Jérusalem aux Israéliens à jamais, propose Donald Trump

Accompagné du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et en l’absence de tout représentant palestinien, Donald Trump a présenté son plan de paix pour le Moyen-Orient, mardi, à Washington.
Photo: Susan Walsh Associated Press Accompagné du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et en l’absence de tout représentant palestinien, Donald Trump a présenté son plan de paix pour le Moyen-Orient, mardi, à Washington.

Le président américain, Donald Trump, a dévoilé mardi son plan de paix pour le Proche-Orient, qui accorde à l’État hébreu nombre de concessions, parmi lesquelles la reconnaissance de Jérusalem comme « capitale indivisible ».

Depuis les salons de la Maison-Blanche, il a vanté, sur un ton résolument optimiste, un projet « gagnant-gagnant » pour les Israéliens et les Palestiniens avec une solution réaliste à « deux États ».

Mais il a surtout donné des gages à son « ami » Benjamin Nétanyahou, debout tout sourire à ses côtés.

Si le premier ministre israélien a salué « une journée historique », le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui a refusé ces derniers mois les offres de dialogue du tempétueux président, a affirmé que le plan ne passera pas.

« Il est impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem » comme capitale d’un État palestinien, a-t-il déclaré.

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine.

Affichant son optimisme sur le devenir de ce projet « très détaillé », le locataire de la Maison-Blanche a estimé qu’il pouvait permettre de faire « un grand pas vers la paix ».

Parmi les nombreux points litigieux de ce plan figure la reconnaissance de l’annexion par Israël à son territoire des colonies qu’il a implantées en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain.

Cette zone est « vitale » pour Israël, a affirmé M. Nétanyahou, tandis que l’ambassadeur des États-Unis David Friedman affirmait que l’État hébreu pouvait annexer ses colonies « sans attendre ».

Un État palestinien amputé

Un futur État palestinien basé sur ces tracés serait nettement en deçà de ce à quoi aspirent les Palestiniens, à savoir la totalité des territoires occupés depuis 1967 par Israël.

Peu après l’allocution présidentielle, l’ONU a d’ailleurs souligné qu’elle s’en tient aux frontières définies en 1967.

Le futur État palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs conditions, dont « le rejet clair du terrorisme », a souligné Donald Trump, qui a ensuite mis sur Twitter une carte des deux États envisagés, avec en particulier un tunnel reliant la Cisjordanie à la bande de Gaza.

Exprimant sa conviction que les Palestiniens méritent « une vie meilleure », Donald Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre à Mahmoud Abbas l’exhortant à saisir « une chance historique », et peut-être « la dernière », d’obtenir un État indépendant.

« Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel État resterait ouvert et sans développement » de colonies israéliennes « pendant une période de quatre ans », a-t-il précisé.

Selon la Maison-Banche, le projet propose un État palestinien « démilitarisé ».

Jérusalem resterait « la capitale indivisible d’Israël », a-t-il par ailleurs assuré, en proposant de créer une capitale de l’État palestinien cantonnée dans des faubourgs de Jérusalem-Est.

Pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l’International Crisis Group, le message adressé aux Palestiniens est clair et sans nuances : « Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer. »

Appui des Émirats arabes

Les Émirats arabes unis ont vu dans ce texte « un important point de départ » pour un retour à la table des négociations. Leur ambassadeur à Washington, Youssef al-Otaïba, était, avec ses homologues d’Oman et de Bahreïn, un des représentants de pays arabes à la Maison-Blanche, où l’absence des Palestiniens était criante.

Donald Trump avait confié au printemps 2017 à son gendre et conseiller Jared Kushner, novice en politique, l’épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d’aboutir à « l’accord ultime » entre Israéliens et Palestiniens. L’objectif : réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Couvert d’éloges par M. Nétanyahou, qui a salué sa « sagesse » et sa « détermination », le mari d’Ivanka Trump a assuré sur CNN que le document représentait une « réelle occasion » pour les Palestiniens.

« Par le passé, ils sont passés maîtres dans l’art de gâcher toutes les chances qui leur étaient offertes », a-t-il ajouté sur un ton peu diplomatique.

Le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait par avance appelé la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international.

« Ce n’est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient », a-t-il dit, jugeant que l’initiative visait avant tout à protéger « Trump de la destitution » et « Nétanyahou de la prison ».

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benjamin Nétanyahou est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison-Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.

Mais c’est avec « Bibi » qu’il a choisi d’apparaître mardi devant les caméras, et le premier ministre israélien, qui se rendra dès mercredi à Moscou pour informer le président russe, Vladimir Poutine, des détails du plan, n’a pas dissimulé son enthousiasme.

« Monsieur le Président, votre accord du siècle est la chance du siècle », a-t-il lancé depuis la Maison-Blanche.

[Le plan de Donald Trump] va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente.