Joe Biden met fin à la séparation des familles de migrants à la frontière

À ce jour, plus de 1000 enfants migrants vivent toujours séparés de leurs parents du côté américain de la frontière. Sur la photo, le poste frontalier mexicano-américain, du côté de Matamoros.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À ce jour, plus de 1000 enfants migrants vivent toujours séparés de leurs parents du côté américain de la frontière. Sur la photo, le poste frontalier mexicano-américain, du côté de Matamoros.

Après l’affront violent, la réparation et l’apaisement. Le président américain, Joe Biden, a annoncé la création d’un groupe de travail pour régler rapidement le cas des quelque 540 enfants séparés de leur famille après avoir tenté de traverser la frontière américano-mexicaine dans les quatre dernières années. Il est toujours impossible de retrouver leurs parents, repartis en Amérique centrale ou vivant illégalement aux États-Unis.

Le groupe, présidé par le nouveau secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, aura également pour tâche d’examiner la possibilité de dédommager financièrement les migrants lésés et maltraités à la frontière sous l’ancien gouvernement. Il va aussi se pencher sur l’octroi de la résidence permanente et sur la mise en place de services d’aide psychologique pour les familles traumatisées par ces séparations, conséquence des politiques migratoires sévères et punitives de Donald Trump. Washington envisage également de permettre la réadmission aux États-Unis des parents expulsés à la frontière.

« Il y a un impératif moral à le faire », a affirmé Oscar Chacón, directeur général du groupe de défense des immigrants Alianza Americas, cité par le New York Times. « Au minimum, ils doivent leur offrir la possibilité d’être réunis pour vivre sur le territoire américain, comme résidents permanents, peut-être. »

« Honte nationale »

Par une série de nouveaux décrets que le nouveau président a signé en fin de journée mardi, Joe Biden cherche ainsi à tourner la page sur les années sombres de son prédécesseur en matière d’immigration. À ce jour, plus de 1000 enfants migrants vivent toujours séparés de leurs parents du côté américain de la frontière. Et pour plus de 500 d’entre eux, les autorités se disent désormais incapables de localiser leur famille. Le temps, la peur des représailles et des recherches de parents compliquées après leur expulsion dans des pays d’Amérique centrale rendent ces rapprochements familiaux difficiles, voire impossibles, selon les groupes de défense des droits de la personne.

La séparation des familles de migrants tentant illégalement d’entrer aux États-Unis a été décrétée au début de son mandat par Donald Trump, dans le cadre de son programme de « tolérance zéro » en matière d’immigration. En campagne électorale, Joe Biden avait qualifié cette mesure « d’échec moral et de honte nationale » pour les États-Unis. Un des décrets signés mardi met fin immédiatement à la politique de séparation des enfants à la frontière.

Le nouveau gouvernement va également abolir une mesure adoptée par le passé et qui bloque l’accès à la carte verte (green card), le visa permettant de vivre et de travailler aux États-Unis, aux immigrants soupçonnés de compter sur les programmes d’aide sociale et les services d’aide alimentaire du gouvernement pour subvenir à leurs besoins.

« La situation à la frontière ne va pas se transformer du jour au lendemain, en grande partie en raison des dommages causés au cours des quatre dernières années, indique la Maison-Blanche dans une note diffusée en début de journée. Mais le président veut désormais une approche [en matière d’immigration] qui maintient notre pays en sécurité, fort et prospère et qui s’aligne également sur nos valeurs. »

Le démantèlement des politiques de Donald Trump s’oppose à la résistance des républicains, qui ont déjà commencé à mettre des bâtons dans les roues du nouveau gouvernement. La suspension pour 100 jours des expulsions des migrants a été attaquée la semaine dernière par un juge du Texas, qui a forcé ainsi son report le temps qu’un tribunal fédéral se prononce sur la question.

Au Sénat, la confirmation au poste de secrétaire à la Sécurité intérieure d’Alejandro Mayorkas, premier Américain d’origine cubaine à occuper ce poste, a été bloquée en raison de l’opposition du sénateur républicain du Missouri, Josh Hawley. Elle devait avoir lieu vendredi dernier. Il a finalement été confirmé dans sa fonction mardi.

Au sein du Parti démocrate, certains élus aimeraient que Joe Biden aille toutefois plus loin en créant une commission chargée d’enquêter sur les politiques migratoires de Donald Trump afin d’en identifier les architectes et de les tenir pour responsables. Stephen Miller, conseiller principal en matière d’immigration de l’ancien président, tout comme l’ancien procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, qui a publié le mémorandum officiel sur la « tolérance zéro » en avril 2018, sont du nombre.

Un rapport du département de la Justice, rendu public début janvier, a qualifié d’échec la règle de « tolérance zéro » appliquée sous Donald Trump, en raison d’un manque de préparation et de problèmes de gestion qui ont conduit à des drames humains.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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