Trump a été l’«incitateur en chef» de l’assaut du Capitole, accusent les démocrates

Au deuxième jour du procès en destitution de Donald Trump, les procureurs se sont attachés à replacer l’attaque contre le Capitole dans le contexte de la croisade postélectorale menée par l’ancien président pour contester la victoire de son rival Joe Biden à la présidentielle.
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Au deuxième jour du procès en destitution de Donald Trump, les procureurs se sont attachés à replacer l’attaque contre le Capitole dans le contexte de la croisade postélectorale menée par l’ancien président pour contester la victoire de son rival Joe Biden à la présidentielle.

Une violence inouïe libérée par l’« incitateur en chef » : les procureurs démocrates au procès de Donald Trump ont accusé mercredi l’ex-président d’avoir nourri pendant des mois la colère de ses partisans jusqu’à ce qu’elle explose, au Capitole le 6 janvier.

Leur assaut sur le siège du Congrès, qui vaut au milliardaire d’être jugé au Sénat pour « incitation à l’insurrection », n’est pas survenu « dans le vide » : « La hargne de la foule a été attisée pendant des mois par Donald Trump », a lancé Joaquin Castro, l’un des élus chargés de porter l’accusation.

Au deuxième jour de ce procès historique, ces procureurs se sont attachés à replacer l’attaque contre le Capitole dans le contexte de la croisade postélectorale menée par Donald Trump pour contester la victoire de son rival Joe Biden à la présidentielle.

L’ancien magnat de l’immobilier, qui passe sa retraite en Floride, a refusé de témoigner devant les sénateurs. Mais sa voix n’a cessé de retentir dans l’hémicycle de la chambre haute du Congrès, où l’accusation a projeté de nombreux extraits de ses discours enflammés, reproduit ses tweets incendiaires, cité ses propos les plus polémiques.

Les faits montrent que « le président Trump n’a pas été le témoin innocent d’un accident », comme ses avocats l’indiquent, mais qu’il « a abandonné son rôle de commandant en chef pour devenir l’incitateur en chef d’une dangereuse insurrection », a résumé Jamie Raskin, qui dirige cette équipe de procureurs.

« Le grand mensonge »

« Donald Trump a perpétré un immense crime contre notre Constitution et notre peuple » et « il doit être condamné par le Sénat américain », ce qui le rendrait inéligible, a plaidé M. Raskin.

Même s’ils ont peu de chances de parvenir à convaincre deux tiers des sénateurs de le juger coupable — un seuil élevé fixé par la Constitution —, les procureurs démocrates entendent au moins marquer l’opinion lors de ces audiences retransmises en direct dans tous les États-Unis.

« Le grand mensonge » : c’est ainsi qu’ils ont décrit la longue campagne de désinformation sur l’élection présidentielle entretenue par le 45e président américain qui a répété, sans preuve, qu’il avait été victime de fraudes électorales massives.

Après l’échec de ses plaintes en justice et de ses multiples pressions sur les agents électoraux des États clés, « le président Trump s’est retrouvé à court d’options non violentes pour se maintenir au pouvoir », a estimé l’élu Ted Lieu.

Il s’est alors tourné vers « des groupes qu’il a cultivés pendant des mois », comme le groupuscule d’extrême droite Proud Boys, dont plusieurs membres se trouvaient parmi les assaillants du capitole, a ajouté sa consœur Stacey Plaskett, en rappelant que le président les avait appelés, en octobre, à « se tenir prêts ».

« Battez-vous »

À l’ouverture des débats, les procureurs s’étaient concentrés sur la funeste journée du 6 janvier, diffusant une vidéo choc pour rappeler la violence de l’attaque sur le Capitole, dans laquelle cinq personnes sont mortes.

Leur montage juxtaposait le discours du président devant les manifestants réunis à Washington (« Battez-vous comme des diables ») et les images des manifestants entrant de force au Capitole, arpentant les couloirs à la recherche de parlementaires.

Affirmer que l’ex-président pourrait être responsable des violences d’un « petit groupe de criminels » qui l’ont « absolument mal compris » est « tout simplement absurde », avaient insisté ses avocats par écrit lundi. En soulignant qu’il les avait « exhortés à rester pacifiques ».

« On a vérifié les 11 000 mots de son discours, le président n’a utilisé le terme “pacifique” qu’une seule fois, contre plus de 20 “se battre” », a rétorqué mercredi l’élue Madeleine Dean.

Mardi, les débats s’étaient concentrés sur un point de droit : peut-on juger un ancien président dans le cadre de la procédure de destitution ?

Cette question a finalement été tranchée par un vote à la majorité simple : en plus des 50 démocrates, 6 sénateurs républicains ont estimé que le procès pouvait se poursuivre.

Si ce rapport de force se confirme lors du vote final, Donald Trump sera acquitté, comme lors de son premier procès en destitution il y a un an, puisqu’il faudrait 67 voix pour le condamner.

Mais son horizon judiciaire restera chargé : en plus des investigations sur ses affaires menées à New York, une procureure de la Géorgie a annoncé mercredi l’ouverture d’une enquête sur les pressions qu’il a exercées sur des responsables électoraux de cet État clé.

Twitter ne laissera pas l’ancien président revenir sur le réseau

Twitter, qui a décidé de bannir l’ancien président Donald Trump de sa plateforme pour incitations répétées à la violence, ne le laissera pas revenir même s’il devait être de nouveau candidat à la Maison Blanche, a indiqué mercredi le directeur financier de l’entreprise. « Selon nos règles, quand vous êtes évincés de la plateforme, vous êtes évincés de la plateforme, que vous soyez un commentateur, un directeur financier, ou un ancien ou actuel responsable politique », a déclaré mercredi Ned Segal sur la chaîne d’informations financières CNBC. Donald Trump « a été banni quand il était président. On ne fait pas de différences pour les responsables politiques qu’ils soient encore en service ou non », a ajouté M. Segal. En janvier, après l’invasion du Capitole par des partisans du milliardaire républicain, Twitter avait suspendu puis supprimé le profil de Donald Trump. Le réseau s’est aussi purgé de nombreux comptes extrémistes qui soutenaient l’ancien président, dont 70 000 affiliés à la mouvance conspirationniste QAnon.


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