Un dépouillement lent, mais minutieux en Géorgie

Tous les regards demeurent tournés vers le State Farm Arena, à Atlanta, un des plus grands centres de traitement des bulletins de vote de Géorgie, comme en témoigne la présence de ces manifestants pro-Trump.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Tous les regards demeurent tournés vers le State Farm Arena, à Atlanta, un des plus grands centres de traitement des bulletins de vote de Géorgie, comme en témoigne la présence de ces manifestants pro-Trump.

Le dépouillement dans le comté de Fulton, qui comprend la ville d’Atlanta, en Géorgie, s’est conclu jeudi, mais les yeux demeurent rivés sur le reste de cet État clé, qui espérait mettre fin au suspense en fin de journée. Contrairement aux villes de Phoenix, en Arizona, et de Philadelphie, en Pennsylvanie, c’est relativement dans le calme que l’interminable attente s’est poursuivie.

« Je suis passée par hasard, je rentrais chez moi et j’ai vu les partisans de Trump avec leurs pancartes, alors j’ai décidé de m’arrêter parce que je trouve ça vraiment frustrant de les voir réclamer qu’on cesse de compter les bulletins de vote par correspondance », explique Courtney Herbet, rencontrée par Le Devoir devant le State Farm Arena.

L’établissement, connu pour être le domicile des Hawks d’Atlanta, était le plus grand centre de traitement des bulletins de vote du comté de Fulton. Au moment où les autorités annonçaient avoir terminé de comptabiliser les votes du comté, une cinquantaine de partisans trumpistes ont débarqué.

C’est à ce moment-là que la femme de 18 ans les a aperçus et a décidé, spontanément, de les confronter. « Trump a ruiné notre pays, les quatre dernières années ont été affreuses sur tous les plans, la hausse du racisme, le sexisme et dernièrement la mauvaise gestion de la pandémie », hurle-t-elle, alors que les supporters du président sortant la narguent. « Elle veut juste de l’attention », « Tu devrais avoir honte », « Socialiste ! », lui lancent certains depuis l’autre côté de la rue.

D’heure en heure, la course se resserre dans cet État qui compte 16 grands électeurs. Au moment où ces lignes étaient écrites, à peine 1775 votes séparaient Donald Trump de Joe Biden. Le démocrate n’a cessé de réduire l’écart entre lui et le président dans les dernières heures. 

Alimentés par les propos du président Trump — qui en a remis une couche jeudi soir lors d’un bref discours — ses sympathisants réclament l’arrêt du compte des votes.

« M. Trump nous avait prévenus qu’il y aurait des tentatives de fraude avec le vote postal et il avait raison », lance Mary-Margaret Brown, une républicaine qui estime, comme le président, que les démocrates tentent de « voler » les élections.

« On a tous vu les images des rassemblements de M. Trump à travers le pays. Il y avait des milliers de supporters dans chaque ville et aujourd’hui, les démocrates, qui n’avaient personne à leurs rassemblements, essaient de nous voler l’élection avec des bulletins frauduleux », déplore une femme, qui refuse de dévoiler son identité au Devoir par crainte de représailles. « C’est dangereux d’être identifiée comme une supporter de Trump », soutient celle qui se qualifie de « militante silencieuse », cachée sous un foulard aux couleurs du drapeau américain.

Mercredi, les républicains ont annoncé s’adresser aux tribunaux pour que le dépouillement soit suspendu en Géorgie. Or, le juge James Bass a rejeté la demande du camp républicain jeudi. « La cour constate qu’il n’y a aucune preuve que les bulletins évoqués dans la requête ont été reçus après 19 h le jour de l’élection, ce qui aurait rendu ces bulletins invalides », a-t-il tranché.

Le faible écart entre les deux candidats oblige les autorités à faire preuve de diligence, a assuré Gabriel Sterling, responsable de la mise en œuvre du système de vote de l’État de Géorgie.

« Avoir un décompte rapide, c’est bien, nous apprécions tous la rapidité. Mais nous apprécions davantage l’exactitude d’un dépouillement », a-t-il fait valoir. « Les employés des bureaux de vote ne sont pas impliqués dans de la fraude électorale », a aussi insisté M. Sterling. « Je peux vous dire qu’ils font leur travail tous les jours. C’est difficile et nous leur en sommes reconnaissants. Nous allons travailler avec eux pour nous assurer que chaque bulletin de vote légal est compté », a-t-il poursuivi.

Comme dans plusieurs autres États américains, même si le vainqueur n’a toujours pas été confirmé, le spectre d’un recomptage plane aussi sur la Géorgie.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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