Biden part à la charge, Buttigieg jette l'éponge

L'ex-vice-président Joe Biden a réuni près de la moitié des suffrages exprimés en Caroline du Sud samedi avec 48,4% des voix.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse L'ex-vice-président Joe Biden a réuni près de la moitié des suffrages exprimés en Caroline du Sud samedi avec 48,4% des voix.

Relancé par sa nette victoire à la primaire de Caroline du Sud samedi, Joe Biden s’est plus que jamais posé dimanche en solution de rechange à Bernie Sanders et a mis en doute la capacité de son rival démocrate à rassembler.

Après avoir déçu lors des trois premiers scrutins en Iowa, dans le New Hampshire et le Nevada, l’ancien vice-président de Barack Obama a finalement réussi à stopper l’hémorragie samedi, réunissant quasiment la moitié des suffrages exprimés (48,4 %), plus du double de Bernie Sanders (19,9 %), deuxième.

« C’est un gros coup de fouet pour nous », s’est félicité Joe Biden dimanche sur la chaîne de télévision CNN, un peu plus de 48 heures avant la primaire géante du Super Tuesday, qui verra les démocrates de 14 États choisir celui qu’ils veulent voir défier Donald Trump le 3 novembre.

Plus d’un tiers des délégués (environ 34 %), qui choisiront le candidat du parti lors de la convention démocrate, mi-juillet, seront désignés mardi.

« Ça marque le début d’un retour », a estimé, sur la chaîne Fox, le septuagénaire qui fut longtemps le super favori au sein des démocrates avant d’être rattrapé, puis dépassé, par Bernie Sanders. « C’est un marathon. »

Buttigieg se désiste

Après une sévère défaite en Caroline du Sud qui a mis en lumière sa grande difficulté à mobiliser l’électorat noir, le jeune candidat démocrate Pete Buttigieg a de son côté décidé d’abandonner la course à la Maison-Blanche dimanche soir.

À 38 ans, trois ans de plus que l’âge minimum requis pour être président, celui qui était surnommé « Mayor Pete » avait créé la surprise en remportant le caucus de l’Iowa, juste devant le sénateur Bernie Sanders.

Premier candidat ouvertement homosexuel ayant une chance d’obtenir la nomination d’un grand parti, il s’était positionné comme un modéré, mettant en garde contre les excès de l’aile gauche du parti.

Donald Trump, qui espère obtenir un deuxième mandat de quatre ans et suit attentivement le combat de ses adversaires, a prédit que l’ancien vice-président Joe Biden sera le grand bénéficiaire de cette décision.

« Pete Buttigieg est hors-course. Toutes ses voix du Super Tuesday vont aller à Joe Biden-l’endormi », a-t-il tweeté. « Joli timing. C’est le début des manoeuvres des démocrates pour s’assurer que Bernie [Sanders] soit éliminé. Une nouvelle fois, pas de nomination », a-t-il ajouté.

Une alternative à Bernie Sanders

Les autres candidats distancés, Joe Biden affronte mardi un adversaire qui a levé quasiment le double du montant récolté par son équipe de campagne (134 millions de dollars contre 70) et dispose d’un réseau de terrain inégalé chez les démocrates.

Pour amplifier son élan, celui qui fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 est reparti à la charge contre son principal concurrent, dont le programme trop à gauche, selon lui, risque d’échauder une part importante des électeurs.

« [Bernie Sanders] aura beaucoup de mal à garder la majorité à la Chambre des représentants et à faire basculer le Sénat », aujourd’hui à majorité républicaine, a déclaré Joe Biden sur la chaîne ABC. « Il ne s’agit pas de rendre vie à l’âme du Parti démocrate, mais de reconstituer l’unité de ce pays », a-t-il ajouté. « De tout le pays. »

Mal positionné dans de nombreux États importants en jeu mardi, notamment la Californie et le Texas, Joe Biden s’est projeté plus loin que la primaire démocrate. Il a ainsi mis en avant sa capacité à rassembler au-delà de la base démocrate dans des États qui balancent entre les deux grands partis, comme la Géorgie ou la Floride.

« Je peux aller dans les États en balance et gagner », a soutenu Joe Biden.

« Pour battre Trump, nous allons avoir besoin de la plus forte participation de l’histoire de ce pays », a répliqué Bernie Sanders, sur ABC. « Et je ne crois pas que ce soit faisable si vous n’avez pas un message qui résonne au sein de la classe ouvrière et des classes moyennes. »

« Les gens ne veulent pas d’une révolution », a martelé l’ancien vice-président de 77 ans, en référence aux mesures radicales proposées par Bernie Sanders. « Ils veulent des résultats. »

« L’essentiel de ce qu’il propose est une chimère », a estimé Joe Biden, reprenant l’estimation de 60 000 milliards de dollars sur 10 ans que coûterait le programme de son adversaire.

L’ancien sénateur du Delaware a aussi repris à son compte les critiques de plusieurs démocrates, notamment Hillary Clinton, selon lesquelles Bernie Sanders « n’a pas un très bon bilan [à la Chambre des représentants] et au Sénat ».

Dépassé en fonds et en troupes par Bernie Sanders, Joe Biden voit aussi se présenter la menace Michael Bloomberg, qui a déjà dépensé plus de 500 millions de dollars en publicité de campagne, du jamais vu.

L’ancien maire de New York a encore acheté trois minutes consécutives d’espace publicitaire en heures de grande écoute sur les chaînes nationales CBS et NBC pour délivrer, dimanche soir, un message sur le coronavirus, créant un nouveau précédent dans l’histoire politique américaine.

« L’argent peut vous permettre d’acheter beaucoup de choses, mais pas de faire oublier ce que vous avez fait », a dit Joe Biden dimanche sur Fox, « ou faire de vous ce que vous n’êtes pas ».

« Le Parti démocrate veut un démocrate », a lancé Joseph Robinette Biden Jr, de son nom complet. « Pas un socialiste, pas un ancien républicain. Un démocrate, pour être leur candidat et rassembler le pays, ce que j’ai fait durant toute ma carrière. »