Trump crie au vol malgré l'absence de preuves

Sentant la victoire lui glisser entre les doigts, Donald Trump s’est présenté devant les Américains, jeudi soir, pour fustiger le système électoral des États-Unis, accuser les démocrates de tenter de lui « voler l’élection » et prévenir qu’il en contesterait les résultats jusqu’à la Cour suprême. Joe Biden, de son côté, venait d’appeler le pays à rester calme.

Cinq États ont continué d’éplucher leurs milliers de bulletins de vote, deux jours après le jour du scrutin. Au fil des heures, jeudi, le scénario d’une victoire de Joe Biden est devenu de plus en plus probable.

Le président a donc pris la parole pour la première fois, depuis la soirée électorale, pour lancer une enfilade d’allégations non fondées. Son allocution d’une quinzaine de minutes a même cessé d’être diffusée par certains réseaux américains. D’autres l’ont accompagnée d’un bandeau précisant que Donald Trump était en train de propager de fausses informations.

 

« Notre objectif est de défendre l’intégrité de l’élection. Nous ne permettrons pas que la corruption vole une élection si importante, ou toute élection. Et nous ne permettrons pas que quiconque muselle nos électeurs et fabrique des résultats », a scandé le président des États-Unis, depuis la Maison-Blanche. « Ils essaient de truquer une élection et nous ne pouvons pas le permettre. »

Donald Trump a plaidé que des bulletins de vote par anticipation acheminés aux bureaux de vote après le scrutin de mardi étaient illégalement comptabilisés — ce que les États ont tous démenti. Il a allégué que les observateurs électoraux républicains étaient tenus à l’écart des bureaux de dépouillement — ce qui a également été démenti par un de ces observateurs républicains en Pennsylvanie interviewé par Fox News. Le président a en outre avancé que des bulletins avaient été dupliqués ou ajoutés en plein dépouillement — des allégations que personne n’a rapportées sur le terrain. Un « système corrompu », a-t-il accusé.

« Il s’agit du discours le plus malhonnête qu’il ait jamais livré », a résumé le journaliste responsable de la vérification des faits à CNN, Daniel Dale.

Le ton revanchard du président était d’autant plus frappant que quelques minutes plus tôt, son rival démocrate Joe Biden venait d’inviter les Américains à être patients.

« La démocratie est parfois un peu compliquée. Parfois, elle nécessite un peu de patience. Mais cette patience a été récompensée depuis plus de 240 ans avec un système de gouvernance qui fait l’envie du monde entier », a lancé M. Biden au Delaware. « Je demande à tout le monde de rester calme. Le processus fonctionne. Le dépouillement est en train d’être terminé. Et nous saurons très bientôt [l’identité du prochain président]. »

Mais Donald Trump a promis, avant même qu’on ne connaisse l’issue du vote, qu’il se battrait jusqu’en Cour suprême pour en contester les résultats. « Nous croyons qu’il y aura beaucoup de litiges, parce que nous avons tellement de preuves. Cela va peut-être finir devant le plus haut tribunal du pays […] parce que nous ne pouvons pas permettre qu’une élection soit volée comme cela. »

Certains élus républicains ont rapidement déploré la sortie de leur président sur Twitter. « Si vous avez des inquiétudes légitimes concernant de la fraude, présentez des PREUVES et allez en cour. CESSEZ de propager de la désinformation démentie », a réagi le représentant au Congrès Adam Kinzinger.

La campagne Trump s’est justement tournée vers les tribunaux pour faire suspendre le dépouillement des votes au Nevada, en Géorgie, en Pennsylvanie et au Michigan.

La poursuite au Nevada a été annoncée publiquement par des représentants de l’équipe Trump jeudi, mais ces derniers ont refusé de fournir des preuves aux journalistes sur le terrain. Les allégations ont aussitôt été contredites par le responsable électoral du comté visé.

Quant aux poursuites en Géorgie, en Pennsylvanie et au Michigan, elles ont toutes été rejetées.

En Géorgie, les républicains plaidaient que 50 votes reçus après le jour du scrutin — ce qui les aurait rendus invalides — avaient été comptabilisés. « La cour juge qu’il n’y a aucune preuve », a tranché le magistrat. L’allégation de la campagne Trump était la même en Pennsylvanie, où les républicains ont également perdu.

Au Michigan, la campagne plaidait que ses observateurs électoraux n’avaient pas pu surveiller le dépouillement. La poursuite a été écartée.

Le président a également brandi ces allégations sur Twitter et allégué une fois de plus la « fraude électorale » — ce qui lui a valu de voir ses gazouillis flanqués d’un avertissement du réseau social prévenant qu’une partie du contenu était trompeuse.

