Second dépouillement annoncé en Géorgie, où les démocrates sont en avance

Tout de noir vêtus, Kelvin Carey et Quinton Davis (sur la photo), deux partisans de Black Lives Matter, ont traversé la rue pour entamer une discussion pacifique avec les partisans de Donald Trump.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Tout de noir vêtus, Kelvin Carey et Quinton Davis (sur la photo), deux partisans de Black Lives Matter, ont traversé la rue pour entamer une discussion pacifique avec les partisans de Donald Trump.

Même s’il reste encore quelques votes à compiler en Géorgie, les autorités ont déjà annoncé qu’il y aura un second dépouillement, puisque la marge qui sépare Joe Biden de Donald Trump est trop mince. Vendredi, le candidat démocrate a devancé pour la première fois le président avec 4235 voix de plus.

« Actuellement, [la course] en Géorgie reste trop serré », a déclaré le secrétaire d’État, Brad Raffensperger. « Avec une marge aussi mince [entre les deux candidats], il y aura un second dépouillement », a-t-il annoncé, lors d’une conférence de presse où il a refusé de répondre aux questions des journalistes.

La journée de vendredi a fait évoluer le portrait de la Géorgie, alors que Biden s’est hissé devant Trump dans cet État qui compte 16 grands électeurs. L’ancien vice-président et le milliardaire républicain sont au coude-à-coude avec seulement 0,1 point de pourcentage qui les sépare. Environ 99 % des bulletins de vote ont été dépouillés. Il reste notamment les bulletins de vote des militaires et des citoyens qui se trouvent à l’étranger à comptabiliser.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Militants républicains (à l'avant-plan) et démocrates se font face et conversent devant le State Farm Arena, à Atlanta

Aucun démocrate n’a empoché les 16 grands électeurs géorgiens depuis 1992. Bill Clinton avait alors coiffé le républicain du Texas H. W. Bush par un petit point de marge (44 à 43). Ces deux candidats étaient originaires du Sud.

« Avoir l’heure juste »

Les rues d’Atlanta, en Géorgie, demeurent tranquilles trois jours après la fermeture des bureaux de vote.

Nous voulons des élections justes. Nous ne voulons pas que des bulletins de vote de gens décédés soient acceptés.

Les déclarations de Donald Trump, qui prétend, sans preuve, qu’il y a eu de la fraude électorale, trouvent cependant écho chez ses partisans. Pour une troisième journée consécutive, ils étaient une cinquantaine réunis devant le State Farm Arena pour réclamer que les bulletins « illégaux » soient écartés.

« Nous voulons des élections justes. Nous ne voulons pas que des bulletins de vote de gens décédés soient acceptés », fait valoir Julian Diaz, un jeune républicain membre du groupe Latinos for Trump.

Les trumpistes maintiennent ce discours même si le responsable de la mise en œuvre du système de vote de l’État de Géorgie a assuré vendredi qu’aucune fraude généralisée n’a été constatée. La veille, un juge a aussi rejeté la demande de suspension du dépouillement en Géorgie déposée par le camp républicain.

Alexander Heard estime tout de même que c’est un devoir de montrer son soutien au président Trump afin que la lumière soit faite sur ces élections. « Je ne sais pas s’il y a eu fraude ou pas, mais ce que je sais, c’est qu’il faut enquêter afin d’avoir l’heure juste », dit-il.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Nathan Williford, un des manifestants républicains rassemblés devant le State Farm Arena

Le groupe de républicains a passé une bonne partie de l’après-midi à scander ensemble « Quatre années de plus, quatre années de plus ». À un certain moment, ils ont entonné un « glory, glory, hallelujah... » sous le regard de trois personnes qui brandissaient une pancarte Black Lives Matter de l’autre côté de la rue.

Parmi eux, Kelvin Carey et Quinton Davis. Tout de noir vêtus, les deux hommes, munis de leur AR-15, ont traversé la rue pour entamer une discussion pacifique avec les partisans de Donald Trump. Il est important de rappeler qu’aux États-Unis, il n’est pas rare de voir des gens armés lors de tels rassemblements. Pendant plus d’une quarantaine de minutes, le duo a conversé avec des trumpistes, qui leur expliquaient les raisons pour lesquelles ils appuient le président sortant.

« Je suis chrétien. Ce n’est pas une question de couleur de peau ou d’aimer Trump, c’est une question d’aimer Jésus-Christ et d’aimer la vie. Trump est pro-vie, je le suis aussi », expliquait un jeune Noir, en leur exhibant une croix qu’il tenait entre ses mains.

Micah Wedemeyer, qui espère que Joe Biden soit déclaré vainqueur, déplore le manque de cohérence des militants républicains.

« M. Trump se croyait tout-puissant, il croyait être un dictateur et pouvoir contrôler les élections. Depuis trois jours, il réalise qu’il n’a pas réussi à nous contrôler, qu’il n’a pas réussi à contrôler les médias, et que notre système électoral est efficace. La seule façon qu’il trouve pour justifier sa défaite c’est d’évoquer une fraude », déplore-t-il.

 Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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