Des républicains modérés menacent de créer un nouveau parti

Liz Cheney s'adresse à la presse, après avoir été démise de ses fonctions.
Photo: Kevin Dietsch/Pool/Getty Images Liz Cheney s'adresse à la presse, après avoir été démise de ses fonctions.

Dans la foulée de l’éviction de la représentante du Wyoming, Liz Cheney, de la hiérarchie républicaine au Congrès, la riposte des modérés sur les radicaux s’organisent désormais au sein de la formation politique.

Dans une lettre à paraître ce jeudi dans la presse américaine, près d’une centaine d’ex-hauts fonctionnaires républicains et figures fortes du parti se prépare à mettre en garde les républicains qu’en l’absence d’une rupture franche avec Donald Trump et sa rhétorique mensongère, ils pourraient désormais envisager une scission et surtout la formation d’un nouveau parti politique aux États-Unis.

« La situation est devenue si désastreuse au sein du Parti républicain qu’il est maintenant temps de sérieusement envisager si une voie alternative pourrait être la seule option », a indiqué l’expert en sécurité, Miles Taylor, un des instigateurs du mouvement, cité par le New York Times. M. Taylor a été chef de cabinet du Département de la sécurité intérieure dans l’administration Trump. En 2018, il a signé dans les pages du quotidien new-yorkais pour appeler à la résistance de l’intérieur contre les dérives autoritaires et la gestion fantasque de l’ex-président. De manière anonyme avant d’en assumer la paternité un an plus tard.

« Quand, dans notre démocratie, surgissent des forces de conspiration, de division et de despotisme, il est du devoir patriotique des citoyens d’agir collectivement pour la défense de la liberté et de la justice », écrivent les auteurs de la lettre présentée comme un « Appel au renouveau américain ». Sa publication a été annoncée en primeur par l’agence Reuters.

« Les républicains sont désormais pris dans un long combat pour tenter de retrouver l’âme de leur parti, résume le stratège politique conservateur Gary Sasse, joint par Le Devoir au Rhode Island. Ils peuvent le faire au sein du parti, en luttant contre les tendances antidémocratiques et autoritaires de Trump. Mais ce chemin est risqué. Plusieurs pourraient donc envisager la création d’un parti de centre droit avec une approche conservatrice raisonnée. Évoquer un tiers parti peut donner aussi du poids aux républicains pragmatiques dans les tensions actuelles, et ce, même si l’histoire des tiers partis aux États-Unis a toujours été désastreuse ».

Les signataires de cette lettre incluent d’anciens ambassadeurs, gouverneurs, membres du Congrès et secrétaires de cabinet. Ils estiment, en substance, que le parti républicain doit renouer avec un leadership fort en rejetant les théories du complot et la rhétorique clivante portées depuis des années par Donald Trump, sans quoi, la formation politique devra affronter un nouveau parti dédié à la lutte républicaine contre la peur et le mensonge.

Le « grand mensonge »

Mercredi, la peur de Donald Trump, toujours influent au sein de parti, et la promotion de son mensonge sur le vol des élections par les démocrates en novembre dernier, ont pris le dessus une fois de plus chez les républicains au Congrès. Au terme d’une réunion à huis clos de 20 minutes à peine, ils ont démis Liz Cheney de son poste de présidente de la Conférence républicaine. Elle était la numéro 3 du parti dans l’appareil législatif américain.

La politicienne faisait face depuis plusieurs mois à un tir nourri de critiques après avoir voté en faveur de la destitution de l’ex-président l’an dernier, dénoncé son implication dans l’insurrection du Capitole par ses fidèles, le 6 janvier dernier, et s’être opposée au « grand mensonge » de Donald Trump sur la fraude électorale par ses collègues, qualifiant l’adhésion à la théorie du complot par les élus républicains de néfaste pour la démocratie américaine.

« Je ferai tout mon possible pour que l’ancien président ne se rapproche plus jamais du bureau ovale », a dit la fille de l’ex-vice-président Dick Cheney, à la sortie de sa rencontre avec les élus républicains.

Rappelons que l’existence d’une fraude électorale, promue par l’ex-président, a été invalidée plus d’une fois par les autorités électorales de l’ensemble des États américains, y compris dans les États républicains. Elle l’a été aussi par des dizaines de tribunaux au pays, au terme de procédures judiciaires massives intentées par les proches du président pour faire annuler les résultats du vote de la présidentielle. Sans succès de leur part, en raison de l’absence de preuve soutenant leur thèse d’une fraude.

Mercredi, l’ex-président s’est réjoui de la décision des républicains de se distancier de Liz Cheney en la qualifiant d’« être humain amer et horrible » par voie de communiqué. « Elle n’a aucune personnalité ou quoi que ce soit de bon pour la politique ou notre pays », a-t-il ajouté.

Pour sa part, la Maison-Blanche a jugé « gênant » ce départ forcé de Liz Cheney, de son poste de direction, « pour avoir simplement dit la vérité », a dit l’attachée de presse du président, Jen Psaki.

Le culte du « grand mensonge » de Donald Trump tout comme les dégâts qu’il génère désormais au sein du parti restent un calcul politique hasardeux selon Gary Sasse, même si à court terme, il évite aux élus des sanctions de l’ex-président et cultive une croyance sur la fraude électorale partagée par 70 % des électeurs républicains.

« Tant que le parti républicain va continuer de mentir sur le résultat des élections de 2020 et refuser de dénoncer la terreur du 6 janvier, ses chances de remporter une élection à l’échelle nationale vont être très minces, dit le stratège républicain. Aujourd’hui, à peine 25 % des électeurs s’identifient comme républicains, et un tiers d’entre eux s’opposent à Donald Trump, politiquement. La mathématique ne fonctionne tout simplement pas. »

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Les républicains sont désormais pris dans un long combat pour tenter de retrouver l’âme de leur parti