Les armureries exclues des services essentiels, la NRA poursuit l’État de New York

À Los Angeles, les groupes pro-armes ont réussi à faire reconnaître les armureries comme magasins essentiels, forçant les autorités à les maintenir ouvertes.
Ringo H.W. Chiu Associated Press À Los Angeles, les groupes pro-armes ont réussi à faire reconnaître les armureries comme magasins essentiels, forçant les autorités à les maintenir ouvertes.

Un malheur n’arrive jamais seul. Attaqué en plein cœur par la pandémie de COVID-19, l’État de New York doit également faire face depuis cette semaine à une autre charge provenant de la National Rifle Association (NRA).

Le puissant lobby des armes à feu aux États-Unis a décidé en effet de poursuivre le gouverneur Andrew Cuomo, sur la ligne de front pour contenir la prolifération du virus sur son territoire. Le groupe l’accuse de porter atteinte au « droit fondamental » des Américains de pouvoir acheter une arme à feu pour se défendre, droit protégé par le deuxième amendement de la Constitution, et ce, à cause de l’exclusion des armureries de la liste des services essentiels autorisés à garder leurs portes ouvertes durant la crise sanitaire en cours.

Depuis le 20 mars dans l’État de New York, seuls les épiceries, les marchands d’alcool, les pharmacies et les stations-service peuvent le faire, pour réduire les déplacements et forcer la distanciation physique des habitants de l’État, le plus touché par la propagation du coronavirus, d’une côte à l’autre.

« Personne qui a utilisé une arme pour sa défense personnelle n’oserait dire qu’elle n’est pas essentielle », a justifié par voie de communiqué Wayne LaPierre, directeur général de la NRA, dans les minutes qui ont suivi le dépôt de la poursuite contre l’État jeudi.

La NRA a décidé la semaine dernière de traîner également la Californie devant les tribunaux pour des raisons similaires. Le gouverneur de cet État de l’Ouest a soustrait les marchands d’armes des commerces autorisés à rester ouverts durant la période d’autoconfinement de la population.

Profiter de la crise

Depuis le début de la crise sanitaire, le lobby des armes cherche activement auprès de la Maison-Blanche et du Département de la sécurité nationale à faire entrer la vente d’arme dans la liste des biens essentiels, a rapporté il y a quelques jours le Wall Street Journal. Il souhaite ainsi forcer la réouverture de ces commerces.

La vente en ligne, elle, est toujours autorisée et elle se porte bien. En mars, les Américains ont acheté 2 millions d’armes à feu, indiquent les données fédérales. Le nombre de demandes de vérification des antécédents criminels pour un tel achat a bondi également de plus de 41 % entre mars 2020 et la même période l’année dernière, selon les plus récents chiffres du FBI.

 

Pour la Coalition to Stop Gun Violence, la NRA est « incroyablement irresponsable pendant cette crise », puisqu’elle ne cherche rien d’autre qu’à exploiter « l’incertitude et la peur, à inciter à la panique pour augmenter ses ventes d’armes à feu  », a indiqué au Devoir Andrew Patrick, porte-parole de cet organisme qui milite pour un meilleur contrôle des armes à feu aux États-Unis.

« Ils se disent patriotes, mais ils sont l’inverse, ajoute-t-il. À une époque où l’on dit aux Américains de rester à la maison, la NRA et le lobby plus large des armes à feu appellent plutôt les gens à sortir et à magasiner. Pas de la nourriture ou des médicaments, mais un article qui rendra forcément leur maison moins sécuritaire. »

Un bilan qui s’aggrave

Depuis près de deux semaines, l’État de New York a mis l’ensemble de ses activités sur pause et ordonné à sa population de rester à la maison pour réduire leurs déplacements à l’essentiel. Vendredi, le gouverneur Cuomo a annoncé que le nombre de morts y avait fait un bond spectaculaire de 23 % en moins de 24 heures pour s’approcher de la barre des 3000 décès. Dans l’État, plus de 100 000 personnes ont été infectées par le coronavirus à ce jour, particulièrement dans la ville de New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis.

Loin du commerce des armes, les autorités sont surtout préoccupées par l’approvisionnement en matériel médical sur le territoire. Ainsi, le maire de New York, Bill de Blasio, a annoncé vendredi que la ville était à l’aube du « jour J  », soit le moment où la pandémie va dépasser les ressources du système médical. « Je ne vois pas, honnêtement, comment nous allons avoir les professionnels dont nous avons besoin pour traverser cette crise  », a-t-il indiqué vendredi matin sur les ondes de MSNBC.

La procureure de l’État de New York, Letitia James, a indiqué par voie de communiqué jeudi que « tout le monde — y compris la NRA — doit respecter la loi et tous les décrets de New York  ». Et d’ajouter : « Nous allons défendre âprement l’État contre cette nouvelle agression juridique de la NRA. »