Une semaine historique s’ouvre à Washington

À Washington, entre les fils barbelés, les imposants grillages et les rues désertées, le secteur du Capitole a pris des airs de camp retranché à l’approche de la cérémonie d’investiture de Joe Biden.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À Washington, entre les fils barbelés, les imposants grillages et les rues désertées, le secteur du Capitole a pris des airs de camp retranché à l’approche de la cérémonie d’investiture de Joe Biden.

Comment panser les plaies d’une Amérique à cran ? À l’ouverture d’une semaine historique, le camp Biden a dévoilé dimanche sa feuille de route pour sortir les États-Unis de ses crises économique, sociale et sanitaire, sans être empêché par la procédure de destitution de Donald Trump. Parallèlement, quelques manifestants ont déjà commencé à se rassembler dans certaines capitales d’État afin de protester contre l’assermentation du président désigné, Joe Biden, qui se déroulera mercredi à Washington.

Environ deux dizaines de personnes, dont plusieurs portaient des fusils, ont manifesté devant le Capitole de l’État d’Ohio, à Columbus. Elles étaient observées par plusieurs dizaines de membres de la Garde nationale placée autour du bâtiment. Plusieurs dizaines de personnes — certaines brandissant le drapeau américain — sont aussi rassemblées devant le Capitole de l’État de la Caroline du Sud, à Columbia. Ils ont été imités par un petit groupe de protestataires, dont certains étaient armés, qui se tenaient près d’une clôture grillagée entourant le Capitole du Michigan sous la surveillance de policiers d’État.

À Washington, entre militaires à tous les coins de rue, fils barbelés et imposants grillages, le secteur du Capitole américain a pris des airs de forteresse. En effet, Joe Biden sera investi le 20 janvier dans une capitale méconnaissable, transformée en camp retranché après l’assaut meurtrier du Capitole. Quelque 25 000 soldats de la Garde nationale devraient arriver dans la capitale dans les prochains jours.

Le FBI a mis en garde contre des manifestations armées à Washington et dans les 50 capitales d’État. Des messages publiés sur les réseaux sociaux annonçaient déjà des manifestations, bien que l’on ne sache pas combien de personnes pourraient y participer.

Les autorités de certains États disent n’avoir aucune indication précise pour d’éventuelles manifestations. Plusieurs officiels ont juré d’être prêts à faire face à n’importe quelle éventualité. Ils ne veulent pas que l’émeute du 6 janvier se répète chez eux. Au cours des derniers jours, plus de 125 personnes ont été arrêtées relativement à ces troubles insurrectionnels.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À Washington, entre militaires à tous les coins de rue, fils barbelés et imposants grillages, le secteur du Capitole américain a pris des airs de forteresse.

Plus d’un tiers des gouverneurs avaient appelé la Garde nationale pour protéger leurs capitales et aider les forces de l’ordre locales. Plusieurs ont décrété l’état d’urgence ; d’autres ont fermé leur Capitole au public jusqu’après le jour de l’assermentation de M. Biden. Le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, a déclaré dimanche que les forces de l’ordre « protégeront les droits des manifestants pacifiques, mais résisteront aussi vigoureusement à toute violence ». Certaines législatures d’État ont également annulé des séances ou réduit leurs activités pour la semaine à venir, invoquant des mesures de sécurité.

À Salem, dans l’Oregon, où des foules ont pénétré de force dans le Capitole d’État, le mois dernier, les fenêtres du premier étage du bâtiment ont été placardées et la Garde nationale a été déployée. La législature devait commencer mardi sa session parlementaire, mais une grande partie des activités ont été retardées d’au moins deux jours en raison d’avertissements concernant des violences potentielles. « Le Capitole de l’État est devenu une forteresse, a déclaré le président du Sénat de l’Oregon, le démocrate Peter Courtney. Je n’ai jamais pensé voir ça. Ça me brise le cœur. »

Réunifier l’Amérique

Le démocrate Joe Biden a placé sa prestation de serment sur le thème de « l’Amérique unie » et prévoit de s’entourer de ses prédécesseurs Barack Obama, Bill Clinton et George W. Bush pour lancer une main tendue à un pays meurtri et divisé. « Je pense qu’on peut s’attendre à ce que ce soit un moment où le président désigné, Joe Biden, tentera de tourner la page sur les divisions et la haine des quatre dernières années. Il exposera une vision positive et optimiste pour le pays et tracera une voie nous appelant tous à travailler ensemble », a souligné la future directrice des communications de la Maison-Blanche, Kate Bedingfield, sur les ondes de Fox News.

