Les électeurs géorgiens étaient de retour aux urnes

Les longues files d’attente du mois de novembre ne se sont pas reproduites, mardi en Géorgie, mais les électeurs ont afflué à un rythme continu dans les bureaux de vote, pendant que la nation toute entière retenait son souffle avant de savoir qui des démocrates ou des républicains contrôlera le Sénat.

« J’ai voté en pensant à l’avenir de mes enfants, en pensant aux droits des Afro-Américains et des personnes de couleur », a expliqué au Devoir Curtis Harvin en quittant un bureau de vote situé au Dumbar Neighborhood Centre, en matinée à Atlanta, dans le comté de Fulton. « La Géorgie est devenue bleue [depuis la victoire de Joe Biden par 12 000 voix lors de l’élection présidentielle du 3 novembre], c’est le temps de poursuivre le changement », a-t-il ajouté.

Les démocrates misaient sur le vote afro-américain pour faire élire pour la première fois en 20 ans un sénateur démocrate dans cet ancien État esclavagiste, alors que les républicains ont répété à profusion depuis l’élection du 3 novembre que la reconduction des deux candidats républicains au Sénat est le dernier rempart contre la mise en place du programme « socialiste extrémiste » des démocrates.

La tenue d’un deuxième tour pour élire les deux sénateurs de l’État — dont les résultats n’étaient pas connus au moment où ces lignes étaient écrites — a été rendue nécessaire en raison d’une règle propre à la Géorgie qui fait en sorte qu’un candidat doit remporter au moins 50 % des suffrages pour gagner sa place au Sénat, ce qu’aucun n’a réussi le 3 novembre dernier. Les sénateurs républicains sortants David Perdue et Kelly Loeffler affrontent respectivement Jon Ossoff, un producteur audiovisuel, et Raphael Warnock, un militant des droits civiques et pasteur à l’église où officiait Martin Luther King.

Après avoir enregistré son vote au Dumbar Neighborhood Centre mardi matin, Thomas Gray a pu serrer la main du candidat démocrate Jon Ossoff, venu rencontrer quelques électeurs devant les caméras de télévision. « Oui, j’ai voté pour lui. On a besoin de changement, surtout pour ne pas revivre ces quatre dernières années », a-t-il expliqué.

Leonard Chery, qui ne se décrit ni comme un démocrate ni comme un républicain, a lui aussi penché pour le parti de Joe Biden. « Nous avons tous nos différences, mais nous devons à nouveau nous rassembler comme peuple, peu importe notre religion ou notre ethnicité. Ce sont mes valeurs et les leurs. »

Les républicains n’ont qu’à conserver l’un des deux sièges en jeu pour maintenir leur mainmise sur la Chambre haute. Mais si les démocrates remportent les deux sièges, le Sénat sera partagé à égalité entre les deux partis et il reviendra à la vice-présidente démocrate, Kamala Harris, de trancher. Un scénario qui permettrait au président Joe Biden d’avoir la voie libre pour faire adopter son programme politique.

Observateurs

À quelques mètres de la porte d’entrée du centre communautaire, le pasteur Kimble Sorrells, col au cou et baskets aux pieds, observait les allées et venues des électeurs mardi. « Je suis un bénévole non partisan. Je garde un œil sur le déroulement du vote et je vais rapporter [aux autorités] toutes mes préoccupations. » Mais tout se déroule rondement, a-t-il assuré.

Même son de cloche du côté de Lynn Martin, une bénévole démocrate, qui se tenait alerte à quelques pas de là. « C’est une élection extrêmement importante pour le pays et pour le monde entier. Tout le monde nous regarde. »

Le comté de Fulton est au centre de nombreuses rumeurs au sujet de bulletins de vote qui auraient été déchiquetés et de machines à voter qui auraient été retirées lors du vote de novembre, des théories reprises par Donald Trump lui-même, lors de son appel controversé au secrétaire d’État de la Géorgie, Brad Raffensperger, samedi dernier. Celui-ci a toutefois démenti toutes ces allégations.

À l’intérieur du bureau de vote du Dumbar Neighborhood Centre, les machines à voter étaient postées tout autour du gymnase. « Il y a trois étapes, explique Brian David, un employé du bureau de vote. Les électeurs doivent tout d’abord confirmer leur identité. Ensuite, ils remplissent leur bulletin de vote et l’impriment. Et à la dernière étape, ils scannent leur bulletin. »

Pas d’armes à feu

À quelques centaines de mètres de là, près d’un autre bureau de vote, Roger Boddie, de l’organisation Remind Friends to vote, avait installé un haut-parleur dans la boîte de son pick-up. « On va mettre de la musique plus tard. On veut encourager les gens à venir voter. »

Mais derrière les portes de la Paul A. Dunbar Elementary School — où un écriteau rappelait aux Géorgiens qu’il est interdit de porter sur soi une arme à feu à moins de 150 mètres d’un bureau de vote —, les électeurs se faisaient plutôt discrets en fin de matinée. « Depuis l’ouverture du bureau à 7 h ce matin, 54 personnes sont venues voter, mentionnait Sharron O’Kelley, la responsable du bureau de vote. Mais quelques minutes avant la fermeture des portes à 19 h, je peux vous assurer qu’ils vont tous arriver en courant. »

Une fois le vote terminé, les machines à voter sont scellées puis récupérées par des responsables électoraux, explique-t-elle, en garantissant que le système est sécuritaire.

Si le décompte est serré, les résultats de l’élection pourraient n’être connus que dans quelques jours, comme ce fut le cas lors de la présidentielle du 3 novembre. Dès la fermeture des bureaux de vote à 19 h mardi, Le Devoir a pu constater que les employés électoraux avaient commencé à dépouiller au Georgia World Congress Centre les bulletins de vote reçus par la poste, soit plus d’un million. Par ailleurs, plus de deux millions d’électeurs ont voté par anticipation, un record pour un deuxième tour aux élections sénatoriales en Géorgie, signe que l’enjeu est crucial.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat – Le Devoir.

Un scrutin serré

La soirée électorale s’annonçait longue, en Géorgie, mardi. Sans surprise, les résultats préliminaires du second tour de deux courses sénatoriales étaient serrés au moment de mettre sous presse. Les démocrates ont entamé la soirée avec une légère avance sur leurs rivaux républicains. Avec la moitié des votes dépouillés, le révérend Raphael Warnock affichait six points d’avance sur la républicaine Kelly Loeffler (53 % contre 47 %), tandis que le démocrate Jon Ossoff détenait cinq points d’avance sur David Perdue (52,6 % contre 47,5 %). Mais 90 % des bulletins dépouillés à ce moment étaient des votes par anticipation — qui favorisent grandement les démocrates, tandis que les votes placés en personne le jour du scrutin sont généralement plus favorables aux républicains. Moins d’une heure plus tard, vers 21 h, les deux courses étaient désormais à quasi-égalité statistique. Le secrétaire d’État de la Géorgie, Brad Raffensperger, a prévenu que les résultats finaux devraient probablement attendre à mercredi tellement les courses seraient serrées.

 

Marie Vastel

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