Mise en examen des époux McCann : la police portugaise joue gros

Lisbonne — En désignant les époux McCann comme principaux suspects dans la disparition de leur fille Madeleine, la police portugaise joue gros et prend le risque de perdre toute crédibilité si elle ne parvient pas à confirmer très rapidement ses accusations.

Régulièrement critiqués depuis le début de l'affaire dans les médias britanniques pour leur supposée incompétence, les enquêteurs portugais ont été directement mis en cause hier par la mère de Madeleine McCann, les accusant de vouloir se trouver un coupable coûte que coûte.

«La police portugaise n'a plus assez d'argent pour cette enquête et ils veulent en finir», a-t-elle affirmé au Sunday Mirror, dénonçant le chantage auquel elle aurait été soumise pour échanger ses aveux contre une réduction de peine.

La veille, son époux, Gerry, avait quant à lui évoqué le «cauchemar» d'être soupçonné «dans un système que l'on ne connaît pas et dans lequel on n'a pas vraiment confiance».

Des déclarations qui trouvent un large écho dans les médias britanniques, qui contestent les méthodes de la police locale.

En quatre mois, les tensions et les malentendus se sont multipliés entre le clan McCann et les enquêteurs. Mi-juin, la police judiciaire avait publiquement regretté que la chambre dans laquelle dormait la petite Maddie la nuit de sa disparition ait été souillée par les nombreuses allées et venues de proches qui la recherchaient.

Une déclaration interprétée dans les médias britanniques comme la preuve de l'incapacité des policiers portugais à préserver la scène du crime.

En août, après la découverte par des chiens venus de Grande-Bretagne de traces de sang invisibles à l'oeil nu dans la chambre de l'enfant, la PJ avait informé les parents de Madeleine que l'enquête repartait de zéro. Là encore, le clan McCann, soutenu par la presse populaire britannique, avait crié au scandale, protestant contre le retard pris dans l'enquête.

Ce sont ces traces ainsi que d'autres indices retrouvés dans la voiture des McCann, et analysés par le laboratoire médico-légal de Birmingham (centre de l'Angleterre), qui ont mené à la mise en examen des parents de Madeleine.

Selon Alan Baker, expert médico-légal à la société Bericon, interrogé par Press Association, ce laboratoire est «le leader mondial pour ce genre de travail». Mais, insiste-t-il, la qualité des prélèvements effectués est essentielle. «Si la scène du crime se trouvait en Grande-Bretagne, alors je serais à 100 % sûr de l'intégrité des échantillons, mais s'ils ont été prélevés par des gens mal formés, alors on peut se poser toutes sortes de questions», estime-t-il.

Riposte portugaise

Hier, Correio da Manha, premier tirage de la presse portugaise, dénonçait dans un éditorial virulent les accusations formulées outre-manche contre le travail des enquêteurs. «La vérité est qu'ils cherchent à vendre à tout prix l'innocence des McCann. Et alors remontent à la surface la rage et le racisme sans un minimum de pudeur», écrivait le journal, qui comme la quasi-totalité des titres portugais est monté au créneau ces derniers jours pour défendre l'honneur de la police nationale.

Un peu en retrait dans cette affaire qui, selon lui, «s'apparente parfois à un match de foot opposant Portugais et Anglais», le quotidien Publico publiait ce week-end une mise en garde, aux accents presque solennels, de son éditorialiste Nuno Fonseca.

Dans cette affaire, écrit Fonseca, «la police portugaise risque de façon irréversible sa crédibilité: ou elle a des preuves de ce qu'elle laisse entendre et démontre l'hypothèse que tous voudraient voir comme invraisemblable. Ou elle avance en partie dans l'obscurité et ruine son image, non seulement aux yeux du pays mais aussi au yeux du monde».

Avant les McCann, un autre Britannique Robert Murat avait été mis en examen dès le 15 mai, soit douze jours après la disparition de Madeleine. Depuis cette date, la nature des soupçons pesant contre lui n'a jamais été précisée.