Les républicains s’imposent dans les élections locales en Virginie

Glenn Youngkin, soutenu et adoubé par Donald Trump, est le premier républicain à retrouver un poste électif clé en Virginie depuis 12 ans. En l’occurrence, celui de gouverneur.
Photo: Andrew Harnik Associated Press Glenn Youngkin, soutenu et adoubé par Donald Trump, est le premier républicain à retrouver un poste électif clé en Virginie depuis 12 ans. En l’occurrence, celui de gouverneur.

La gifle. Un an à peine après avoir accordé sa confiance à Joe Biden lors de la présidentielle de 2020, avec une avance de 10 points, la Virginie a envoyé un message fort au gouvernement démocrate mardi soir en redonnant le poste de gouverneur de l’État à un républicain, Glenn Youngkin, soutenu et adoubé par Donald Trump. Il est le premier républicain à retrouver un poste électif clef en Virginie depuis 12 ans.

Avec une participation qualifiée de « très forte » par les autorités électorales, les Virginiens ont ainsi refusé d’accorder un deuxième mandat au démocrate Terry McAuliffe.

Les résultats de cette élection locale, suivie par l’ensemble du pays en raison de sa tenue en marge des premiers mois difficiles du gouvernement Biden, viennent toutefois confirmer une tradition dans l’État qui, depuis 44 ans, élit un gouverneur ne représentant pas le parti au pouvoir à Washington.

Un seul a réussi à rompre cette logique en 2013 : Terry McAuliffe, lors de son premier mandat, sous le gouvernement de Barack Obama, venu soutenir sa campagne dans les derniers jours. Joe Biden et Kamala Harris ont également pris part à cette campagne, alarmant les électeurs sur les risques de retour en arrière que pourrait représenter une victoire républicaine.

Difficultés du gouvernement Biden

« Cette élection va être décortiquée de près par les démocrates, qui ont joué contre Youngkin la même stratégie anti-Trump que lors de la présidentielle », commente la politicologue Alexandra Reckendorf, spécialiste du comportement des électeurs et de l’opinion politique à la Virginia Commonwealth University. Stratégie qui, cette fois, n’a pas fonctionné.

Selon elle, le vote a été influencé en partie par les difficultés rencontrées par le gouvernement de Joe Biden à respecter ses promesses de programmes sociaux et de politiques environnementales ambitieuses, et ce, en raison de nombreux blocages législatifs venant autant du camp républicain que de son propre parti. « Pour certains électeurs, les démocrates ne sont pas en mesure de tenir leurs promesses, dit-elle. Et leur vote vient en quelque sorte retirer une confiance que le parti au pouvoir ne mérite plus. »

Soutenu par Donald Trump, Youngkin a toutefois refusé de se montrer en sa présence durant toute la campagne, afin d’éviter les comparaisons. Comparaisons que le camp adverse n’a pas manqué de surligner, qualifiant le candidat républicain « d’alter ego » de l’ex-président. Lundi, dans une déclaration écrite, Donald Trump a dit « s’entendre très bien » avec Youngkin et a assuré que les deux hommes croyaient « fermement aux mêmes politiques ».

La victoire de Glenn Youngkin marque également celle du discours ultraconservateur et moral que le politicien de 54 ans — un ex-haut gradé du Groupe Carlyle, un fonds d’investissement proche de l’establishment républicain — a porté durant sa campagne. Ouvertement opposé à la vaccination ou au port du masque obligatoire pour les enfants, le républicain s’est fait le porte-voix de parents inquiets de voir les théories critiques sur la race et le racisme institutionnalisé atteindre les programmes scolaires dans les écoles publiques. Cette peur n’est toutefois pas soutenue par les faits : ces théories ne sont pas enseignées aux enfants en Virginie.

Les autres suffrages

Ailleurs au pays, la course au poste de gouverneur du New Jersey a longuement tenu les électeurs en haleine, 24 heures après la fermeture des bureaux de vote. Bien qu’il ait été talonné de manière surprenante par son adversaire républicain Jack Ciattarelli, le démocrate Phil Murphy est parvenu à garder son siège à l’issue d’une victoire très serrée déclarée par l’Associated Press en soirée. M. Murphy — souvent décrit comme l’un des gouverneurs les plus progressistes du pays — s’est vu attribuer 50 % des voix, contre 49,2 % pour M. Ciattarelli, selon un décompte effectué en soirée. Au moment où ces lignes étaient écrites, le républicain n’avait toujours pas concédé la victoire.

La soirée électorale de mardi a également consacré rapidement la victoire du démocrate Eric Adams à la mairie de New York, qui devient le second maire afro-américain de l’histoire de la mégalopole. Boston a également élu la conseillère municipale Michelle Wu, qui devient la première femme maire d’origine asiatique de la ville.

Plusieurs référendums d’initiative populaire ont aussi poussé les électeurs vers les urnes. Les électeurs de Minneapolis se sont notamment prononcés sur le « remplacement des services de police par des services de sécurité publique », plus d’un an après le meurtre de George Floyd et la naissance du slogan « définancez la police ». Plus de 56 % des résidents de cette grande ville du Minnesota ont voté contre. Si la mesure avait obtenu la faveur populaire, les fonctions du service de police auraient été déterminées par le maire et le conseil municipal, et davantage de moyens auraient été accordés au recrutement de travailleurs psychosociaux.

Avec Jean-Louis Bordeleau

Ce reportage a été en partie financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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