WarnerMedia et Discovery forment un nouveau géant américain des médias

Les groupes proposent à la fois des chaînes télé traditionnelles, comme CNN, et des plateformes de vidéo sur demande.
Photo: Christian Petersen Archives Agence France-Presse Les groupes proposent à la fois des chaînes télé traditionnelles, comme CNN, et des plateformes de vidéo sur demande.

Le groupe américain de télécommunications AT&T va fusionner sa filiale WarnerMedia avec Discovery, créant un nouveau mastodonte du divertissement pour mieux tenir tête à Netflix et autres géants de la vidéo sur demande.

Cette opération, qui devrait se conclure mi-2022, combine deux des plus grands groupes de médias aux États-Unis, proposant à la fois des chaînes traditionnelles (CNN et HBO du côté de WarnerMedia ; Discovery Channel, HGTV et Food Network du côté de Discovery) et des plateformes de vidéo sur demande.

Le nom de la nouvelle structure devrait être révélé « dans les prochains jours ou la semaine prochaine », a indiqué lundi David Zaslav, l’actuel patron de Discovery, qui sera à la tête de cette nouvelle entreprise, dans une entrevue à la chaîne CNBC.

Le mariage annoncé lundi arrive au moment où le paysage audiovisuel américain est de plus en plus dominé par les grands noms de la vidéo sur demande que sont Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou Apple TV. Face à ce nouveau modèle économique, sans publicité, mais avec abonnement, plusieurs groupes ont déjà ressenti le besoin de muscler leur offre pour garder leur stature dans la jungle impitoyable du divertissement américain.

AT&T, premier câblodistributeur américain et deuxième opérateur mobile, a ainsi lancé sa propre plateforme de vidéo sur demande HBO MAX en 2020 ; Discovery, la sienne, baptisée Discovery+, en début d’année.

« La nouvelle entreprise sera en mesure d’investir dans davantage de contenus originaux pour ses services de vidéo sur demande », soulignent les deux groupes dans un communiqué commun.

« Netflix est une formidable entreprise, Disney également, mais nous possédons un catalogue de contenus très divers et attractif », a estimé M. Zaslav sur CNBC, tablant sur un nombre d’abonnés qui pourrait culminer à 400 millions à travers le monde contre 100 millions aujourd’hui à travers les offres de vidéo sur demande des deux entreprises selon lui.

HBO MAX comptait 61 millions d’abonnés fin 2020 et Discovery+ 15 millions fin avril, tandis que Netflix en comptait 204 millions et que les plateformes de Disney (Disney+, ESPN+, Hulu) en recensaient 146 millions.

Le chiffre d’affaires anticipé de la nouvelle entreprise est d’environ 52 milliards de dollars à l’horizon 2023.

Le pari raté d’AT&T

L’opération acte en revanche l’échec de la stratégie d’AT&T dans les médias.

L’ambition, guidée par le précédent patron Randall Stephenson, était de miser gros sur le divertissement en créant un groupe proposant à la fois la production de contenus et sa distribution, d’offrir par exemple des séries sur demande à regarder sur ses téléphones mobiles.

Le groupe avait dans un premier temps racheté, en 2015, l’opérateur satellitaire DirectTV.

Il avait, trois ans plus tard, bouclé le rachat de Time Warner — l’ancien nom de WarnerMedia — pour 85 milliards de dollars. En plus de CNN et HBO, AT&T avait alors mis la main sur les énormes productions Harry Potter et Batman via les studios Warner Bros, ainsi que sur les chaînes TNT, TBS et Cartoon Network.

Mais pour Richard Greenfield, analyste à Lightshed Partners, AT&T n’est jamais parvenue à créer les « synergies » désirées entre ses différentes opérations. « Dans l’environnement médiatique actuel, il faut avoir une taille suffisante sur un marché spécifique pour être à la fois assez grand et assez agile afin de s’adapter aux changements technologiques et se tailler un espace significatif dans un paysage dominé par les plateformes », a-t-il estimé sur son blogue.

Sous la houlette du nouveau directeur général, John Stankey, AT&T avait déjà vendu fin 2020 la plateforme de vidéo sur demande spécialisée dans les séries d’animation japonaise Crunchyroll à Sony et annoncé en février la cession d’une partie de DirectTV à la société d’investissement TPG.

La fusion avec Discovery permettra aussi à AT&T, qui affichait une dette nette de 169 milliards de dollars fin mars en raison notamment de ses nombreuses acquisitions dans les médias, de renflouer un peu ses caisses. L’entreprise recevra en effet environ 43 milliards de dollars en espèces et en titres de créances, et ses actionnaires 71 % de l’entité nouvellement créée. Ceux de Discovery posséderont 29 % du nouveau groupe.

L’opération reste soumise à l’approbation des actionnaires de Discovery, mais aucun vote de ceux d’AT&T n’est requis. Elle est également tributaire d’autorisations réglementaires, au sujet desquelles John Stankey s’est montré confiant lundi sur CNBC.

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