« Ces dernières semaines ont montré à quel point l’âme de l’Amérique est endommagée et combien il est important de la restaurer : ce travail commencera mercredi », a affirmé le futur chef de cabinet du président Biden, Ron Klain, à CNN dimanche. Dès le premier jour de son mandat, Joe Biden entend ainsi réengager les États-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat et lever l’interdiction d’entrée sur le territoire américain visant les ressortissants de plusieurs pays, principalement à majorité musulmane.

 

Le 46e président des États-Unis espère aussi donner un nouvel élan à la plus grande campagne de vaccination de l’histoire américaine. Il y a urgence : en moyenne, depuis le 1er janvier, plus de 3000 personnes sont mortes de la COVID-19 chaque jour aux États-Unis, et plus de 236 000 cas quotidiens ont été détectés. Une hécatombe que n’a pas ralentie, tant s’en faut, le début hoquetant de la campagne de vaccination. L’ancien vice-président d’Obama souhaite ainsi que 100 millions de doses soient injectées pendant ses 100 premiers jours de mandat, dans des centres de vaccination de proximité installés dans des gymnases, des stades ou des écoles. « C’est faisable », juge le très respecté Anthony Fauci, qui va devenir le conseiller principal de Joe Biden sur la COVID-19 après avoir été celui de Donald Trump. Quelque 100 000 soignants seront mobilisés.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Washington se prépare tout de même à l'inauguration, bien que les foules ne seront pas au rendez-vous.

Biden, vétéran de la politique sera, dans un premier temps, contraint de gouverner par décrets, afin d’éviter d’en passer par le Congrès, et en particulier le Sénat, occupé par la procédure de destitution de Donald Trump. Des pans entiers de son programme, comme son plan de relance économique titanesque de 1900 milliards de dollars, censé aider les millions d’Américains qui vivent aujourd’hui d’aides au chômage, doivent toutefois être soumis à l’approbation des élus américains. Il devra aussi respecter le calendrier parlementaire pour faire confirmer les membres de son gouvernement, soumis chacun à un vote du Sénat.

Et le procès en destitution de son prédécesseur pourrait s’ouvrir seulement quelques heures après la prise de fonctions de Joe Biden. Les démocrates accusent le milliardaire républicain d’avoir « incité à l’insurrection » de ses partisans contre le Capitole le 6 janvier, un assaut qui a fait 5 morts. Donald Trump a commis « le crime présidentiel le plus grave de l’histoire américaine », a jugé sans détour Jamie Raskin, un des élus à l’origine de cette procédure, dimanche.

Le camp Trump voit dans ce procès « une attaque honteuse contre la Constitution et la démocratie » américaine. Son équipe a indiqué dans un communiqué ne pas avoir encore choisi d’avocat pour le représenter. L’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche du président sortant, a exhorté les leaders démocratesdu Sénat à rejeter cette procédure, une fois arrivée au Sénat. Autrement, promet-il dans une lettre dimanche, « nous retarderons indéfiniment, voire à jamais, la guérison de cette grande nation ».

Donald Trump a d’ores et déjà annoncé faire l’impasse sur la prestation de serment de son successeur. Il s’envolera mercredi à l’aube vers son luxueux complexe hôtelier de Floride. En attendant, la Maison-Blanche affirme qu’il continue « à travailler sans relâche pour les Américains », et que ses journées comportent « beaucoup de réunions et beaucoup d’appels téléphoniques ».

Avec l’Agence France-Presse

Apple offre une seconde chance à Parler

Le réseau social conservateur Parler, suspendu de téléchargements par Apple pour incitation à la violence dans le contexte de l’attaque du Capitole du 6 janvier, pourra y retourner s’il réforme la modération de son contenu, a indiqué le p.-d.g. d’Apple, Tim Cook, dimanche. « Nous avons examiné les appels à la violence » dans les messages « et considérons qu’il y a une limite entre la liberté d’expression et l’incitation à la violence », a déclaré le patron d’Apple sur Fox News. Après la fermeture du compte Twitter de Donald Trump, les grands de la tech Google, Apple et Amazon ont expulsé Parler de leurs services le 9 janvier, alors que la popularité du réseau social conservateur avait grimpé en flèche.

 

Le réseau conservateur a porté plainte lundi contre Amazon. Il estime que la suspension est motivée par des considérations politiques et par la volonté de réduire la concurrence au bénéfice de Twitter. Dans le cas d’Apple, « nous avons seulement suspendu le réseau », a précisé Tim Cook « alors, s’ils réforment leur politique de modération, ils pourront revenir » dans la boutique en ligne de la marque à la pomme, a-t-il ajouté.

Agence France-Presse

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