Des théories du complot payantes pour Donald Trump

À l’approche du 4 mars prochain, date annoncée de nouvelles manifestations des fidèles de l’ex-président, le Trump International Hotel de Washington a décidé de presque tripler le prix de ses chambres.
Photo: Olivier Douliery Archives Agence France-Presse À l’approche du 4 mars prochain, date annoncée de nouvelles manifestations des fidèles de l’ex-président, le Trump International Hotel de Washington a décidé de presque tripler le prix de ses chambres.

Avec ses barrières de protection et ses alentours désertés, le Trump International Hotel, avenue Pennsylvania à Washington, avait des allures d’établissement fermé mardi matin. Mais il est bien ouvert et compte même faire de l’argent en profitant des théories du complot dont se sert depuis des années son propriétaire, Donald Trump.

À preuve. À l’approche du 4 mars prochain, date annoncée de nouvelles manifestations des fidèles de l’ex-président dans la capitale américaine, l’hôtel a décidé de presque tripler le prix de ses chambres, les faisant passer de 495 $ la nuit à plus de 1400 $. C’est une augmentation de 180 %.

Le tarif de ses concurrents, le Four Seasons, le Hay Adams ou le St. Regis, reste inchangé au début du mois de mars, résumait le magazine Forbes samedi dernier en portant au grand jour cet opportunisme tarifaire.

Le 4 mars ? Cette date est à l’agenda des conspirationnistes américains, dont les adeptes du mouvement QAnon, depuis un mois et l’intronisation de Joe Biden. Selon eux, elle va marquer le retour au pouvoir et l’assermentation de Donald Trump comme nouveau président des États-Unis. Ici, à Washington. Des manifestations sont prévues dans la capitale américaine pour témoigner de cette reprise du pouvoir.

Présidents illégitimes

Mais pourquoi ? La réhabilitation du président déchu de ses fonctions émerge en partie d’une théorie fumeuse, empruntée aux mouvements de citoyens souverains — ceux qui cherchent à ne pas payer d’impôts. D’après eux, une loi secrète a été votée aux États-Unis en 1871 pour faire du pays une corporation et ainsi rompre avec la forme de gouvernement mis en place par les pères fondateurs. Tous les présidents qui ont suivi sont donc illégitimes.

La bibliothèque du Congrès ne dispose d’aucun document sur la chose. Mais elle possède par ailleurs des textes sur l’incorporation des villes de Washington et de Georgetown cette année-là au sein du nouveau District de Columbia. Une interprétation fantaisiste de la loi constituant la capitale et son district vient expliquer tout le reste.

Le 4 mars est également la date où les présidents américains étaient assermentés jusqu’en 1933, année où le 20e amendement de la Constitution a été adopté, pour réduire la période de transition entre les élections et l’entrée en fonction du président, au 20 janvier.

Donald Trump se préparait donc, dans cette réalité alternative, dont plusieurs citoyens annoncent sérieusement le retour sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, à devenir le 19e président des États-Unis. Le dernier légitime, pour les complotistes, ayant été Ulysses S. Grant, le 18e, jusqu’en 1871.

Dans cette perspective, comme 45e président des États-Unis, Donald Trump n’avait donc pas la légitimité de l’être. Mais le mouvement semble faire abstraction de cette contradiction.

Des chambres à 8000 $

Ce n’est pas la première fois que le Trump International Hotel augmente ses prix pour tirer profit des événements phares se jouant dans la capitale. Les 5 et 6 janvier dernier, alors que Donald Trump avait convié ses troupes à Washington pour s’opposer à la certification du vote confirmant l’élection de Joe Biden par le Congrès, le prix des chambres a atteint 8000 $ la nuit. C’était presque quatre fois plus que lors de la journée de l’assermentation, la vraie, en 2016, du milliardaire autoproclamé, indique Zach Everson, auteur de l’infolettre 1100 Pennsylvania, qui suit les activités politiques et financières de l’hôtel de l’ex-président depuis le début de son mandat.

À quelques rues de la Maison-Blanche, le Trump International Hotel s’est retrouvé au cœur des activités du pouvoir durant les quatre dernières années en devenant un lieu de rassemblement des républicains, des proches et des fidèles de l’ex-président.

La Trump Organization serait allée chercher 2,3 millions de dollars par ses événements depuis 2015, selon Forbes. L’ensemble des propriétés du magnat de l’immobilier ont généré 23 millions de dollars depuis son arrivée au pouvoir.

Fait notable : au lendemain de l’insurrection du Capitole, le 6 janvier, Mickael Damelincourt, gestionnaire de l’hôtel, s’est réjoui sur Twitter d’avoir « brisé », lui, « un record d’assistance » dans le restaurant de l’hôtel. « Tellement fier de l’équipe », a-t-il ajouté.


Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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