Brexit: un peu de répit pour Theresa May

Malgré la démission de plusieurs de ses ministres, dont Dominic Raab, le ministre responsable des négociations sur le Brexit, la première ministre du Royaume-Uni continue de soutenir son projet de Brexit.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Malgré la démission de plusieurs de ses ministres, dont Dominic Raab, le ministre responsable des négociations sur le Brexit, la première ministre du Royaume-Uni continue de soutenir son projet de Brexit.

La première ministre britannique Theresa May a obtenu vendredi une bouffée d’oxygène dans sa défense acharnée du projet d’accord sur le Brexit en trouvant le soutien de deux poids lourds europhobes de son gouvernement et un remplaçant au ministre démissionnaire du Brexit.

Stephen Barclay, 46 ans, avocat spécialisé dans la réglementation financière et eurosceptique, remplace Dominic Raab, qui avait jeté l’éponge jeudi, un coup dur pour la chef du gouvernement. L’europhile Amber Rudd, qui avait démissionné de l’Intérieur emportée par un scandale lié au traitement réservé aux immigrés originaires des Caraïbes, revient au gouvernement avec le portefeuille du Travail et des Retraites.

L’influent ministre de l’Environnement Michael Gove, figure de proue de la campagne pro-Brexit, a assuré avoir « absolument » confiance en Theresa May. « J’espère bien continuer à travailler avec tous mes collègues du gouvernement et tous mes collègues au Parlement pour faire en sorte que nous obtenions le meilleur pour le Royaume-Uni », a-t-il dit à la presse.

Le ministre du Commerce international Liam Fox a également volé au secours de Mme May, assurant qu’il avait lui aussi « pleinement confiance » en elle et estimant que le pays avait désormais « besoin de stabilité ».

Du coup, la livre a repris du poil de la bête, après avoir perdu près de 2 % la veille contre l’euro, sa plus forte baisse depuis deux ans.

L’autorité de Theresa May avait été durement ébranlée par les démissions de quatre membres de son gouvernement, inquiets notamment du sort particulier réservé à la province britannique d’Irlande du Nord après la sortie de l’UE dans le compromis de divorce conclu par Londres avec l’Union européenne.

Rébellion

Elle est aussi menacée d’un vote de défiance de députés de son propre camp, partisans d’une rupture nette avec l’UE. Jacob Rees-Mogg, dirigeant du groupe parlementaire eurosceptique European Research Group (ERG), a lancé la manoeuvre, l’accusant d’avoir trahi les promesses faites au peuple britannique sur le retrait de l’UE.

Il a déjà rallié au moins 22 députés tories, mais a besoin de 48 d’entre eux, soit 15 % du groupe conservateur à la Chambre des communes, pour organiser un tel vote de défiance. Il faudrait ensuite qu’une majorité de députés conservateurs votent contre Theresa May.

Pendant ce temps, la chef de l’exécutif a lancé une opération de charme envers les Britanniques pour les convaincre des bienfaits du projet d’accord, répondant aux questions des auditeurs de la radio LBC.

Theresa May avait déjà défendu bec et ongles le projet d’accord avec l’UE devant les députés la veille, faisant planer la menace d’un retour en arrière sur le Brexit, prévu le 29 mars 2019, si elle n’obtenait pas de soutien au Parlement.

Des députés de tous bords lui ont déclaré qu’il n’y avait aucune chance que le plan obtienne leur aval en décembre, mais Mme May a rejeté les appels à la démission. « J’ai moi-même des inquiétudes », a admis Mme May sur LBC. Mais dans toute négociation, il faut faire des « compromis ».

Ratification

Ses propos n’ont pas convaincu le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, dont les dix députés lui sont indispensables pour avoir une majorité absolue, et qui entend s’opposer au projet d’accord. Theresa May a assuré vendredi qu’elle continuait de travailler avec le DUP, sans toutefois pouvoir garantir son soutien.

« Quand on regarde les choses aujourd’hui, il semble très difficile de remporter le vote à la Chambre des communes, mais […] à l’approche du précipice, il se peut que de plus en plus de personnes soutiennent cet accord qui est le meilleur résultat possible », a estimé le premier ministre irlandais Leo, Varadkar.

Pour le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, les brexiters ont désormais le choix entre « le reniement de leur promesse politique absurde ou le désastre économique ».

Comme la chancelière allemande Angela Merkel, l’Élysée a de son côté exclu toute renégociation de l’accord conclu entre Londres et le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier. Mais la présidence française n’exclut pas « certains amendements à la marge ».

Le point le plus controversé du projet d’accord de 585 pages réside dans le « filet de sécurité » prévoyant le maintien de l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE ainsi qu’un alignement réglementaire plus poussé pour l’Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n’était conclu à l’issue d’une période de transition de 21 mois après le Brexit et prolongeable une fois.