Pire que Nixon et le Watergate, dénoncent les démocrates

La question d’un pouvoir présidentiel illimité a enflammé jeudi le Sénat pour la seconde séance de questions au procès en destitution du président américain. 
Photo: Samuel Corum Getty Images Agence France-Presse La question d’un pouvoir présidentiel illimité a enflammé jeudi le Sénat pour la seconde séance de questions au procès en destitution du président américain. 

L’acquittement de Donald Trump dans son procès en destitution récompenserait ceux qui ne respectent pas la loi, ont mis en garde jeudi les démocrates à la veille d’un vote sur la convocation de nouveaux témoins, que la Maison-Blanche veut éviter à tout prix.

Deux semaines après le début de ce procès historique, le président américain, en visite dans le Michigan, a de nouveau dénoncé une « situation très partisane » et « une réelle honte » pour le pays.

Dans l’hémicycle du Sénat, les procureurs démocrates ont jugé la situation « pire qu’il y a un demi-siècle », quand le républicain Richard Nixon avait démissionné pour éviter une destitution certaine dans l’affaire d’espionnage politique du Watergate.

Cette fois, les élus démocrates accusent Donald Trump d’avoir abusé de son pouvoir en demandant à l’Ukraine de lancer une enquête contre Joe Biden, potentiel adversaire à la prochaine présidentielle, et en bloquant secrètement une aide militaire cruciale pour cet allié.

Puis il a entravé le travail du Congrès en interdisant à ses collaborateurs de participer à l’enquête parlementaire, ont-ils redit. « C’est stupéfiant […] si on accepte qu’un président puisse faire ce qu’il veut pour être réélu », a résumé Adam Schiff, qui dirige l’équipe des procureurs démocrates.

L’argument, avancé lors du Watergate par la Maison-Blanche, était : « Si un président le fait, ce n’est pas illégal », a-t-il ajouté. « Il a échoué, mais il pourrait maintenant gagner » et « il n’y aurait alors plus de limite à ce qu’une puissance étrangère pourrait offrir à un président corrompu pour aider sa réélection ».

Un acquittement serait « la normalisation du non-respect de la loi », a-t-il ajouté.

Riposte des avocats de Trump

L’argumentaire a été réfuté avec force par les avocats de M. Trump. « Il n’y a aucune preuve d’un lien [entre l’enquête et le versement de l’aide], pas de “donnant-donnant” dans cette affaire », a affirmé Patrick Philbin.

« En politique étrangère, il existe des situations dans lesquelles un gouvernement souhaite qu’un autre agisse d’une manière qui conditionne d’autres politiques », a-t-il expliqué.

Le milliardaire républicain s’inquiétait, selon eux, de l’étendue de la corruption en Ukraine et des activités du fils de Joe Biden, Hunter, alors salarié d’un groupe gazier ukrainien, un temps soupçonné de malversations.

« S’il y avait un intérêt national à obtenir des informations » sur un citoyen américain lié à une société étrangère soupçonnée de corruption, « il serait légitime de suggérer que ça vaut le coup de s’y intéresser », a assuré M. Philbin.

 
Photo: Julio Cortez Associated Press Lindsay Chestnut, de Baltimore, lit le livre «The Impeachment Report» dans l’édifice de la Cour suprême des États-Unis en guise de protestation contre le président américain.

Mais pour Jerry Nadler, membre de l’accusation, le président avait un « motif politique évident » à voir le nom de Joe Biden associé à une enquête anticorruption.

Les démocrates savent que le président a toutes les chances d’être acquitté,la Constitution imposant une majorité des deux tiers (67 voix) pour le destituer. Les républicains comptent 53 sièges au Sénat.

Mais pour assurer la tenue d’un procès équitable et marquer l’opinion, les démocrates souhaitent entendre les proches conseillers du président qui ont été interdits d’audition pendant l’enquête. L’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton est justement prêt à témoigner.

Limogé en septembre 2019, il affirme dans un livre à paraître prochainement que le président lui avait dit en août ne pas vouloir débloquer l’aide militaire destinée à l’Ukraine tant que ce pays n’enquêterait pas sur les Biden.

Les défenseurs du président refusent de convoquer ces témoins, invoquant un risque pour la sécurité nationale.

Les 47 élus du camp démocrate doivent convaincre au moins quatre des 53 républicains, qui ont jusqu’ici fait bloc derrière l’ancien homme d’affaires new-yorkais et souhaitent, comme lui, une fin rapide de ce procès.

Dans un souci de compromis, Adam Schiff a proposé jeudi à la majorité républicaine que ces auditions ne durent qu’une semaine.

« Prenons une semaine pour avoir un procès équitable, est-ce trop demander ? » a-t-il lancé.

L’absence de témoin ne « fera que promouvoir un cynisme destructeur pour cette institution et notre démocratie », a-t-il ajouté.

« Il est temps de voter, je suis prêt », a répondu le sénateur républicain John Barrasso.

Un vote sur la question est prévu vendredi en fin de journée. Si le scrutin, qui nécessite, lui, une majorité simple, s’achevait sur une égalité (50-50), Adam Schiff s’est dit prêt à demander au chef de la Cour suprême John Roberts, qui préside le procès, d’apporter sa voix déterminante.

Toutefois, celui-ci peut décliner la demande et les démocrates échoueraient. Les sénateurs pourraient alors passer rapidement au verdict final.