Biden en tête dans une lutte sans merci

«Après une longue nuit de calculs, il est clair que nous gagnons suffisamment d’États pour atteindre les 270 votes du collège électoral nécessaires pour remporter la présidence», a clamé Joe Biden au Delaware mercredi après-midi.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press «Après une longue nuit de calculs, il est clair que nous gagnons suffisamment d’États pour atteindre les 270 votes du collège électoral nécessaires pour remporter la présidence», a clamé Joe Biden au Delaware mercredi après-midi.

Il aura fallu près de 24 heures, mais Joe Biden semblait s’approcher de plus en plus de la victoire mercredi. Le candidat démocrate à la présidentielle américaine a réussi à décrocher quelques États clés et à resserrer l’écart avec Donald Trump dans un autre. Le candidat républicain, en revanche, demeurait compétitif dans quelques États lui aussi, au fil du dépouillement des bulletins de vote d’une lutte qui demeurait serrée. Loin d’être prêt à baisser les bras, Donald Trump s’est adressé aux tribunaux dans trois États pour tenter d’y faire cesser le dépouillement de votes qui profitaient à M. Biden.

Le ton des candidats a complètement changé mercredi. Alors que la campagne démocrate était déçue de ses résultats mardi soir, elle avait bon espoir de l’emporter le lendemain. « Après une longue nuit de calculs, il est clair que nous gagnons suffisamment d’États pour atteindre les 270 votes du collège électoral nécessaires pour remporter la présidence », a clamé Joe Biden au Delaware mercredi après-midi. « Je ne suis pas ici pour déclarer que nous avons gagné. Mais je suis ici pour rapporter que, lorsque le dépouillement sera terminé, nous croyons que nous serons les gagnants. »

Le contraste avec la veille était frappant. Douze heures plus tôt, en pleine nuit, c’était le président Donald Trump qui se permettait, lui, de s’autoproclamer gagnant de l’élection.

Mais au fil des heures, les réseaux télévisés ont prédit que Joe Biden allait remporter le Wisconsin — avec ses 10 votes au collège électoral — et le Michigan — 16 votes de plus. Joe Biden était aussi en avance en Arizona avec ses 11 votes — quoique l’écart se resserrait au moment d’écrire ces lignes. Idem au Nevada — où on attend le décompte final jeudi midi dans cet État qui pourrait offrir les six votes manquants au candidat démocrate pour qu’il soit le prochain président des États-Unis.

Même en Géorgie, où le président Trump avait une légère avance, l’écart n’a cessé de se resserrer au fil des heures.
 

Inversement, l’enthousiasme du camp républicain s’est rapidement évaporé. La campagne de Donald Trump avait entamé la journée de façon très combative, en annonçant qu’elle réclamerait un dépouillement judiciaire au Wisconsin, où Joe Biden ne détient qu’une avance de 20 000 voix.

Les républicains ont ensuite déclaré qu’ils s’adresseraient aux tribunaux pour suspendre temporairement le dépouillement au Michigan et en Pennsylvanie, invoquant le fait que leurs équipes n’y avaient pas suffisamment d’accès pour surveiller adéquatement le dépouillement des bulletins de vote qui ont continué d’être comptés après la soirée électorale de mardi. En soirée, ils ont renchéri en réclamant que le dépouillement soit suspendu en Géorgie, alléguant que les démocrates essayaient d’y « voler l’élection ».

« Nous nous adressons aux tribunaux pour empêcher les responsables démocrates des élections de cacher le dépouillement des votes à nos observateurs républicains — des observateurs dont l’unique mandat est de s’assurer que tous les bulletins de vote sont comptés, et comptés une seule fois », a fait valoir le directeur de la campagne de Trump, Bill Stepien — sans présenter de preuves à l’appui de ces allégations.

Les républicains ont martelé en début de journée qu’ils voyaient un chemin vers la victoire. Que l’État de la Pennsylvanie leur reviendrait, ce qui leur permettrait de l’emporter. La campagne de Donald Trump a même clamé qu’il y était le gagnant — sans qu’aucune source indépendante fasse la même prédiction.

