Le chanteur R. Kelly décrit comme un «prédateur» sexuel au premier jour de son procès

Selon l’acte d’accusation, R. Kelly (au premier plan) dirigeait un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui.
Photo: Elizabeth Williams via Associated Press Selon l’acte d’accusation, R. Kelly (au premier plan) dirigeait un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui.

Il a longtemps échappé à la justice malgré des accusations et une réputation sulfureuse, mais il doit maintenant rendre des comptes : le chanteur américain R. Kelly, vedette déchue du R & B, a été dépeint en « prédateur » par l’accusation au premier jour de son procès pour abus sexuels, à New York.

Le chanteur de 54 ans, connu dans le monde entier pour son tube I believe I can fly, est apparu silencieux, parfois la tête basse, dans la salle d’audience du tribunal fédéral de Brooklyn, où il est jugé pour extorsion, exploitation sexuelle de mineure, enlèvement, corruption et travail forcé, sur une période allant de 1994 à 2018.

Selon l’acte d’accusation, derrière le chanteur à succès, vainqueur de trois Grammy Awards en 1998, R. Kelly dirigeait un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui, les enfermant dans leurs chambres d’hôtel quand il était en tournée, leur demandant de porter des vêtements amples quand elles n’étaient pas avec lui, de « garder la tête basse » et de l’appeler « papa » (« daddy »).

Le chanteur est accusé d’avoir abusé de six femmes, dont des mineures.

De 10 ans à la prison à vie

« Nous parlons d’un prédateur. […] Un homme qui, pendant des décennies, a utilisé sa célébrité, sa popularité et un réseau de personnes à sa disposition pour cibler, préparer et exploiter des jeunes filles, garçons et femmes pour satisfaire ses envies sexuelles », a lancé, à l’ouverture des débats, la procureure Maria Cruz Melendez devant l’accusé, costume gris, cravate violette.

Elle a décrit un système sophistiqué, dans lequel R. Kelly aurait usé de « toutes les techniques du prédateur » pour approcher les mineures ou leurs familles, mais aussi utilisé son entourage, garde du corps, chauffeurs, avocats et comptables, pour se protéger, à coups de menaces notamment.

S’il est reconnu coupable de toutes les charges par le jury, sept hommes et cinq femmes sélectionnés la semaine dernière, R. Kelly, actuellement en détention provisoire, risque de 10 ans à la prison à vie.

Le chanteur a plaidé non coupable de l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. « Vous allez entendre toute l’histoire dans son ensemble et justice sera rendue », a promis l’une de ses avocates, Nicole Blank Becker.

Devant le tribunal, elle a soutenu que toutes les relations sexuelles étaient « consenties » et que certains témoins ou victimes au procès étaient animés par un esprit de vengeance.

« Il n’a recruté personne… c’étaient des fans, qui venaient vers lui », a affirmé l’avocate.

Pendant plus de 25 ans, le chanteur originaire de Chicago, à la voix teintée d’influences gospel et aux textes et postures hypersexualisés, avait dominé la scène R & B, malgré une réputation sulfureuse, parce qu’il s’entourait de très jeunes filles, et des accusations d’abus sexuels. Mais il avait continué de faire carrière, à coups de règlements à l’amiable. Un procès en 2008 pour pédopornographie s’était terminé par un acquittement.

Inculpé dans trois États

Ce n’est qu’en janvier 2019, lors de la sortie de la série documentaire Surviving R. Kelly, que l’étau judiciaire s’est vraiment resserré. Désormais, le chanteur est inculpé dans quatre procédures instruites dans trois États différents (Illinois, New York, Minnesota).

L’identité des victimes n’a pas été révélée par le tribunal de New York, mais parmi elles figure la chanteuse Aaliyah, décédée dans un accident d’avion il y a 20 ans, en août 2001, à 22 ans.

L’acte d’accusation reproche en effet à R. Kelly d’avoir corrompu un fonctionnaire de l’État de l’Illinois en 1994 pour obtenir de faux documents et épouser une mineure. Une accusation qui renvoie au mariage, finalement annulé, du chanteur avec la jeune étoile du R B. Elle avait alors 15 ans. Selon l’accusation, R. Kelly voulait se marier avec elle pour l’empêcher de témoigner contre lui parce qu’il l’avait mise enceinte.

La procureure a aussi évoqué le cas de Sonia, 22 ans à l’époque des faits, en 2003, stagiaire dans une radio et qui espérait obtenir une entrevue du chanteur après l’avoir rencontré à Salt Lake City. Selon l’accusation, la jeune femme avait été emmenée à Chicago, où elle avait été enfermée dans une pièce pendant trois jours et avait été abusée sexuellement par le chanteur, puis menacée pour ne pas parler.

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