La zone euro exhorte Rome au respect des règles budgétaires

Le Commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici
Photo: John Thys Agence France-Presse Le Commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici

Les ministres des Finances de la zone euro ont accentué lundi la pression sur l’Italie pour qu’elle respecte les règles budgétaires de l’Union européenne, tandis que Rome accusait Bruxelles de « terrorisme sur les marchés financiers ».

Quatre jours après la décision de la coalition populiste au pouvoir en Italie de creuser son déficit public davantage que prévu, l’inquiétude grandissait à Bruxelles et sur les marchés.

« Le gouvernement italien doit présenter un projet budgétaire crédible et durable », a lancé, tel un avertissement, le président de l’Eurogroupe (le cénacle regroupant les ministres des Finances des 19 pays ayant adopté la monnaie unique), le Portugais Mario Centeno, lors d’une conférence de presse après leur réunion à Luxembourg.

Presque au même moment en Italie, le vice-premier ministre et chef du Mouvement 5 Étoiles (M5S), Luigi Di Maio, s’est emporté contre le Commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, l’accusant de « faire du terrorisme sur les marchés » financiers pour porter préjudice au gouvernement de Rome.

Rappel des règles

« Ces propos n’ont aucun sens ; ce que je fais, c’est rappeler lesrègles tout en préservant un esprit de dialogue avec le gouvernement italien », a réagi M. Moscovici auprès de l’Agence France-Presse. « Les chiffres du budget italien annoncés ne sont pas conformes aux engagements pris auparavant », a constaté l’ancien ministre français des Finances.

« Les règles ne sont pas stupides, elles ont été faites pour permettre des chemins vertueux qui favorisent la croissance et l’emploi […] Je crains que le générateur des mouvements sur les marchés ne soit pas dans mes propos, mais dans ce qui les a suscités », a-t-il ajouté.

La question du budget italien a été mise à l’ordre du jour de la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Luxembourg à la demande des grands argentiers français, Bruno Le Maire, et néerlandais, Wopke Hoekstra.

« Je suis un peu moins optimiste qu’avant après avoir eu des discussions avec mes collègues », a dit le ministre néerlandais en partant. « Il semble qu’il reste encore du travail à faire », a-t-il ajouté.

M. Le Maire, dont le budget est aussi surveillé de près par la Commission européenne, était intervenu le premier, en arrivant à Luxembourg, pour rappeler les règles budgétaires européennes à Rome : « Ces règles sont les mêmes pour chaque État membre de la zone euro, car notre avenir est lié. »

« Stricts et justes »

Jeudi soir, le M5S et la Ligue (extrême droite), au pouvoir à Rome, avaient obtenu gain de cause au terme d’un dur et long bras de fer avec le ministre italien modéré des Finances, Giovanni Tria, qui plaidait pour un déficit à 1,6 % pour éviter toute tension.

Désormais, le déficit public italien devrait atteindre 2,4 % en 2019, alors que le précédent gouvernement de centre gauche visait 0,8 %, et le même chiffre en 2020 et 2021.

Ces nouveaux objectifs ont peu à peu tendu les marchés : le spread, qui était de 233 points mercredi, a grimpé vendredi à près de 267 et a dépassé lundi les 280 points.

Interrogé à son arrivée sur le message dont il était porteur pour l’Europe, le ministre italien des Finances qui, selon plusieurs sources, a pensé à démissionner en raison des nouveaux objectifs budgétaires, a recommandé « de rester calme ».

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui déclaré lundi soir que l’exécutif européen « était en discussion avec le gouvernement italien qui doit présenter son projet de budget pour le 15 octobre ».

Bruxelles demande surtout à Rome de maintenir son déficit au plus bas et de réduire sa dette publique, qui représente 131 % du PIB, le ratio le plus élevé en zone euro après la Grèce.

« Nous devons être stricts et justes avec l’Italie pour éviter une nouvelle crise », a mis en garde M. Juncker.