La justice américaine bloque la reprise des exécutions fédérales

Selon les sondages, le soutien pour la peine de mort s’est érodé chez les Américains, mais reste fort chez les électeurs républicains, qui sont pour à 77% dans le cas des meurtriers.
Photo: Chip Somodevilla/Getty Images/AFP Selon les sondages, le soutien pour la peine de mort s’est érodé chez les Américains, mais reste fort chez les électeurs républicains, qui sont pour à 77% dans le cas des meurtriers.

Un tribunal américain a suspendu lundi les exécutions fédérales de condamnés à mort, qui devaient reprendre après 17 ans d’interruption sous l’impulsion du gouvernement de Donald Trump malgré l’opposition des proches des victimes ou des milieux religieux et dans un contexte de crise sanitaire.

La juge fédérale Tanya Chutkan, siégeant à Washington, a donné raison lundi matin aux avocats de Daniel Lee, qui devait être exécuté quelques heures plus tard par injection létale au pénitencier de Terre Haute dans l’Indiana, et de trois autres hommes qui devaient mourir d’ici la fin août.

Tous ont été condamnés à la peine de mort par des tribunaux fédéraux pour le meurtre d’enfants.

Mme Chutkan a estimé que ces exécutions « court-circuitaient la procédure judiciaire légitime », alors que plusieurs recours n’ont pas été tranchés.

Les condamnés affirment notamment que le protocole d’exécution — une dose létale de pentobarbital — leur ferait subir une souffrance « irréparable » en violation de la Constitution, un argument souvent utilisé par les opposants à la peine capitale.

Le département de la Justice devrait interjeter appel de cette décision. Les recours peuvent aller jusqu’à la Cour suprême du pays.

Ancien partisan de la suprématie blanche, Daniel Lee, 47 ans, a été condamné en 1999 à la peine capitale pour le meurtre d’un couple et de leur fillette de huit ans.

Aux États-Unis, la plupart des crimes sont jugés au niveau des États, mais la justice fédérale peut se saisir des actes les plus graves (attentats, crimes racistes…) ou commis sur des bases militaires, entre plusieurs États ou dans des réserves autochtones.

Au cours des 45 dernières années, seules trois personnes ont été exécutées au niveau fédéral, dont Timothy McVeigh responsable de l’attentat d’Oklahoma City (168 morts en 1995) en 2001. La dernière exécution fédérale remonte à 2003.

Après avoir annoncé l’année dernière la reprise de ces exécutions, le secrétaire à la Justice, Bill Barr, a fixé en juin leur calendrier, au moment même où les cas de nouveau coronavirus repartaient à la hausse dans une grande partie du pays.

Or, une exécution implique de nombreuses personnes : « le personnel pénitentiaire, des avocats, des proches des victimes ou des accusés, des journalistes, un aumônier… », énumère pour l’AFP Robert Dunham, le directeur du Centre d’information sur la peine de mort, qui fait référence sur le sujet.

C’est « irresponsable de vouloir mener autant d’exécutions en si peu de temps » dans ce contexte de crise sanitaire, ajoute-t-il, en dénonçant une « instrumentalisation politique de la peine capitale ».

Selon les sondages, le soutien pour la peine de mort s’est érodé chez les Américains, mais reste fort chez les électeurs républicains, qui sont pour à 77 % dans le cas des meurtriers.

Donald Trump, qui brigue un second mandat le 3 novembre, réclame régulièrement un usage renforcé de cette sanction ultime, notamment pour les tueurs de policiers ou les trafiquants de drogue.

« Plus de douleur »

Il n’a pour l’instant pas répondu aux nombreux appels à la clémence envers Daniel Lee.

« En tant que partisane du président Trump, je prie pour qu’il entende mon message : l’exécution de Danny Lee pour le meurtre de ma fille et de mapetite-fille n’est pas ce que je veux et apportera plus de douleur à ma famille », a notamment déclaré Earlene Peterson, 81 ans, dans une lettre ouverte.

Elle demande notamment que la peine de mort soit commuée en réclusion perpétuelle, dont a écopé un homme ayant joué un rôle central dans les meurtres.

En parallèle, avec d’autres membres de la famille, elle avait obtenu la semaine dernière un report de l’exécution en raison de l’épidémie de coronavirus. Ils affirmaient être devant un choix impossible entre leur droit d’assister aux derniers moments du condamné et la protection de leur santé.

Mais une cour d’appel a cassé la décision dimanche. Dans la foulée, ils ont saisi la Cour suprême.

De leur côté, un millier de responsables religieux, catholiques et évangéliques, ont appelé le président à se « concentrer sur la protection de la vie et non sur les exécutions » en ces temps de COVID-19.

Et vendredi, l’Union européenne lui a demandé de « reconsidérer » une position qui, selon elle, « va à l’encontre d’une tendance générale aux États-Unis et dans le monde d’abolir la peine de mort, par la loi ou en pratique ».

Vingt-deux exécutions ont eu lieu en 2019 aux États-Unis et sept depuis le début de l’année 2020.

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