Washington, ville assiégée à quelques heures de l'intronisation de Joe Biden

Les autorités ne prennent aucun risque après l’émeute au Capitole d’il y a deux semaines.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les autorités ne prennent aucun risque après l’émeute au Capitole d’il y a deux semaines.

Les festivités et la frénésie qui accompagnent habituellement les intronisations de présidents américains ne sont pas au rendez-vous cette année à Washington. Le centre-ville est désert, entièrement bouclé par des dizaines de policiers et de militaires qui montent la garde. Les commerces sont presque tous fermés. Certains essaient tant bien que mal de faire un peu de revenus. Mais outre les quelques curieux qui déambulent pour prendre des photos de leur ville assiégée par l’armée, les magasins de souvenirs et les restaurants manquent cruellement de clients.

La capitale américaine est sous haute tension, à quelques heures de l’assermentation de Joe Biden. Le périmètre de sécurité qui entoure le Capitole et la Maison-Blanche est encore plus grand que lors de l’intronisation de Donald Trump il y a quatre ans. Des membres de la Garde nationale sont postés tout le long de ces rues et patrouillent même dans certains quartiers résidentiels de la ville. Il est devenu banal de les voir circuler, arme à l’épaule, ou postés devant un véhicule militaire afin de bloquer l’accès à certaines artères.

Les autorités ne prennent aucun risque après l’émeute au Capitole d’il y a deux semaines.

À tel point que la répétition générale de la cérémonie d’assermentation du président désigné, Joe Biden, a dû être interrompue, lundi, lorsqu’une colonne de fumée a été aperçue non loin du Capitole. L’édifice a été bouclé pendant une heure en raison d’une « menace extérieure à la sécurité ». Un feu s’était déclaré dans la tente d’une femme sans-abri à moins de deux kilomètres des lieux de la cérémonie prévue mercredi. La répétition avait déjà été reportée de dimanche à lundi, en raison des menaces sérieuses qui planent sur Washington.

Le FBI passe en outre au peigne fin les dossiers des 25 000 agents de la Garde nationale qui ont été déployés dans la capitale fédérale. Les autorités veulent s’assurer qu’aucun d’entre eux n’est un sympathisant des groupes d’extrême droite qui menacent de perpétrer d’autres manifestations violentes à Washington et dans les capitales des États. Certains des insurgés qui sont entrés de force au Capitole le 6 janvier étaient d’anciens militaires tandis que l’un d’eux était un réserviste de l’armée.

Le secrétaire à la Défense par intérim, Christopher Miller, a tenté de se faire rassurant lundi. « Bien que nous n’ayons aucune information indiquant qu’il y a une menace à l’interne, nous ne ménageons aucun effort afin de sécuriser la capitale », a-t-il insisté par voie de communiqué, en ajoutant que ce genre de vérifications se fait lors de tout événement de grande envergure comportant des risques de sécurité.

Pour l’instant, les quelques manifestations organisées par des militants armés dans diverses villes américaines se sont faites dans le calme.

Le Capitole est néanmoins encerclé de soldats et d’une clôture de 3,5 mètres de hauteur, surmontée d’un fil barbelé arborant des lames de rasoir.

Les soldats comme seuls clients

À quelques kilomètres du Capitole, près de la Maison-Blanche, les commerces sont tous barricadés. Prisonniers du large périmètre fermé à la circulation, la quasi-totalité ont choisi de ne pas ouvrir leurs portes cette semaine.

Un coiffeur du centre-ville déplore qu’il n’ait pu ouvrir qu’une poignée de fois au cours du dernier mois. Entre les manifestations pro-Trump des dernières semaines et l’intronisation de Joe Biden ce mercredi, le centre-ville aura été bouclé la plupart du temps. Un défi de plus dont il se serait passé après près d’un an de pandémie.

Le restaurant District Taco a quant à lui choisi de rester ouvert malgré tout. Puisqu’il est le seul du coin à avoir osé, il profite finalement de l’appétit des nombreux policiers et militaires qui ont été dépêchés dans son quartier. « Nous sommes le seul restaurant ouvert en ce moment. Tous les autres sont fermés. C’est pour ça qu’on arrive à faire de l’argent », explique le gérant, Moises Amaya.

