Un troisième corps retrouvé dans les décombres d’un immeuble marseillais

Après l’effondrement des deux bâtiments vétustes lundi matin, suivi de l’écroulement partiel d’un troisième bâtiment mitoyen en fin de journée, les secours tentent de retrouver des survivants.
Photo: Loïc Aedo BMPM SM Aedo / Agence France-Presse Après l’effondrement des deux bâtiments vétustes lundi matin, suivi de l’écroulement partiel d’un troisième bâtiment mitoyen en fin de journée, les secours tentent de retrouver des survivants.

Plus de 24 heures après l'effondrement de plusieurs immeubles vétustes du centre de Marseille, dans le sud-est de la France, trois corps ont été retrouvés mardi dans les décombres, où les secours gardaient un « faible espoir » de découvrir des survivants.

 

Au total, selon les autorités, cinq à huit personnes pourraient avoir été ensevelies sous les gravats lors de cette catastrophe survenue non loin du très touristique Vieux-Port, dans un quartier populaire et métissé de la deuxième ville de France où le logement indigne menacerait la santé ou la sécurité de quelque 100 000 habitants.

 

Depuis mardi matin, les corps de deux hommes et d'une femme ont été mis au jour par les secouristes qui s'activent à déblayer le site. Au total, plus de 120 pompiers sont à pied d’œuvre pour fouiller l'amas de gravats d'une profondeur de 15 mètres.

 

Certains sauveteurs, casque orange sur la tête, masque sur la bouche parfois et combinaison marine maculée de poussière, effectuent une chaîne humaine pour retirer les débris, pierre après pierre.

 

« On a encore de l'espoir, même si l'espoir est faible. Des poches de vie peuvent encore être présentes », a expliqué le capitaine de frégate Samuel, commandant des opérations de secours du Bataillon des marins-pompiers de Marseille. Mais il reste encore « une semaine de travail jour et nuit », souligne-t-il.

 

La pluie qui s'est abattue sur la ville lundi soir et mardi matin, parfois torrentielle, « ralentit la progression » des secours « et augmente les risques », a poursuivi le marin-pompier. À proximité, des membres des secours guettent aux fenêtres des immeubles qui surplombent le chantier pour donner l'alerte si jamais l'un d'eux venait à montrer des signes d'affaissement.

 

« C'est un travail stratégique avec des outils mécaniques et à la main », notamment une pelleteuse pour extraire les gros débris et du matériel endoscopique pour sonder les entassements parsemés d'objets du quotidien.

 

Après l'effondrement des deux bâtiments vétustes lundi matin, suivi de l'écroulement partiel d'un troisième bâtiment mitoyen en fin de journée, cinq habitants manquent à l'appel, et trois personnes qui auraient pu être invitées dans un des immeubles.

 

Logement indigne

À proximité des opérations, le jeune serveur d'un bar observait à l'aube les recherches, en larmes. Il connaissait bien une jeune Italienne vivant là, dont personne n'a de nouvelles depuis lundi: « C'était une jeune fille géniale, elle révisait chez nous ».

 

Sophie, une étudiante de 25 ans, avait, elle, quitté son appartement dimanche soir, pour aller chez ses parents, car « depuis plusieurs jours, les portes de plusieurs appartements ne fermaient plus, ou à peine », a-t-elle raconté à l'AFP, précisant avoir porté plainte dès lundi auprès de la police judiciaire, saisie de l'enquête. 

 

La mairie de Marseille a engagé depuis 2011 un vaste plan de requalification du centre-ville, mais sans pouvoir véritablement remédier au problème.

 

En 2015 un rapport remis au gouvernement faisait état d'« un parc privé potentiellement indigne », présentant « un risque pour la santé ou la sécurité de quelque 100 000 habitants ». 

 

Quelque 40 000 logements sont concernés, soit 13 % du parc de résidences principales. Des proportions vues « nulle part ailleurs en France », déplore Florent Houdmon, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre. « C'est le résultat de décennies d'inaction publique », fustige-t-il.

 

Deux des trois immeubles écroulés étaient murés et théoriquement inhabités. L'un d'eux, frappé par un arrêté de péril en 2008, avait fini par être acheté par la mairie au bout de 10 ans de démarches. 

 

Dans le troisième en revanche, neuf appartements sur dix étaient habités. Pourtant, depuis 2007, les signaux d'alerte se multipliaient: effondrement du plafond du hall d'entrée, fissures inquiétantes... Un expert agréé auprès du tribunal avait visité l'immeuble le 18 octobre sans préconiser de l'évacuer.

 

Après la catastrophe, des élus d'opposition ont vivement dénoncé l'ampleur du problème du logement indigne dans cette ville française.