Le Justin Trudeau français?

Pur produit des grandes écoles et de l’élite française, l’ancien banquier de chez Rothschild cherche pourtant à apparaître comme un candidat de rupture.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Pur produit des grandes écoles et de l’élite française, l’ancien banquier de chez Rothschild cherche pourtant à apparaître comme un candidat de rupture.

Ils tournent tous deux autour de la jeune quarantaine. Leurs déclarations respirent une sorte de libéralisme bon teint. Ces deux fils de bonne famille attirent les magazines people comme le miel attire les mouches. Certes, l’ex-ministre de l’Économie et des Finances Emmanuel Macron ne s’est pas encore fait photographier torse nu, mais ajoutez-y quelques diplômes prestigieux et une véritable aisance en français et la comparaison avec Justin Trudeau ne serait pas exagérée. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le sulfureux et néanmoins perspicace commentateur français Éric Zemmour, qui a qualifié Emmanuel Macron sur les ondes de RTL de « frère jumeau du Canadien Justin Trudeau ».

À l’heure où le président François Hollande laisse de plus en plus entendre qu’il se représentera, la démission la semaine dernière de la coqueluche de la politique française est peut-être sur le point de bousculer la campagne présidentielle française. Cette sortie programmée semble déjà avoir eu un effet sur les sondages, tant à gauche qu’à droite. Celui qui déclare qu’il n’est « pas là pour beurrer les tartines » arrive second au tableau des personnalités politiques préférées des Français, juste derrière le candidat à la primaire de la droite, l’ancien premier ministre Alain Juppé.

Son entrée en scène vient marginaliser les éventuels candidats d’une primaire à gauche (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Manuel Valls) et isole encore plus un président qui peine à sortir de la cage de verre dans laquelle il est enfermé depuis cinq ans. Dans tous les cas de figure, selon un sondage TNS Sofres-One Point, François Hollande se retrouverait derrière son ex-ministre avec seulement de 11 à 15 % des voix au premier tour de la présidentielle.

« Je ne suis pas socialiste »

Pourtant, c’est à droite que la candidature d’Emmanuel Macron, qui a pris soin de déclarer qu’il n’était « pas socialiste », rebrasse le plus les cartes. En effet, selon Le Figaro, sa candidature ferait perdre huit points à Alain Juppé, cinq à Nicolas Sarkozy et quatre au centriste François Bayrou. C’est le favori de la primaire à droite, Alain Juppé, qui aurait le plus à perdre d’une telle candidature puisque, comme le déclarait au magazine Challenge le p.-d.g. de l’institut Elabe, Bernard Sananès, les deux hommes se disputent la même clientèle : « retraités aisés, diplômés, urbains ». Bref, « les Français qui souffrent le moins ».

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas moins menacé. S’il devait être le candidat de la droite, une grande partie des supporteurs d’Alain Juppé se tourneraient alors vers Emmanuel Macron. Pourtant, ces détails ne devraient pas cacher l’essentiel : pour l’instant, aucun des scénarios envisagés par les sondeurs n’aboutit à qualifier un candidat de la gauche, quel qu’il soit, au second tour. Ni d’ailleurs à en disqualifier Marine Le Pen.

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres. Pur produit des grandes écoles et de l’élite française, l’ancien banquier de chez Rothschild cherche pourtant à apparaître comme un candidat de rupture. Selon lui, aujourd’hui, le clivage essentiel n’est plus entre la droite et la gauche, mais entre conservateurs et progressistes. Difficile néanmoins de cacher qu’il est depuis près de cinq ans, avec les résultats que l’on sait, un des principaux architectes des politiques économiques françaises, d’abord comme principal conseiller économique de François Hollande à l’Élysée, puis comme ministre de l’Économie et des Finances. D’ailleurs, cette semaine, la fermeture de l’usine d’Alstom à Belfort est venue rattraper le ministre démissionnaire. Son prédécesseur, Arnaud Montebourg, et l’ancien président Nicolas Sarkozy ont dénoncé d’un même élan le laisser-faire du gouvernement auquel appartenait Emmanuel Macron. « Macron avait promis qu’il les sauverait », a tranché Nicolas Sarkozy en parlant des ouvriers de Belfort.

Un nouveau Giscard ?

Les analystes ne cessent de comparer Emmanuel Macron à l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing. Le jeune banquier possède en effet, non seulement le pedigree économique de l’ancien président, mais aussi son côté « vieille France » puisqu’il a grandi à Amiens et tient mordicus à se réclamer de Jeanne d’Arc. Les mieux informés rappellent cependant qu’au moment de se présenter à la présidentielle, Giscard d’Estaing avait déjà toute une carrière politique derrière lui. Ce qui n’est pas le cas d’Emmanuel Macron. Mais ce dernier veut croire que les temps ont changé.

Dans le magazine Marianne, Marc Endeweld rapporte qu’après avoir soutenu Emmanuel Macron, les grands manitous du libéralisme français que sont Alain Minc et Jacques Attali s’en sont distancés en fustigeant sa trop grande précipitation. Ce dernier aurait même déclaré qu’il « n’incarne que le vide ». À l’exact opposé du spectre politique, l’éditorialiste de Marianne Jacques Julliard dit sensiblement la même chose : « Que nous dit donc Emmanuel Macron ? Rien ! Absolument rien ! Mais, ce rien, il le répète à la fois dans tant de journaux dont il fait la une qu’il finira bien par signifier quelque chose. »

Pour l’ancien ministre de l’Économie, le socialiste Pierre Moscovici, « son modèle, c’est Giscard, son risque, c’est Michel Jobert ». Comme Macron, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou s’était positionné « ailleurs », hors des clivages gauche-droite. Mal lui en prit puisqu’il n’a jamais obtenu les parrainages nécessaires pour se présenter aux présidentielles. Le problème du jeune premier, c’est peut-être qu’il fustige les 35 heures, défend le travail le dimanche et les entrepreneurs au moment où une majorité de socialistes fait la même chose. Le patron des socialistes, Jean-Christophe Cambadélis, ironise d’ailleurs en traitant Emmanuel Macron de « candidat de la deuxième droite ». Une allusion à la célèbre « deuxième gauche » du défunt Michel Rocard.

Pari risqué

Selon le politologue Gérard Grunberg qui anime le site Telos, Emmanuel Macron fait le pari que François Hollande ne se représentera pas. Ce qui est loin d’être acquis pour l’instant. Les semaines qui viennent seront d’autant plus déterminantes pour Emmanuel Macron que, si on a une petite idée des réformes libérales qu’il souhaite administrer à la France, on n’en a encore aucune de ses opinions sur les sujets dits régaliens qui préoccupent le plus les Français, comme l’identité, la sécurité, le terrorisme, la défense et l’Europe. Le pari d’Emmanuel Macron est risqué. C’est celui de se projeter au-delà des partis, un système qui paralyse la France depuis 30 ans, affirme le jeune prétendant. Emmanuel Macron n’aura que quelques mois pour prouver qu’il n’est pas qu’une étoile filante de la politique. C’est aussi ce que certains pensaient de Justin Trudeau…

1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 10 septembre 2016 08 h 30

    Aisance en français ?????

    Je crois que vous devriez écouter Justin un peu plus longtemps... à moins que votre présence en France ne vous ait habitué à des discours émaillés d'anglicismes à tout crin ?

    Justin parle l'anglais à la perfection et le franglish avec facilité.

    Pour le reste, je suppose que les, excusez le terme, king makers français ont bien suivi le travail de leurs collègues canadiens.