La mairie de Washington et la Maison-Blanche se divisent sur le sort des monuments aux noms associés à l'esclavagisme

L’obélisque  en l’honneur  de George  Washington fait partie des monuments visés par la commission municipale.
Andrew Harnik Associated Press L’obélisque en l’honneur de George Washington fait partie des monuments visés par la commission municipale.

La mairesse de Washington est revenue mercredi sur un projet consistant à rebaptiser ou « mettre en contexte » plusieurs monuments fédéraux emblématiques de la capitale américaine, face au tollé provoqué par ces recommandations jugées « grotesques » par la Maison-Blanche.

Une commission municipale avait recommandé de débaptiser une cinquantaine d’écoles et parcs de la ville portant le nom de figures historiques liées notamment au passé esclavagiste ou raciste des États-Unis, en plein débat national sur l’histoire douloureuse du pays.

Elle recommandait aussi de « renommer, retirer ou remettre en contexte » plusieurs monuments de la ville, dont le célèbre obélisque en l’honneur de George Washington, père de la Nation, le mémorial Thomas Jefferson, l’un des auteurs de la Déclaration d’indépendance, ou une statue de Christophe Colomb.

Les premier et troisième présidents américains possédaient en effet des esclaves, tandis que le découvreur de l’Amérique est considéré par beaucoup comme un symbole de la colonisation violente du continent par les Européens.

Mais la page concernant ces monuments, situés sur le territoire fédéral, avait été retirée mercredi matin.

La mairesse Muriel Bowser a demandé à la commission « de clarifier et de préciser ses recommandations pour se concentrer sur la ville, afin que personne ne tente de confondre l’objectif du groupe de travail [qui est] la mise en contexte et non le retrait des monuments et mémoriaux importants », a expliqué dans un communiqué sa porte-parole.

Vives critiques

La Maison-Blanche avait fustigé mardi soir des « recommandations grotesques » et la volonté de la mairesse démocrate de « démolir notre histoire et de détruire notre grand patrimoine ».

Dans son rapport, la commission indique que sa tâche est de « s’assurer que les points de vue publics et personnels » des personnalités ayant donné leur nom à ces monuments « n’ont pas contribué à l’histoire de la nation en matière d’esclavage, de racisme et autres préjugés ».

La liste comporte notamment le nom d’anciens présidents comme Woodrow Wilson, père fondateur de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) mais qui avait autorisé la ségrégation raciale au sein du gouvernement.

Elle compte aussi Alexander Graham Bell, inventeur du téléphone et partisan de l’eugénisme, et Francis Scott Key, auteur du poème The Star-Spangled Banner (La bannière étoilée) devenu l’hymne national américain, et qui défendait l’esclavage aux États-Unis.

David Farber, historien de l’Université du Kansas, a estimé que « peu de personnages historiques étaient sans failles profondes du point de vue moderne ».

« Mais quelques-uns, comme Jefferson, Franklin et Washington, ont lutté pour une société meilleure, même s’ils ont souvent accepté les conventions effroyables de leur époque ou en ont même bénéficié », a-t-il dit à l’AFP.

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