Un comité de surveillance maintient l’exclusion de Facebook de Donald Trump

Trump a qualifié cette décision de «honte totale».
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Trump a qualifié cette décision de «honte totale».

L’ex-président américain Donald Trump a encaissé avec rage mercredi la décision du comité de surveillance de Facebook de maintenir son bannissement des réseaux sociaux Facebook et Instagram pour, au moins, les six prochains mois, en qualifiant cette décision de « honte totale » et « d’embarras pour notre pays », a-t-il dit par voie de communiqué.

« La liberté d’expression a été retirée au président des États-Unis parce que la gauche radicale aliénée a peur de la vérité, mais la vérité va sortir de toute façon, plus grande et plus forte que jamais », a ajouté le populiste. Il a menacé au passage ces « compagnies corrompues de médias sociaux » de devoir « payer le prix politique » de cette décision.

Dans un rapport attendu, le groupe de 20 experts, partiellement indépendants, mandatés par le réseau social pour évaluer l’exclusion de l’ex-président le 7 janvier dernier, a reconnu mercredi le bien-fondé de cette sanction en raison de l’environnement malsain créé par Donald Trump alors que le pouvoir législatif américain s’apprêtait à certifier le vote qui a mené à la victoire de Joe Biden à la présidentielle de novembre dernier. Les appels lancés à ses partisans ont posé alors un « risque sérieux de violence », a reconnu le comité de surveillance, et entraîné l’insurrection du Capitole.

Caractère « arbitraire »

Le groupe, formé de 20 personnes issues du monde des médias, de la politique, de la justice ou de l’enseignement universitaire, a critiqué toutefois le caractère « arbitraire » de la décision du réseau social, qui sortait, selon lui, du cadre de contrôle de la parole établi pour l’ensemble des utilisateurs. Il qualifie également de « déraisonnable » et d’« irréalisable » un bannissement indéterminé du politicien clivant.

« Il n’est pas permis à Facebook de maintenir un utilisateur hors de sa plateforme pendant une période indéfinie, sans aucun critère établissant quand ou si le compte sera restauré », écrit le comité dans son rapport rendu public mercredi matin.

« Une sanction permanente de ce type ne passe pas un “test d’odeur” à l’échelle internationale », a résumé de manière imagée le coprésident du comité de surveillance, Michael McConnell, lors d’une conférence téléphonique, tout en évoquant le fait que Facebook avait appliqué une sanction qui se dérobe à ses « propres règles » de contrôle de contenus diffusés. Le réseau procède généralement à un retrait des contenus contrevenant à ses règles et à une suspension temporaire de celles et ceux qui les enfreignent.

L’ex-président y a été banni de Facebook au lendemain de l’insurrection du Capitole de Washington par ses partisans, gonflés à bloc par les accusations de fraude électorale. Ce vol du scrutin a depuis été écarté par les autorités électorales américaines, y compris dans les États républicains et par plusieurs tribunaux américains par les proches du populiste à se prononcer sur la légitimité du scrutin.

Donald Trump avait par ailleurs qualifié de « patriotes » et de « spéciaux » les participants à l’attaque du dôme de la démocratie américaine et leur avait déclaré son amour. « Nous vous aimons », avait-il dit, avant de les inviter à rentrer chez eux dans la paix et à se « souvenir de ce jour pour toujours ». Cinq personnes ont perdu la vie dans ce tragique événement.

Facebook avait évoqué ce discours incendiaire et des messages volontairement erronés faisant l’apologie de personnes impliquées dans des actes de violence et soutenant leur action destructrice, pour justifier le blocage et l’exclusion du politicien.

Le réseau Twitter a imposé la même sanction à l’ex-président des États-Unis.

« Facebook devrait soit désactiver définitivement le compte de Donald Trump, soit imposer une suspension pour une période précise », a dit Helle Thorning-Schmidt, ex-première ministre danoise, qui siège à ce comité, citée par l’Associated Press.

Le groupe qui vient d’analyser le cadre de l’exclusion donne par ailleurs six mois à Facebook pour clarifier la sanction et décider de la suite des choses pour l’ex-président, en tenant compte de « la gravité de la violation et de la perspective d’un préjudice futur ».

Loin de s’être retiré de la scène politique après sa défaite, Donald Trump reste une figure influente au sein du Parti républicain et laisse planer depuis le 20 janvier dernier et le changement de garde à Washington le spectre d’une candidature pour la présidentielle de 2024.

Mercredi, Facebook, qui finance ce comité de surveillance, s’est dit satisfait de ses conclusions et a indiqué vouloir étudier plus à fond la décision pour déterminer une « action claire et proportionnée » à l’endroit de Donald Trump.

Si elle acceptait de réintégrer le politicien dans son espace commercial de socialisation en ligne, Facebook devrait être en mesure de traiter avec célérité d’éventuelles autres violations à son code de conduite, indique le comité de surveillance.

« Notre nation vit toujours avec les conséquences de l’insurrection meurtrière suscitée par Donald Trump, et il y a un danger évident et toujours présent qu’il recommence », a commenté le sénateur démocrate Richard Blumenthal du Connecticut par voie de communiqué. « Facebook doit maintenant décider de ce qu’il valorise le plus : les profits ou tenir responsable Donald Trump pour la haine, la désinformation et la violence. »

Sans surprise, le camp républicain a tiré à boulets rouges sur le comité de surveillance de Facebook, accusé d’avoir un penchant libéral. « C’est un triste jour pour l’Amérique et un triste jour pour Facebook », a dit l’ancien chef de cabinet de Donald Trump, Mark Meadows, sur Fox News mercredi matin. Il estime que cette décision du comité de surveillance vient accroître la possibilité d’une action politique contre les compagnies technologiques qui ont privatisé les espaces de débat public et en manipulent les cadres et leur tonalité.

« Y a-t-il quelque chose de plus orwellien que ce « conseil de surveillance indépendant » composé d’universitaires gauchistes qui décident des questions de liberté d’expression ? » a pour sa part commenté le sénateur de l’Arkansas, Tom Cotton, sur Twitter.

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