Les «antifa» responsables du chaos à Washington, disent les trumpistes

Les partisans de Donald Trump ont déploré les violences et le vandalisme qui ont eu lieu mercredi, au Capitole (sur la photo). Mais ils ont rejeté la faute sur des «insurgés d’Antifa ou de Black Lives Matter» qui se seraient infiltrés parmi eux pour les faire mal paraître. 
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Les partisans de Donald Trump ont déploré les violences et le vandalisme qui ont eu lieu mercredi, au Capitole (sur la photo). Mais ils ont rejeté la faute sur des «insurgés d’Antifa ou de Black Lives Matter» qui se seraient infiltrés parmi eux pour les faire mal paraître. 

De cette journée noire qui marquera les annales de la démocratie américaine, les trumpistes se souviendront d’une attaque fomentée par un groupe d’extrême gauche pour les discréditer.

« Il y avait des milliers de personnes qui manifestaient pacifiquement à Washington et seulement une poignée ont joué les trouble-fêtes. Ce sont des “antifa” qui ont causé les ravages. J’en suis persuadée. »

En sortant d’un commerce de la rue principale de Dawsonville, petite ville géorgienne située à environ une heure au nord d’Atlanta, en pays trumpiste, Sandra maintient, au lendemain de l’insurrection, que son soutien à Donald Trump demeure indéfectible… ou presque. Peu importe les événements de la veille. « Je soutiens entièrement ce qu’il a fait pour notre pays. Nous avons maintenant une économie encore plus forte. Mais c’est vrai que, parfois, il devrait garder la bouche fermée. »

Contrée conservatrice s’il en est une, le comté de Dawson a voté à 83 % en faveur de Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre dernier. Un soutien qui semble loin de s’éroder.

« Pour moi, rien n’a changé depuis hier [mercredi], assure tout aussi prestement un homme rencontré à l’entrée de la ville, qui n’a pas voulu donner son nom. Je continue de soutenir Donald Trump. Pour moi, Joe Biden n’est pas mon président. »

De la fraude, il y en a certainement eu, affirme-t-il. « Et s’il y a eu 10 bulletins frauduleux, ça veut dire qu’il a pu y en avoir 100, ou même 1000, etc. »

Fauteurs de troubles

Devant le magasin d’armes à feu Appalachian Armory, Shelby Wofford stationne sa voiture à côté de son mari. « Je suis vraiment triste de ce qui s’est produit hier », dit-elle. Mais Donald Trump peut néanmoins continuer de compter sur son appui. « Il a peut-être joué un rôle [dans la flambée de violence de mercredi], mais ce n’est pas entièrement de sa faute. C’était pacifique avant que ça devienne hors de contrôle. Ce sont les antifa qui ont été les fauteurs de troubles. »

Derrière le comptoir où s’alignent d’innombrables fusils, Keith croit également à la responsabilité du groupe antifasciste, régulièrement pris à partie par Donald Trump et à qui de nombreux porte-voix conspirationnistes ont attribué la responsabilité des débordements de mercredi (aucune de ces allégations comme aucune des allégations de fraude électorale n’a été prouvée). « Tout le monde a le droit de manifester. Et ce n’étaient sûrement pas des partisans de Trump [qui ont causé les violences] », mentionne-t-il, avec le même élan de conviction avec lequel il se dit persuadé que l’élection a été volée. « Ils ont essayé de truquer l’élection en 2016 contre Hillary Clinton. Là, ils se sont assurés de la truquer encore plus pour être sûrs de ne pas manquer leur coup une deuxième fois. »

La présidence de Biden sera « mauvaise pour nos droits », mais excellente pour les ventes d’armes à feu, ajoute-t-il. Déjà, avec la pandémie et les rumeurs de guerre civile, les Américains ont visité les magasins d’armes à feu avec une ardeur renouvelée dans les derniers mois. « Avant ça, Obama avait été notre meilleur vendeur d’armes à feu, parce qu’il disait qu’il voulait accroître leur contrôle. Je peux vous garantir que Biden va être un vendeur d’armes encore meilleurqu’Obama », lance-t-il, sourire en coin.

Convictions profondes

À l’extérieur, Sandra ne se montre pas non plus ébranlée par le bannissement de Donald Trump de Twitter, Facebook et YouTube. « J’ai des amis et des membres de ma famille qui ont aussi été bannis pour avoir donné leurs opinions », lâche-t-elle, en ajoutant que tout dépend de si on partage ou non les opinions des géants du Web, propriété de démocrates. « On appelle ça la “Facebook jail”. »

Tout au long de notre séjour en territoire trumpiste, seule une personne, Wyatt Haase, a apporté un léger bémol à son soutien à Donald Trump. « Oui, je le soutiens encore. Mais pas toujours. » L’entrée violente de manifestants dans le Capitole a été « gênante », affirme-t-il, se disant en total désaccord avec l’assaut mené contre la maison du peuple. « Mais je garde quand même mes convictions profondes. »

À la sortie de Dawsonville, les antiquaires laissent progressivement place à d’immenses propriétés vallonnées bordées de clôtures en bois où on aperçoit au loin le bétail. Une quinzaine de milles plus loin, le dôme doré de l’Université de North Georgia nous rappelle notre arrivée dans la petite ville pittoresque de Dahlonega, bordée par les montagnes géorgiennes.

Ici aussi, on est en territoire bien nanti et ici aussi, on est en pays trumpiste. En novembre, les électeurs du comté de Lumpkin ont voté à 78 % pour Donald Trump.

« C’est une tragédie, ce qui s’est passé à Washington, laisse tomber Jimmy Taylor pendant que le moteur de son pick-up tourne. Ce sont des scènes qu’on voit habituellement dans d’autres pays, mais pas ici. La Chine et la Russie doivent être en train de rire en nous regardant. »

Fier républicain, Jimmy Taylor n’en déplore pas moins la profonde division qui gangrène son pays. « Avant qu’Obama devienne président, j’ai l’impression qu’on faisait plus de compromis, qu’on arrivait à se rassembler. On avait nos différences et nos opinions, mais on se respectait, dit-il. Mais je suppose que ça, c’était le bon vieux temps. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

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