Son fils, Donald Trump Jr., a renchéri sur Twitter que « la meilleure chose pour l’avenir de l’Amérique serait que [Donald Trump] parte en guerre complète contre cette élection pour démasquer toute la fraude, la tricherie ». Un gazouillis qui a lui aussi été signalé par Twitter.

Les courses se resserrent

Plus de 48 heures après la fermeture des bureaux de vote, les courses demeuraient si serrées dans cinq États clés qu’il était toujours impossible d’en prédire le gagnant.

« C’est extrêmement serré en Pennsylvanie. Il n’y a aucun doute. Et cela veut dire qu’il va falloir prendre plus de temps pour voir qui aura vraiment gagné », a fait valoir la secrétaire d’État de la Pennsylvanie, Kathy Boockvar. Alors que Donald Trump y détenait une avance de quelque 380 000 voix mardi, celle-ci avait fondu à un peu moins de 22 400 voix jeudi soir.

Idem en Géorgie, où l’écart est passé de 18 000 voix d’avance pour Donald Trump jeudi matin à moins de 1800 jeudi soir. Au Nevada, c’est l’avance de Joe Biden qui demeurait serrée, tout comme en Arizona.

Le candidat démocrate pourrait gagner l’élection présidentielle s’il remporte l’État de Pennsylvanie, ou s’il conserve le Nevada et l’Arizona et qu’il décroche la Géorgie.

Donald Trump, en revanche, doit absolument remporter la Pennsylvanie, la Géorgie et la Caroline du Nord — où il est demeuré le meneur. Mais il faudrait aussi qu’il reprenne l’Arizona ou le Nevada des mains des démocrates s’il veut demeurer président.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

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5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 novembre 2020 01 h 10

    Le désespoir d'un homme sans honneur.

    Le voyou, sans honneur, Donald Trump a annoncé que les élections de 2016 étaient truquées bien avant qu'il soit déclaré vainqueur. C'est lui-même qui pratique la fraude et le mensonge.

  • Yvon Montoya - Inscrit 6 novembre 2020 05 h 38

    Un discours glaçant de la part d’un apprenti dictateur en déroute. Il a perdu, une évidence qu’il a du mal a entrevoìr lui et ses fanatiques qui prévoyaient (rires!) qu’il serait a nouveau élu. Le flair politique n’a pourtant pas été de leur côté cette fois-ci aux moutons suiveurs du trumpinette. La démocratie est véritablement en danger partout sur cette planète et les réseaux sociaux en sont l’arme absolue pour l’abattre. Le danger est partout. Merci.

  • Pierre Labelle - Abonné 6 novembre 2020 06 h 22

    Un grand malade.

    Et malheureusement pour l'ensemble des citoyens américains sa maladie est incurable.

  • Robert Morin - Abonné 6 novembre 2020 08 h 44

    Ça suffit de vivre par procuration

    Bon, maintenant le tricheur en chef qui crie à la tricherie. Je n'en peux plus de ce roman de bas étage, de cet «entertainment» franchement décadent d'un peuple malade, et surtout, je n'en peux plus de cette couverture EXCESSIVE de l'élection chez les «Amaracains». Je trouve cela humiliant de se prosterner ainsi devant un peuple ignare et bête qui ne passerait même pas un entrefilet s'il survenait une élection au Canada et encore moins au Québec, un peuple inculte et narcissique dont on semble n'avoir de cesse d'«admirer»... mais pourquoi donc, $inon parce qu'il $'y trouve le ca$h? Quelle mouche a piqué nos journalistes pour qu'ils souffrent aussi inconsciemment d'une attaque flagrante d'Elvis Gratton. Falradeau avait vu clair et malheureusement, cette obnubilation toxique pour tout ce qui nous vient des «states» me déchire le coeur et cette couverture qui sert de vecteur à une «américanisation» galopante et qui nous fait vivre par procuration en éclipsant totalement notre réalité, pourtant moins décadente à ce jour, me semble-t-il.

    • Jean Santerre - Abonné 7 novembre 2020 08 h 27

      Quand même, par nos réponses et commentaires, nous y participons tous.
      Ce n'est pas que nous ne voulons pas l'ignorer, mais quand vous surprenez un ours qui vous toise vous ne pouvez pas vraiment l'ignorer.
      Il fallait être aveugle pour avoir voté pour ce sociopathe en 2016 et aussi malhonnête que lui pour remettre cela en 2020.
      Que dire des membres du parti républicain qui n'ont rien dit et rien fait pendant 4 ans de tous les mensonges de cet imbécile narcissique et de tous les porte-parole du complot qui vouent une admiration bigote à sa personne.
      Oui, l'Amérique est malade, mais elle l'a toujours été et elle est si mal en point qu'il est maintenant impossible de le cacher.