Bloomberg se retire de la primaire démocrate

M. Bloomberg, ancien maire de New York, avait pourtant investi des sommes record dans sa campagne électorale.
Photo: Eva Marie Uzcategui Agence France-Presse M. Bloomberg, ancien maire de New York, avait pourtant investi des sommes record dans sa campagne électorale.

L’ancien vice-président américain Joe Biden est plus que jamais le favori des primaires démocrates après des victoires spectaculaires lors du Super Tuesday  et le retrait du milliardaire Michael Bloomberg, qui l’installent dans un duel de longue haleine avec Bernie Sanders. Malgré les montants records investis dans sa campagne — plus d’un demi-milliard de dollars tirés de sa fortune personnelle —, Mike Bloomberg a tiré mercredi les conclusions de ses résultats décevants à l’issue de la journée déterminante de la veille.

« Il y a trois mois, j’ai présenté ma candidature à la présidentielle pour battre Donald Trump. Aujourd’hui, je me retire de la course pour la même raison : battre Donald Trump », a annoncé l’ancien maire de New York, estimant que Joe Biden était désormais le mieux placé pour y parvenir lors de l’élection suprême du 3 novembre. Selon les médias américains, la sénatrice Elizabeth Warren était également mercredi en train de « réévaluer » l’avenir de sa campagne après avoir essuyé revers sur revers.

 

« C’est un sacré come-back pour Joe Biden, un incroyable come-back quand vous y réfléchissez », a salué le président Trump, tout en se moquant de Mike Bloomberg : « Ce doit être la pire expérience de sa vie, la plus embarrassante ». Un nouveau face-à-face démarre donc entre deux quasi-octogénaires, le modéré Biden, 77 ans, et le socialiste Sanders, 78 ans.

L’ancien bras droit de Barack Obama a aussitôt remercié Mike Bloomberg. « Cette compétition dépasse les candidats et dépasse la politique. Il s’agit de battre Donald Trump, et avec votre aide, nous allons y arriver », a-t-il écrit sur Twitter. Mardi soir, revigoré après avoir remporté au moins 9 des 14 États en jeu, il s’était présenté comme un futur président capable de « panser les plaies » des États-Unis, meurtris selon lui par « la haine et la division » semées par l’ancien magnat de l’immobilier.

Il y a trois mois, j’ai présenté ma candidature à la présidentielle pour battre Donald Trump. Aujourd’hui, je me retire de la course pour la même raison: battre Donald Trump.

Cet homme politique chevronné a créé la surprise en décrochant la victoire au Texas et en écrasant la concurrence en Virginie et en Caroline du Nord — trois gros pourvoyeurs de délégués pour la convention démocrate qui décernera, en juillet, l’investiture dans la course à la Maison-Blanche. Il a aussi gagné dans l’Alabama, l’Oklahoma, le Tennessee, l’Arkansas, le Minnesota et le Massachusetts. Il réalise ainsi un grand chelem dans les États du sud du pays et confirme être le champion des Afro-Américains, un électorat clé côté démocrate.

En face, Bernie Sanders, considéré comme le favori depuis son démarrage en fanfare dans ces primaires, ne s’avoue pas vaincu. Il semblait bien placé pour remporter le plus gros État du super mardi, la Californie, avec une avance de près de neuf points après dépouillement de 87 % des bureaux de vote. Il a aussi engrangé son petit État du Vermont, ainsi que le Colorado et l’Utah. Les deux candidats étaient toujours au coude-à-coude mercredi dans le Maine.

Signe d’une campagne qui s’annonce toujours plus âpre, « Bernie » est reparti à l’offensive avec une nouvelle publicité accusant Joe Biden d’avoir défendu des coupes dans les dépenses sociales « depuis 40 ans ». « On ne peut pas vaincre Trump avec les vieilles recettes », a plaidé le sénateur du Vermont, qui prône une « révolution ». Ses idées très à gauche pour les États-Unis, comme une assurance maladie publique universelle, se sont peu à peu imposées dans l’électorat démocrate, mais inquiètent toujours une partie de l’establishment du parti. Mais après avoir été longtemps éparpillé avec de multiples candidatures, le camp modéré est désormais uni derrière Joe Biden pour tenter de faire barrage à Bernie Sanders.

L’ancien vice-président revient de loin. Longtemps ultra-favori, il avait encaissé de piteux résultats lors des premiers scrutins en février, handicapé par une campagne terne et des dons parcimonieux. Le vote de samedi en Caroline du Sud lui a permis de faire mentir les pronostics, qui le vouaient à une mort politique quasi certaine : en s’imposant très largement dans cet État du Sud grâce au vote afro-américain, il a enclenché une dynamique nouvelle. Et avant celui de Mike Bloomberg, il avait bénéficié ces derniers jours du désistement en sa faveur de deux autres candidats modérés : le jeune Pete Buttigieg, révélation de ces primaires, et la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar.

Comme en 2016 entre Bernie Sanders et Hillary Clinton, la chasse aux délégués pourrait toutefois durer. Malgré son avance, Joe Biden reste loin des 1991 délégués nécessaires pour s’assurer l’investiture démocrate en juillet : le chemin est encore long. Il passera dès mardi prochain par six nouveaux États (Washington, Idaho, Michigan, Missouri, Mississippi et Dakota du Nord), puis, le 17 mars, par la Floride, l’Arizona, l’Ohio et l’Illinois. Rien ne dit qu’un candidat aura une majorité absolue après ces scrutins, mais Joe Biden est désormais en position de force.