Joe Biden s’attaque au coronavirus de front

Joe Biden désire, au lendemain de sa prise de fonction, marquer le contraste avec Donald Trump, au moment où le cap des 400 000 morts vient d’être franchi.
Photo: Alex Wong / Getty Images / Agence France-Presse Joe Biden désire, au lendemain de sa prise de fonction, marquer le contraste avec Donald Trump, au moment où le cap des 400 000 morts vient d’être franchi.

Le président américain Joe Biden a promis jeudi une mobilisation comme « en temps de guerre » face à la COVID-19, annonçant des restrictions pour les voyageurs et dénonçant le « terrible échec » de la distribution des vaccins.

« Notre stratégie se fonde sur la science, pas la politique, sur la vérité, pas sur le déni », a lancé M. Biden, désireux, au lendemain de sa prise de fonction, de marquer le contraste avec Donald Trump au moment où le cap des 400 000 morts vient d’être franchi.

En signant une série de dix décrets, il a annoncé que toute personne arrivant par avion aux États-Unis depuis un autre pays devrait « se faire tester avant de partir » et « observer une quarantaine à son arrivée ».

Interrogé sur le fait de savoir si son objectif affiché de 100 millions de vaccinations en 100 jours ne manquait pas d’ambition, il a vivement réagi : « Quand je l’ai annoncé, vous avez tous dit que ce ne serait pas possible », a-t-il lancé. « Allons, vous n’êtes pas sérieux ! » a-t-il ajouté.

S’engageant à donner toujours la parole aux scientifiques, en particulier à l’immunologue Anthony Fauci, il a promis aux Américains la transparence sur « les bonnes et les mauvaises nouvelles », jugeant indispensable de « restaurer la confiance » après les atermoiements de son prédécesseur.

Le nouveau gouvernement américain, prenant le contre-pied de Donald Trump, a remercié jeudi l’Organisation mondiale de la santé pour son rôle de chef de file dans la lutte planétaire contre la pandémie, et l’a assurée de son soutien financier.

Les États-Unis, qui ont annoncé mercredi leur retour à l’OMS, ont « l’intention de remplir leurs obligations financières envers l’organisation », a déclaré le Dr Fauci.

Le 46e président américain a également pris un décret pour rendre obligatoire, dans les bâtiments fédéraux, le port du masque que son prédécesseur n’avait endossé qu’à reculons.


Dans un discours d’intronisation au ton grave, Joe Biden a prévenu que la COVID-19 s’apprêtait à connaître sa « phase la plus dure et la plus mortelle » et appelé les Américains à « laisser de côté la politique » pour affronter ensemble ce « sombre hiver ».

Ce vétéran de la politique américaine, âgé de 78 ans, espère désormais convaincre les élus républicains du Congrès d’adopter un plan de relance de 1900 milliards de dollars destiné à amortir les effets dévastateurs de la pandémie sur l’économie.

Chèques aux familles, fonds pour rouvrir les écoles, argent pour accélérer tests et vaccins, aides aux petites entreprises, ou encore assistance alimentaire renforcée : les mesures doivent empêcher le pays de s’enfoncer encore dans la crise.

Première confirmation

Joe Biden, qui a amorcé parallèlement un virage à 180 degrés en matière de politique migratoire, compte également sur ces élus pour adopter une vaste réforme dans ce domaine qui fut au cœur de la politique de son prédécesseur.

Après avoir annulé dès mercredi un décret qui interdisait aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane d’entrer aux États-Unis, et d’avoir suspendu la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique, il a transmis au Congrès un projet de loi migratoire.

Celui-ci prévoit un « chemin vers la naturalisation » des étrangers en situation irrégulière, selon des conditions et des durées variables. Plus de dix millions de sans-papiers vivent aux États-Unis et pourraient être concernés.

Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, qui fut un allié solide de Donald Trump jusqu’à récemment, a promis de travailler avec Joe Biden « à chaque fois que cela sera possible ».

Dès mercredi soir, la chambre haute a confirmé à une très large majorité la nomination de l’ancienne numéro 2 de la CIA, Avril Haines, comme directrice du Renseignement. D’autres confirmations pourraient suivre prochainement, dont celle d’Antony Blinken à la tête de la diplomatie américaine.

Certains alliés et partenaires des États-Unis se sont déjà réjouis de l’arrivée du nouveau président, à l’instar d’Angela Merkel qui a assuré jeudi disposer d’un « éventail d’accords beaucoup plus large » avec Joe Biden qu’avec Donald Trump, malgré des points de friction persistants, notamment sur le projet controversé de gazoduc russe Nord Stream 2.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, sera le premier dirigeant étranger à échanger vendredi avec Joe Biden. La discussion devrait porter notamment sur le projet d’oléoduc Keystone, soutenu par le Canada, mais auquel Joe Biden avait promis de mettre un terme pendant sa campagne.

 

Toujours pas de date pour le procès en destitution de Trump

Washington — La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a refusé d’indiquer jeudi quand elle comptait transmettre au Sénat l’acte d’accusation de Donald Trump pour incitation « à l’insurrection », étape impérative pour l’ouverture d’un deuxième procès historique en destitution de l’ex-président américain. « Cela sera sous peu. Je ne pense pas que cela sera long, mais nous devons le faire », a expliqué la démocrate lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Donald Trump est devenu le 13 janvier le premier président de l’histoire des États-Unis à être mis en accusation deux fois par la Chambre, contrôlée par les démocrates. Ce procès menace d’entraver les premiers jours du mandat de Joe Biden en monopolisant toute l’activité du Sénat au moment même où le nouveau président espère faire passer ses premières lois. Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnel, a laissé entendre jeudi qu’il demandera aux démocrates d’attendre à février avant d’entamer le procès. Plus de 230 démocrates, mais aussi 10 républicains ont voté en faveur de cet impeachment, accusant le milliardaire d’avoir incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole le 6 janvier.  

Agence France-Presse

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