Faux départ pour le procès de l’ancien policier Derek Chauvin

Lundi, des centaines de personnes se sont réunies à Minneapolis pour dénoncer la violence policière.
Photo: Kerem Yucel Agence France-Presse Lundi, des centaines de personnes se sont réunies à Minneapolis pour dénoncer la violence policière.

Le procès de l’ex-policier blanc Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd l’été dernier, a été retardé lundi en raison d’incertitudes sur les charges pesant sur l’accusé.

Tout était prêt pour l’ouverture de ce procès historique, qui est autant celui d’un homme que des méthodes policières aux États-Unis. À l’extérieur du tribunal, qui a pris des allures de camp retranché, des centaines de manifestants s’étaient rassemblés pour réclamer la condamnation de M. Chauvin.

La sœur de sa victime, Bridgett Floyd, coiffée d’un chapeau rouge éclatant, est venue du Texas pour « porter la voix » de son frère. « L’attente est finie, on y est, a-t-elle déclaré aux médias à la fin d’une journée qu’elle a jugée éprouvante. J’ai eu l’impression d’être sur des montagnes russes. »

Remis en liberté sous caution, l’ancien policier de 44 ans s’était présenté au palais de justice de Minneapolis, au Minnesota, vêtu d’un costume sombre. Les jurés potentiels avaient également répondu à l’appel.

Mais après des débats techniques, le juge Peter Cahill a renvoyé les jurés chez eux. « Soyons réalistes, on ne va pas commencer la sélection avant au moins demain », a-t-il déclaré, prenant acte des réticences de l’accusation à aller de l’avant tant que subsiste un doute sur les chefs d’accusation retenus contre M. Chauvin.

Pour l’instant, ce dernier, qui a passé 19 ans au service de la police de Minneapolis, est accusé de « meurtre au second degré ». Cela exclut la préméditation, mais implique l’intention de tuer, et d’« homicide involontaire ». Vendredi, une cour d’appel a autorisé l’ajout d’un troisième chef, soit « meurtre au troisième degré », plus facile à prouver puisqu’il n’y a plus la notion d’« intention », mais uniquement de violences volontaires ayant entraîné la mort.

Les avocats de M. Chauvin s’opposent à cette décision. Ils se sont ainsi tournés vers la Cour suprême du Minnesota, et il lui faudra plusieurs jours pour trancher. Aux yeux de cet État du Midwest, qui porte l’accusation, cette incertitude fait courir un risque sur l’ensemble du procès. « Nous ne voulons pas retarder le procès, mais nous voulons bien faire », a souligné le procureur Matthew Frank.

Mouvement de protestation

Le 25 mai dernier, Derek Chauvin était intervenu avec trois collègues afin d’arrêter George Floyd. L’Afro-Américain de 46 ans était soupçonné d’avoir utilisé un faux billet de vingt dollars pour s’acheter un paquet de cigarettes.

En pleine rue, et devant des passants effarés, M. Chauvin avait maintenu son genou sur le cou de M. Floyd, menotté et plaqué au sol, bien que celui-ci ait lancé à vingt reprises : « Je ne peux pas respirer. »

Ces mots, les derniers prononcés par le père de famille, sont devenus le cri de ralliement de millions de manifestants qui sont descendus dans les rues de villes à travers le monde, dont Montréal, pour réclamer justice.

La mobilisation, qui a ouvert un débat de fond aux États-Unis sur les méthodes de la police et le passé raciste du pays, s’est essoufflée à l’automne. Or, à l’approche du procès, elle a repris à Minneapolis, où plusieurs rassemblements ont eu lieu ce week-end.

Lundi, des centaines de personnes se sont réunies dans le centre de la ville. « Il y a un problème en Amérique, a dit un militant, Marcus Smith. Les policiers sont acquittés par un système raciste »

Comme lui, les proches de George Floyd abordent le procès avec appréhension. « Je veux que justice soit rendue », a martelé de son côté l’oncle de M. Smith, Selwyn Jones. Selon lui, si Derek Chauvin échappe à la prison, « les gens vont se déchaîner ».

Par anticipation, la ville de Minneapolis, secouée par de violentes émeutes à la fin mai, a déjà renforcé son dispositif de sécurité et mobilisé des milliers de policiers et de soldats de la Garde nationale.

Compte tenu de l’énorme intérêt du public, le procès sera filmé et retransmis en direct à travers les États-Unis. Ses trois premières semaines seront consacrées à la sélection des jurés, un exercice délicat tant l’affaire a été médiatisée.

L’accusation, qui aura la parole en premier, tentera de démontrer que Derek Chauvin avait « l’intention » de causer des souffrances, et qu’il ne s’agit pas d’une simple négligence. Pour ce faire, elle s’appuiera sur la vidéo du drame : celle-ci montre que le policier a maintenu la pression sur le cou de George Floyd, même une fois celui-ci devenu inconscient et son pouls indétectable. La défense soutiendra pour sa part que Derek Chauvin a agi conformément à sa formation et que le quadragénaire noir est mort d’une overdose au fentanyl. L’autopsie a montré qu’il avait consommé cet opioïde, mais a considéré la « compression de son cou » comme cause de la mort.

Les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane, et Tou Thao, seront pour leur part jugés ensemble en août pour « complicité de meurtre ».

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