En Géorgie, une dystopie à grande échelle

À la veille du deuxième tour des élections sénatoriales, des républicains ont assisté lundi à ce qu'ils appelaient «le rassemblement de la victoire», en Géorgie.
Photo: Sandy Huffaker Agence France-Presse À la veille du deuxième tour des élections sénatoriales, des républicains ont assisté lundi à ce qu'ils appelaient «le rassemblement de la victoire», en Géorgie.

« Il sera toujours mon président. » La victoire de Joe Biden a été décrétée il y a deux mois, mais à l’aéroport régional de Dalton en Géorgie, lundi soir, c’était comme si cet épisode n’avait jamais eu lieu. Les casquettes « Trump 2020 », les tuques « Keep America Great » et les chandails à l’effigie du 45e président des États-Unis coloraient le parterre de fidèles qui attendaient impatiemment que Donald Trump prenne la parole, à la veille du deuxième tour des élections sénatoriales.

Comme si ces milliers de fidèles — ou loyalistes, comme on les appelle désormais — voulaient rejouer ce moment de l’histoire américaine, refusant de voir ou même de concevoir la défaite de leur chef. « Je suis ici pour soutenir mon président. Il aime notre pays et notre peuple comme aucun autre président avant lui », a lâché, sourire aux lèvres, Chris Gravele, casquette à visière Trump vissée sur la tête.

« C’est tragique ce qui se passe en ce moment. Les preuves sont là, les big media ne les rapportent tout simplement pas. Et les cours sont trop peureuses pour investiguer », continue celle qui a fait trois heures et demie de route depuis l’Alabama lundi pour assister au rassemblement de Donald Trump.

Comme bien d’autres républicains, Chris Gravele estime que seule l’élection des républicains Kelly Loeffler ou David Perdue au Sénat américain permettra d’éviter que le « pays bascule dans le socialisme. Il suffit aux républicains de conserver l’un des deux sièges en jeu pour garder la majorité à la Chambre haute et ainsi empêcher les démocrates de contrôler les pouvoirs exécutif et législatif ».

« Rassemblement de la victoire »

Heidi Taube, elle, avait fait la route depuis le Tennessee pour assister à ce que les républicains présentaient, lundi, comme « le rassemblement de la victoire ». « Je suis venue ici pour faire le plein d’énergie avant de me diriger demain à Washington DC pour occuper la capitale », répondant ainsi à l’appel du président sortant. « Il y a des gens qui vont affluer depuis tout le pays. Il faut reprendre le contrôle des États-Unis et arrêter ce vol », insiste celle qui dit avoir voté deux fois pour Barack Obama avant de découvrir « la corruption, la fraude, la pédophilie et l’infiltration des Chinois » qui gangrèneraient selon elle les États-Unis. 

Ils ne veulent pas que l’État demeure entre les mains de personnes sensées. Ils veulent nous imposer un système de santé socialiste et un nouveau confinement dans tout le pays. On ne peut pas les laisser faire.

Les preuves sont là, estime également Kenny McCann, qui s’est déplacé à Dalton, une circonscription rurale et conservatrice du nord de la Géorgie, avec sa femme et leurs trois filles qui arboraient toutes fièrement les couleurs de Donald Trump. « Oui, l’élection a été volée. Des bulletins ont été massivement détruits, des valises pleines de bulletins de vote ont été trouvées et 10 000 personnes décédées ont voté », avance-t-il, reprenant ainsi plusieurs théories conspirationnistes largement relayées dans les médias sociaux et par Donald Trump lui-même, notamment lors de l’appel incendiaire effectué samedi au secrétaire d’État de la Géorgie, Brad Raffensperger, pour l’intimer de « trouver » les 11 780 bulletins nécessaires pour faire basculer les résultats de la présidentielle du 3 novembre en sa faveur.

Kenny McCann dit toutefois avoir déjà enregistré son vote pour le deuxième tour de l’élection sénatoriale géorgienne, rendue nécessaire puisqu’aucun candidat n’avait remporté 50 % des suffrages lors du vote du 3 novembre. « Si on laisse tomber et qu’on ne va pas voter, c’est qu’il n’y a plus de république constitutionnelle. La seule manière de vivre selon la loi est de continuer à suivre la loi. »

Anita Moore, qui habite Dalton, a elle aussi déjà voté, avec son mari, même si elle se dit persuadée que le système est corrompu et que l’élection a été volée à Donald Trump. « C’est ce qu’ils veulent, qu’on abandonne. Ils ne veulent pas que l’État demeure entre les mains de personnes sensées. Ils veulent nous imposer un système de santé socialiste et un nouveau confinement dans tout le pays. On ne peut pas les laisser faire. »

Majorité au Sénat

L’élection sénatoriale de mardi a pris une importance capitale depuis le 3 novembre puisqu’elle déterminera qui des démocrates ou des républicains détiendra la majorité au Sénat. Si les démocrates réussissent à ravir les deux postes de sénateurs, Joe Biden aura les coudées franches pour mettre en œuvre son programme politique à Washington.

Aucun sénateur démocrate n’a toutefois été élu en Géorgie au cours des 20 dernières années, mais les derniers coups de sonde montrent que les sénateurs républicains actuels, Kelly Loeffler et David Perdue, sont au coude-à-coude avec les démocrates Raphael Warnock et Jon Ossoff. Signe que l’enjeu est crucial : Joe Biden faisait également campagne en Géorgie lundi, tout comme Mike Pence et Kamala Harris.

Dans ce qui pourrait bien être son dernier rassemblement à titre de président du pays le plus puissant du monde (l’intronisation de Joe Biden aura lieu le 20 janvier), Donald Trump devait prendre la parole plus tard en soirée lundi pour galvaniser son électorat et encourager ses partisans à continuer la lutte. Au moment où ces lignes étaient écrites, le 45e président des États-Unis n’avait toutefois pas encore pris la parole.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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