Non loin de là, le gérant du café Starbucks dresse le même constat. Les affaires ne vont pas bien, depuis le début de la pandémie. « La plupart de nos clients réguliers, qui travaillent dans les tours de bureaux, ne sont plus là. Mais nous avons beaucoup de policiers et de membres de la Garde nationale, alors cela compense en quelque sorte », rapporte Phil Workman. « Ils nous permettent de nous maintenir. Autrement, on aurait probablement dû fermer le café cette semaine. »

D’habitude, fin janvier tous les quatre ans, les clients font la file dehors pour acheter un café en marge des activités entourant l’intronisation des présidents. « Ce n’est pas le cas cette année, se désole M. Workman. Vous le voyez bien. Il n’y a personne ici. »

Des curieux, mais peu de touristes

Les affaires sont tout aussi précaires pour les magasins de souvenirs de la capitale, pour qui les semaines d’assermentation rapportent habituellement de grosses ventes.

Afin d’essayer d’attirer les quelques touristes qui ont bravé la pandémie et les menaces de débordements, Vinh Ngo a sorti sa marchandise sur un présentoir sur le trottoir devant son magasin Abe’s Café and Gifts.

« J’ai ce magasin depuis 20 ans. J’ai vécu plusieurs intronisations. Celle-ci est assurément la plus difficile », déplore-t-il. « Ce n’est pas évident de faire des affaires parce que personne ne vient au centre-ville. » Lundi, M. Ngo avait réussi à vendre ses souvenirs à 15 ou 20 clients. « Normalement, j’en ai une centaine par jour dans la semaine de l’assermentation. »

Les curieux étaient en effet peu nombreux dans les rues du centre-ville cette fin de semaine. Certains avaient toutefois fait le détour pour prendre des photos.

« C’est surréel », observait dimanche Meaghan Hoffman, qui habite Washington depuis cinq ans. « Je voyais des photos sur Instagram et sur Internet, mais je voulais venir le voir de mes yeux. »

Andrew Nguyen était tout aussi choqué de voir l’armée avoir envahi son centre-ville. « C’est fou », a-t-il constaté. Ce résident de Washington comptait néanmoins revenir pour l’intronisation mercredi, si la sécurité le permet.

Avec Magdaline Boutros

 

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat – Le Devoir.

  

Une femme aurait tenté de vendre l’ordinateur de Pelosi aux Russes

Une femme de 22 ans est soupçonnée d’avoir voulu, sans succès, vendre aux renseignements russes l’ordinateur de la cheffe de file des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, dérobé lors de l’attaque du Capitole, le 6 janvier.

Selon l’acte d’accusation, consulté par l’AFP, Riley June Williams, originaire de Pennsylvanie, faisait partie des émeutiers qui se sont introduits au Capitole.

Des images diffusées par la chaîne britannique ITV montrent une jeune femme, dont sa mère a confirmé l’identité auprès de la chaîne, enjoignant à la foule de se rendre à l’étage du bâtiment.

Un témoin anonyme, interrogé par les autorités américaines, affirme avoir vu d’autres vidéos dans lesquelles Riley Williams se saisit d’un ordinateur (ou d’un disque dur) dans le bureau de Nancy Pelosi.

Selon ce même témoin cité dans l’acte d’accusation, qui affirme être un ex-partenaire de la jeune femme, cette dernière avait prévu d’envoyer le matériel à un contact en Russie afin qu’il le vende aux services de renseignements extérieurs russes (SVR).

L’opération aurait finalement échoué, pour des raisons non précisées, et Riley Williams serait donc toujours en possession de l’ordinateur ou l’ayant détruit.

Un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre de la jeune femme, dont sa mère a indiqué à un journaliste d’ITV qu’elle avait quitté le domicile familial.

Sollicité par l’AFP, le bureau du procureur fédéral de Washington s’est refusé à donner plus de détail dans l’immédiat.

L’acte d’accusation n’a pour l’instant retenu contre Riley Williams que les chefs d’effraction et de trouble à l’ordre public, mais pas de vol.

Près de 70 personnes ont déjà été inculpées suite aux événements du 6 janvier, selon le ministère américain de la Justice.


À voir en vidéo


Une version précédente de ce texte affirmait que le Capitole était encerclé d'une clôture de 12 mètres de hauteur. Celle-ci est plutôt d'une hauteur de 3,5 mètres. Nos excuses.