conférence de presse sous les ors du palais présidentiel de l’Élysée, avec pour objectif de relancer une présidence en péril et d’éteindre la contestation.

Sentiment de relégation, d’« abandon », « manque de considération », « déclassement »… M. Macron a pris acte des blessures du pays profond qu’ont traduites les défilés des « gilets jaunes », sans s’exonérer du « manque de confiance dans les élites — votre serviteur, au premier chef ».

« J’ai entendu, compris, senti dans ma chair ce qu’ils vivent », a-t-il assuré, « regrettant » d’avoir pu donner le « sentiment » d’être « dur », « parfois injuste » avec les Français.

« Orientations justes »

Mais « les transformations indispensables à faire dans notre pays ne doivent pas être arrêtées » pour autant « parce qu’elles répondent profondément à l’aspiration de nos concitoyens », a-t-il martelé, alors que le président a bâti son accession au pouvoir sur sa volonté de réformer le pays pour mieux l’insérer dans la mondialisation libérale.

Pour lui, « les orientations prises durant ces deux premières années à bien des égards ont été justes » même si elles n’étaient pas forcément « suffisamment rapides », ni « radicales » ou « humaines ».

Devant la presse française et étrangère, réunie pour la première fois depuis le début de son mandat dans la salle des fêtes de l’Élysée, le chef de l’État s’est longuement exprimé avant de répondre aux questions.

Pour montrer qu’il a entendu les inquiétudes et l’exaspération manifestées par les foules, qui dénonçaient une perte de pouvoir d’achat et une « injustice fiscale », il a promis « une baisse significative de l’impôt sur le revenu », dont s’acquittent 4 foyers fiscaux sur 10, et une réindexation sur l’inflation des retraites de moins de 2000 euros par mois dès le 1er janvier 2020.

« Réorganisation profonde »

Il s’est également engagé à une « réorganisation profonde » de l’administration pour renforcer les services publics hors des grandes agglomérations, déplorant qu’il n’y ait « plus assez de monde sur le terrain » pour répondre aux besoins d’une population qui vieillit.

Il s’est aussi dit favorable à une suppression de la fameuse École nationale d’administration (ENA), qui forme les hauts-fonctionnaires et symbolise, pour certains, l’élitisme coupé des réalités de la classe dirigeante.

Concernant le manque de démocratie dénoncé par les manifestants, le président a proposé de faciliter la mise en oeuvre d’un référendum à l’initiative du peuple qui pourrait saisir le Parlement dès lors qu’un million de signatures seraient réunies, contre 10 % du corps électoral auparavant, soit plusieurs millions de personnes.

Il a aussi plaidé pour la mise en oeuvre d’une part de 20 % de proportionnelle à l’Assemblée nationale et pour 25 % à 30 % de parlementaires en moins, alors que le système électoral français tend à dérouiller les élections, aboutissant par exemple à une sous-représentation parlementaire de certaines formations réalisant pourtant de très bons scores au niveau national, comme le Rassemblement national (extrême droite).

Avec le pouvoir d’achat, les retraites, la décentralisation, l’implication populaire dans la vie démocratique du pays figurait au coeur des revendications des « gilets jaunes ». Mais Emmanuel Macron a écarté le « référendum d’initiative citoyenne » que réclamaient les manifestants.

Entouré de tous les membres du gouvernement pour accentuer le caractère solennel du moment, le président a dit avoir pris acte des « colères justifiées de certains de nos citoyens » et promis de « remettre de l’humain au coeur du projet ».

« Il n’a pas répondu »

En revanche, celui dont le nom a été conspué et l’effigie brûlée ou guillotinée par les « gilets jaunes » a lancé : « on peut tout dire mais la haine n’est pas excusable ».

Selon son entourage, le gouvernement devrait « très rapidement » se mobiliser pour mettre en oeuvre des mesures annoncées.

Sur la transition écologique et le changement climatique, Emmanuel Macron a annoncé, sans détails, la création d’un « conseil de défense écologique » qui réunira les ministres dédiés, dont le chef du gouvernement, chargé des « choix stratégiques et de mettre au coeur de toutes nos politiques cette urgence climatique ».

Emmanuel Macron avait fort à faire pour convaincre les Français, qui ne sont que 24 % à penser que le « grand débat » entamé fin janvier a permis d’améliorer la situation politique, économique et sociale de leur pays.

Pas évident qu’il ait atteint son but, à en croire un des porte-parole des « Gilets Jaunes », Jérémy Clément : « C’est sûr, le président nous a entendus et il a compris nos revendications, mais il n’y a pas répondu […]. On se méfiait, on avait raison. Le président ne remet rien en cause de sa politique des deux dernières années même s’il nous cite » a-t-il dit à l’AFP.

La réponse viendra de la rue, dès samedi sans doute, comme chaque semaine depuis le 17 novembre. Avec le risque d’avoir déçu des revendications diffuses et des attentes difficiles à cerner.