La montée du populisme inquiète Pierre Moscovici

Selon Pierre Moscovici, les causes de la montée du populisme ne sont pas à Bruxelles, elles tiennent essentiellement au nationalisme.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Selon Pierre Moscovici, les causes de la montée du populisme ne sont pas à Bruxelles, elles tiennent essentiellement au nationalisme.

Pierre Moscovici est un homme droit dans ses bottes. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires a vécu la crise de l’euro et celle des migrants. Il a vu le Royaume-Uni choisir le Brexit, les Italiens plébisciter les partis eurosceptiques et les pays de l’ancienne Europe de l’Est se détacher lentement de Bruxelles.

Pire, l’ancien parti de celui qui a été ministre de l’Économie de François Hollande est aujourd’hui donné pour mort par la majorité des observateurs de la vie politique française. Mais rien n’y fait. Vous n’entendrez pas Pierre Moscovici chuchoter le mot « autocritique », qui ne fait pas partie de son vocabulaire.

Ce vieil ami du Québec, autrefois proche de Michel Rocard et de Lionel Jospin, donnera mercredi une conférence à l’Université McGill pour le Centre Jean Monnet. Lorsque vient le temps de jeter un regard rétrospectif sur la dernière décennie, tout au plus admet-il que l’Europe et les socialistes auraient pu « mieux expliquer » certaines choses. Mais d’erreurs, il ne sera à peu près jamais question.

Selon lui, les causes de la montée du populisme ne sont pas à Bruxelles, elles tiennent essentiellement au nationalisme, dans lequel il ne voit rien de moins qu’« un démon qui travaille de l’intérieur les peuples, leurs cultures, leur conscience ».

Même chose pour le Brexit, dont la cause ne résiderait que dans « une classe politique et des médias qui ont sans arrêt biberonné l’opinion publique à l’euroscepticisme ».

Tout au plus reconnaît-il que l’Union européenne a pu laisser se développer « le sentiment qu’elle n’était pas assez protectrice, pas assez à côté des peuples ». Sur la crise des migrants, il reconnaîtra aussi que « certains pays de la ligne de front, comme la Grèce et l’Italie, se sont sentis un peu seuls ». Juste un peu !

Le retour des années 1930

Il faut dire que Pierre Moscovici est convaincu que le combat qu’il mène à Bruxelles l’oppose à une forme de peste brune qui n’a guère changé depuis 80 ans. C’est ce que laisse entendre le titre de son dernier livre, Dans ce clair-obscur surgissent les monstres (Plon), qui reprend une formule que l’ancien secrétaire du Parti communiste italien Antonio Gramsci appliquait au fascisme de Mussolini.

« Certes, dit-il, il n’y a pas en Europe d’Hitler, le nazisme n’est pas à nos portes et le fascisme ne nous menace pas. » Mais c’est tout comme. « Il y a tout de même la montée du populisme et, si l’on sait comment ça commence, on ne sait pas comment ça finit. »

Il y a dans le fond de l’air quelque chose de préoccupant, voire de nauséabond, qui ne doit pas laisser les démocrates et les progressistes indifférents

 

Pour lui, la manière dont le gouvernement polonais traite la justice et dont Viktor Orbán muselle les médias hongrois indique sans le moindre doute « qu’il y a dans le fond de l’air quelque chose de préoccupant, voire de nauséabond, qui ne doit pas laisser les démocrates et les progressistes indifférents ».

Pourtant, lorsqu’on l’interroge sur l’emprisonnement des représentants élus du peuple catalan par le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, Pierre Moscovici n’a rien à redire.

« Le problème, c’est qu’en Catalogne, il y a une revendication d’indépendance qui s’est exprimée dans un cadre qui n’est pas constitutionnel, dit-il. Ce qui se passe là-bas doit se débattre dans le cadre de l’ordre constitutionnel espagnol. »

Rien dans la répression violente du référendum catalan du 1er octobre dernier et l’emprisonnement des représentants élus du peuple, dit-il, n’entre « en contravention avec les valeurs fondamentales de l’Union européenne ».

Ils « n’ont pas compris »

Son bilan du Parti socialiste n’est guère plus critique.

« Les résultats du quinquennat de François Hollande sont loin d’être infamants, dit-il. Il a modernisé l’économie et la performance actuelle lui est en partie redevable. Ce président a été actif dans le champ international. Il a été un chef de guerre audacieux et a su faire face au terrorisme avec courage. »

Alors, qu’est-ce qui a bien pu clocher ? « Les Français n’ont pas compris où ce gouvernement voulait les entraîner, dit-il. Il aurait fallu expliquer qu’il y aurait un temps pour l’effort et un autre pour la répartition. Il y a eu aussi une gouvernance défaillante donnant l’impression d’une insuffisante autorité. »

Pierre Moscovici reconnaît que ses anciens électeurs de Montbéliard votent aujourd’hui pour le Front national. Comme la majeure partie de l’ancien électorat ouvrier socialiste. Il faudra donc, dit-il, « réapprendre à leur parler ».

Alors que circule aussi le nom de l’ancienne ministre de l’Éducation Najat Vallaud Belkacem, on prête à Pierre Moscovici l’intention de briguer la tête de liste des socialistes aux élections européennes de 2019.

« Je ne ferme pas les portes, dit-il. Mais se déclarer candidat à un an de ces élections ne serait pas raisonnable. Et puis, j’ai encore beaucoup de choses à faire. »

Le commissaire se passionne notamment pour la taxation de l’économie numérique, dont les entreprises ne paient, en moyenne, que 9 % d’impôt alors que la moyenne des autres secteurs est de 21 %.

« Je me sens plus proche de n’importe quel proeuropéen que de n’importe quel nationaliste, dit-il. Je suis infiniment plus proche d’Emmanuel Macron que de Jean-Luc Mélenchon. Mais ça ne résume pas ma position politique, car je suis un proeuropéen de gauche. »

De là à conclure que sa seule conviction profonde est l’Europe…