MH17: un an après, l’enquête patauge

Des membres de la communauté ukrainienne de Montréal se sont rassemblés vendredi devant le Consulat général de la Russie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des membres de la communauté ukrainienne de Montréal se sont rassemblés vendredi devant le Consulat général de la Russie.

Le 17 juillet 2014, le vol MH17 de la compagnie Malaysian Airlines décolle à 5 h 15 (heure de Montréal) de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, direction Kuala Lumpur. Deux heures plus tard, l’avion explose au-dessus de la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine. Les débris pleuvent sur une dizaine de kilomètres autour du village de Grabove. Les 283 passagers à son bord, ainsi que les 15 membres d’équipage, périssent dans l’accident. Parmi eux, 193 Néerlandais et de nombreux Australiens et Malaisiens.

Sur le moment, la confusion règne quant aux causes de cet écrasement. Est-ce la suite d’une série noire pour la compagnie aérienne malaisienne, dont l’un des appareils a disparu en vol quatre mois auparavant ? L’avion de Vladimir Poutine, qui passait dans la même zone au moment de l’écrasement, était-il la cible initiale ? Difficile dans un premier temps d’établir avec certitude les causes de l’écrasement, car les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’arrivent pas à atteindre les lieux en raison des combats dans la région. Les autorités américaines établissent cependant au lendemain de l’écrasement que l’avion a été touché par un missile sol-air Buk, tiré depuis une région aux mains des séparatistes prorusses.

 

Dans quel contexte s’inscrit l’écrasement du vol MH17 ?

Au moment des faits, l’Ukraine est plongée dans un contexte politique extrêmement tendu. À la suite d’un rapprochement entre le président Ianoukovitch et Moscou, les Ukrainiens pro-Européens se révoltent. Vladimir Poutine obtient alors l’autorisation de son Parlement d’envahir l’Ukraine, officiellement pour porter secours aux Ukrainiens russophones opposés à un rapprochement avec l’Union européenne. Le pays est divisé entre l’Est prorusse et l’Ouest acquis à l’Europe. C’est dans le Donbass, théâtre des affrontements extrêmement violents avec les séparatistes prorusses, que le vol MH17 a été abattu.

Qui a tiré le missile ?

À la demande de Kiev, ce sont les Pays-Bas, dont les ressortissants comptent pour deux tiers des victimes, qui se chargent de l’enquête. Rapidement, plusieurs nations ayant perdu des citoyens dans l’écrasement décident de coopérer avec l’Ukraine pour déterminer les responsabilités dans l’écrasement du MH17. Seul le fait que l’avion ait été abattu par un missile Buk fait consensus. Tout l’enjeu est de déterminer qui l’a lancé, car les armées russes et ukrainiennes en possèdent toutes deux. Pour les Occidentaux, il est clair que le missile a été tiré par des rebelles prorusses. Les soupçons pèsent sur la Russie, accusée de leur avoir fourni le matériel.

Vladimir Poutine dément formellement et reporte la faute sur le gouvernement ukrainien, sans pour autant collaborer à l’enquête : selon l’agence de presse russe RIA Novosti, le président russe aurait déclaré, en prenant connaissance de l’accident, qu’il ne faisait « pas de doute que l’État sur le territoire duquel cela s’est passé porte la responsabilité de cette terrible tragédie. » Le journal russe Vzgliad, cité par Courrier international, indique par ailleurs qu’au lendemain de l’accident, le ministère de la Défense russe affirme avoir identifié des forces armées ukrainiennes en possession de systèmes de défense Buk dans la zone de l’écrasement. Mais un commentaire sur les réseaux sociaux sème le trouble. Comme le rappelle Radio-Canada, le ministre de la Défense autoproclamé des rebelles prorusses, Igor Strelkov, indique sur sa page Vkontakte (Facebook russe) que ses troupes ont abattu un avion militaire ukrainien An-26, au moment même et à proximité du lieu où le vol MH17 est frappé. Surtout, des enregistrements audio dévoilés par les forces ukrainiennes, publiés de nouveau ce vendredi sur Twitter par le collectif de journalistes-citoyens BellingCat, accusent les rebelles prorusses : on y entend des conversations entre colonels russes et chefs des séparatistes, dans lesquelles ces derniers affirment être certains « à 100 % » d’avoir abattu un avion civil.

Où en est l’enquête ?

Un an après l’écrasement, l’enquête stagne et les Russes continuent de clamer leur innocence. Et de la prouver. Le chef de l’État-major des forces aériennes russes, Andreï Kartapolov, affirme détenir des données prouvant qu’un avion militaire ukrainien se trouvait sur la trajectoire du Boeing de Malaysian Airlaines au moment de l’écrasement. La Navaïa Gazeta, citée par Le Monde, publie des documents présentés comme des informations classifées Secret établies par des ingénieurs russes pour aider l’enquête néerlandaise : contre toute attente, les documents appuient la thèse d’une Russie au-dessus de tout soupçon. Moscou affirme par ailleurs ne plus produire ce type de Buk.

La Russie s’en tient à sa version et continue d’accuser l’Ukraine. Le 5 juin, le ministre des Affaires étrangères néerlandais, Bert Koenders, s’est heurté à un mur. Après sa rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, au sujet de l’enquête, il a déclaré qu’il était difficile pour eux de s’entendre en raison de désaccords. Les médias russes n’ont pas relaté l’entrevue.

Le groupe d’enquête occidental a demandé début juillet à l’ONU d’ouvrir un tribunal spécial pour juger les responsables. Sans surprise, Vladimir Poutine a déclaré dans un entretien téléphonique avec le président néerlandais que cela serait « contre-productif ». Ce vendredi, une vidéo apparemment filmée par des séparatistes a relancé la question de la culpabilité russe. Elle montre des rebelles pillant les affaires des victimes de l’écrasement. « Cette vidéo corrobore les renseignements que nous avons reçus il y a 12 mois, àsavoir que le vol MH17 de Malaysia Airlines a été abattu par un missile sol-air », déclare Julia Bishop, ministre des Affaires étrangères australienne.

Que réclament les familles des victimes ?

Face à la progression lente de l’enquête, des familles de victimes se tournent vers la justice américaine pour tenter d’obtenir des réponses. Dix-sept d’entre elles ont porté plainte jeudi aux États-Unis contre le chef séparatiste russe, Igor Guirkine, qu’elles soupçonnent d’avoir participé à l’organisation de l’écrasement, et lui réclament 50 millions de dollars de dédommagements chacune.

« La question la plus importante qui se pose toujours est : qui est responsable ? » rappelle Dennis Schouten, président de la fondation représentant les familles de victimes, à l’AFP. Pour l’heure, nul ne sait si et quand tombera la réponse. Le rapport final des enquêteurs néerlandais, prévu pour octobre, n’a établi que les causes de l’écrasement selon la porte-parole du Bureau d’enquête pour la sécurité, Sara Vernooij… sans identifier de responsables.