Donald Trump est acquitté par le Sénat au terme de son second procès en destitution

Sept sénateurs républicains ont rompu les rangs et voté avec leurs 50 collègues démocrates et indépendants, mais cela n'a pas suffi pour atteindre les deux tiers nécessaires à la condamnation.
Photo: Win McNamee Getty Images via Agence France-Presse Sept sénateurs républicains ont rompu les rangs et voté avec leurs 50 collègues démocrates et indépendants, mais cela n'a pas suffi pour atteindre les deux tiers nécessaires à la condamnation.

Pour la deuxième fois acquitté. L’ex-président américain Donald Trump a échappé samedi à un verdict de culpabilité à l’issue d’un procès historique devant le Sénat américain, qui le jugeait pour son rôle dans les violences du 6 janvier au Capitole.

Les sénateurs ont été une majorité — 57 sur 100 — à se prononcer pour une condamnation du milliardaire. Mais il aurait fallu les deux tiers de la Chambre haute pour parvenir à un verdict de culpabilité, qui aurait pu être suivi d’une peine d’inéligibilité. Le socle des élus républicains a tenu, ce qui montre l’emprise que Donald Trump conserve sur le parti. 

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer », a réagi M. Trump dans un communiqué, se posant une nouvelle fois en victime d’une « chasse aux sorcières ».

Pour Donald Trump, il s’agit d’un deuxième acquittement en autant de procédures de destitution. Un cas unique dans l’histoire des États-Unis.

Dans sa première réaction à ce verdict, l’ex-président de 74 ans a évoqué son avenir. « Dans les mois qui viennent, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur de l’Amérique », a-t-il dit.

Les républicains divisés

Mais pour certains républicains, la séquence politique commencée en novembre avec la contestation de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle et qui a culminé avec les événements du Capitole laisse un goût amer.

Chef influent des républicains du Sénat, Mitch McConnell incarne à la perfection ce malaise. Soutien de Donald Trump pendant les quatre années de sa présidence, il n’a pas rejoint ses sept collègues qui ont voté pour la culpabilité. Pour lui, le Sénat n’était pas compétent dans une procédure de destitution, puisque le magnat de l’immobilier a quitté le pouvoir.

« Il n’y a aucun doute, aucun, que le président Trump est, dans les faits et moralement, responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée » du 6 janvier, a-t-il néanmoins asséné dans les instants qui ont suivi le vote.

Accusation « absurde » pour un camp, président qui a « trahi » les Américains en soutenant les émeutiers pour l’autre : les avocats du milliardaire républicain et les élus démocrates chargés de porter l’accusation ont bataillé pendant les cinq jours du procès rythmé par des vidéos chocs retraçant les événements.

La dernière journée aura elle aussi été menée tambour battant. Puis Patrick Leahy, élu démocrate qui présidait les débats, a déclaré solennellement : « Donald Trump est par la présente acquitté ».

« Il est temps de boucler cette mascarade politique », avait tonné l’un des avocats du 45e président des États-Unis, Michael van der Veen, lors de son court plaidoyer samedi. 

« Estimer, en se basant sur les indices que vous avez vus, que M. Trump voulait réellement, et de fait a délibérément suscité une insurrection armée pour renverser le gouvernement américain serait absurde », a-t-il asséné. 

Derrière cette accusation, il y a surtout la « peur » des démocrates de voir Donald Trump réélu en 2024, a accusé Me van der Veen. 

Responsable « sans l’ombre d’un doute » pour les démocrates

À l’inverse, Donald Trump est pour les démocrates le principal responsable des événements du 6 janvier, leur « incitateur ». C’est lui qui par ses diatribes aurait suscité l’envahissement du Capitole par ses partisans en colère, au moment où le Congrès américain s’apprêtait à confirmer sa défaite à l’élection du 3 novembre.

« Il est désormais évident, sans l’ombre d’un doute, que Trump a soutenu les actes de la foule hargneuse et il doit donc être condamné. C’est aussi simple que cela », a lancé Jamie Raskin, pendant le réquisitoire long de près de deux heures.

« Au moment où nous avions le plus besoin qu’un président nous protège et nous défende, le président Trump nous a à la place délibérément trahis. Il a violé son serment » de protéger le pays, a renchéri l’un des neuf démocrates de la Chambre des représentants qui portaient l’accusation, David Cicilline. 

Mêlant vidéos choc des violences et extraits choisis des diatribes présidentielles, les démocrates ont, depuis le début du procès, accusé Donald Trump d’avoir renoncé à son rôle de « commandant-en-chef » pour revêtir des habits d’« incitateur-en-chef ». Selon eux, il a « attisé la hargne » de ses partisans pendant des mois avec un « grand mensonge » : en se présentant comme la victime d’une élection « volée » à la suite de « fraudes » dont il n’a jamais apporté la preuve.

Une fois l’assaut en cours, il a attendu de longues heures avant d’appeler ses sympathisants à « rentrer chez eux ». En tout, cinq personnes sont mortes, et des centaines ont été blessées ou traumatisées, ont-ils estimé.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après un communiqué pointant « l'un des jours les plus sombres et l'un des actes les plus déshonorants » de l'histoire du pays, s'est montrée furieuse devant la presse, traitant de « lâches » les sénateurs républicains ayant acquitté l'ex-président.

« Nous censurons ceux qui utilisent la paperasse dans un mauvais but. Nous ne censurons pas ceux qui incitent à une insurrection qui tue des gens dans le Capitole », a aussi lancé la démocrate.
 

Resté silencieux samedi, Joe Biden espère aborder une nouvelle phase de son début de présidence, débarrassé de l’ombre gênante de ce procès qui monopolisait les médias et le Congrès.

Sa priorité immédiate est de voir les parlementaires voter son plan de soutien de 1900 milliards de dollars à l’économie américaine, frappée par la pandémie de COVID-19, et d’accélérer la vaccination des Américains.


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