Or, avec une victoire probable au Michigan, au Wisconsin, en Arizona et au Nevada, il s’avère que Joe Biden n’aura pas besoin de la Pennsylvanie pour devenir président. Et Donald Trump n’aurait pas suffisamment de votes au collège électoral même avec cet État du Nord-Est et la Caroline du Nord, où il conservait une avance mercredi soir. Le président aurait besoin de consolider une victoire en Géorgie et de reprendre le Nevada ou l’Arizona des mains des démocrates.

Ces pronostics pourraient expliquer que Donald Trump se soit fait discret mercredi. Le président ne s’est pas adressé aux Américains de toute la journée. En pleine nuit, il avait pourtant fait une grande sortie pour marteler qu’il serait réélu. Il s’est contenté mercredi d’envoyer quelques gazouillis, remettant en doute les résultats qui devenaient de plus en plus serrés dans certains États et les victoires annoncées dans d’autres pour Joe Biden par les médias.

Le candidat démocrate a réclamé, au Delaware, que tous les votes exprimés au pays soient bel et bien comptés. « Personne ne va nous retirer notre démocratie, a-t-il scandé. Nous, citoyens, ne serons pas muselés. Nous, citoyens, ne serons pas intimidés. Nous, citoyens, ne céderons pas. »

Les États pivots se défendent

Avant même que le président confirme qu’il contestera le dépouillement dans trois États clés de la course, les dirigeants de ceux-ci ont défendu leur processus électoral et démenti les allégations que des bulletins de vote « illégaux » menacent l’issue du scrutin. Compter les votes par anticipation reçus au plus tard le jour du scrutin, le 3 novembre, est tout à fait légal, ont-ils martelé, à condition que le cachet de la poste confirme qu’ils ont été expédiés avant la date du scrutin.

En Géorgie, le secrétaire d’État, Brad Raffensperger — un républicain —, a affirmé que les autorités prendraient le temps de compter tous les votes. « Nous voulons nous assurer que l’on respecte la loi de l’État. Et nous ne croyons pas que des juges devraient légiférer. »

En Pennsylvanie, où un peu plus d’un million de votes devaient encore être comptés mercredi matin, on s’attendait à ce que le processus s’étire jusqu’à jeudi ou vendredi. « Je vais nous défendre vigoureusement et nous allons tous nous défendre vigoureusement contre toute tentative d’attaquer ce vote en Pennsylvanie », a scandé le gouverneur démocrate, Tom Wolf.

Au Michigan, la secrétaire d’État, Jocelyn Benson — elle aussi démocrate —, a tenu le même discours. « Ces votes ont été exprimés par des dizaines de milliers de citoyens du Michigan qui ont le droit de voir leurs votes comptés. Et nous allons nous assurer que ce droit est respecté. »

Quelques heures plus tard, des manifestants se sont présentés dans un centre de dépouillement de Detroit, au Michigan, en criant « Cessez le vote » et en réclamant la fin du dépouillement des votes par correspondance.

La mise en doute du processus électoral par les républicains inquiète les experts. « On est dans une crise de légitimité, c’est certain », constate Elizabeth Vallet, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean et directrice de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand. « Que quelqu’un se déclare gagnant avant que tous les bulletins soient comptés, en soi c’est une crise. Trump cherche avant tout à gagner la bataille de l’opinion publique, l’esthétique de la victoire. »

Cette stratégie comporte toutefois des risques, note Tammy R. Vigile, professeure de communications à l’Université de Boston. « Ce qui est problématique, bien sûr, c’est qu’il envoie ce message à certains partisans qui peuvent avoir une propension à la violence, note-t-elle. Mais surtout, en remettant en question la légitimité du résultat, il prépare le terrain pour que ses partisans, s’il perd, se sentent plus en colère, ont l’impression de s’être fait voler l’élection. Les conséquences sont là. »

Avec Magdaline Boutros et Guillaume Bourgault-Côté

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat– Le Devoir.