Joe Biden, valeur sûre des démocrates pour briguer la Maison-Blanche?

Joe Biden a annoncé sa candidature à l’investiture du Parti démocrate jeudi.
Photo: Joseph Prezioso Agence France-Presse Joe Biden a annoncé sa candidature à l’investiture du Parti démocrate jeudi.

Si toute annonce politique comporte une part de mise en scène, Joe Biden a choisi comme décor les émeutes de Charlottesville, en Virginie, pour confirmer qu’il tenterait de devenir le prochain président des États-Unis. « C’est là qu’en août 2017, on a vu des membres du Ku Klux Klan, des suprémacistes blancs et des néonazis sortir dans l’espace public, leur visage fou illuminé par des torches, leurs veines gonflées […] chantant la même haine antisémite qu’on entendait en Europe dans les années 1930 », décrit-il dans une vidéo de trois minutes et demi mise en ligne jeudi matin, où sa voix se mêle à des images d’archive.

« À ce moment, je savais que la menace qui guettait cette nation était différente de quoi que ce soit que j’avais vu dans ma vie, poursuit-il. Si nous donnons à Donald Trump huit ans à la Maison-Blanche, il va altérer fondamentalement et pour toujours le caractère de cette nation — qui nous sommes — et je ne peux pas regarder cela se produire sans rien faire. »

Le ton était donné. Joe Biden se positionne en défenseur de « l’âme de la nation », sous-entendant qu’il est le seul candidat assez modéré pour ravir la base ouvrière de Donald Trump et renverser le président en place. Dans la vidéo, il perce du regard la caméra, l’air convaincu que l’heure est grave. Aucune allusion à sa propre personne ni à son programme politique : seulement des références aux principes fondateurs des États-Unis.

Pour jouer ce grand coup, Joe Biden peut compter sur une renommée bien établie. Il a été sénateur pour le Delaware de 1973 à 2009, entrant en poste à tout juste 30 ans — l’âge minimal prévu par la Constitution pour cette fonction. Puis, de 2009 à 2017, il a été vice-président des États-Unis dans le gouvernement Obama. À deux reprises, il s’est lancé pour la Maison-Blanche (1988 et 2008), mais ses deux tentatives se sont soldées par des échecs rapides au début des primaires. S’il est élu président en 2020, il deviendrait le plus âgé à entrer en poste, à 78 ans.

« Je pense que le pari de l’équipe de campagne de Joe Biden, c’est qu’on surestime le virage vers la gauche, la jeunesse et le libéralisme au sens américain du terme qu’on a vu avec tous les jeunes élus démocrates aux dernières élections de mi-mandat, et qu’une grande partie de l’électorat préfère demeurer au centre », estime Simon Langlois-Bertrand, professeur adjoint de science politique à l’Université Concordia.

Un politicien de carrière

Devant une horde de dix-neuf autres candidats aux primaires, M. Biden pourra faire valoir son expérience, mais devra aussi défendre son passé — même s’il reconnaît sans se défiler qu’il a fait de nombreuses erreurs dans son parcours. En 1994, par exemple, il a soutenu une loi renforçant les peines de prison qui a entraîné plus tard des problèmes d’incarcération de masse, notamment chez les Afro-Américains. Et en 1991, alors qu’il était le président de la commission des affaires juridiques du Sénat, on lui a reproché sa condescendance vis-à-vis d’Anita Hill, qui accusait un candidat à la Cour suprême de harcèlement sexuel.

Plus récemment, des femmes ont reproché à M. Biden des contacts physiques non désirés. Il s’en est excusé, mais a ensuite blagué à ce sujet.

Malgré ces boulets, M. Biden pourrait faire le poids face à Donald Trump, croit M. Langlois-Bertrand, mais il lui sera plus difficile de remporter les primaires. Il a beau mener dans les sondages devant Bernie Sanders, Joe Biden est loin de rallier une majorité d’électeurs démocrates.

Il y a une dizaine de jours, la figure de renouveau du Parti démocrate Alexandria Ocasio-Cortez expliquait justement ne pas être chaude à l’idée d’une candidature de Joe Biden. « Je comprends que plusieurs personnes seraient enthousiasmées par l’idée qu’on peut retourner aux bons vieux jours d’Obama. Il y a un élément émotif à cela, mais je ne veux pas revenir en arrière. Je veux avancer », déclarait celle qui ne peut se présenter à la présidence, faute d’avoir 35 ans.


Ses idées

Dans une conférence en 2018, Joe Biden a plaidé pour un salaire minimum à 15 $ l’heure, l’octroi de quatre années de formation gratuites aux étudiants des collèges publics, davantage d’investissements dans les infrastructures et des impôts plus progressifs.

S’il veut hausser les impôts pour les tranches les plus riches de la population, il ne semble pas envisager de nouvelles manières de faire contribuer les grandes fortunes, comme d’autres candidats plus à gauche.

En santé, M. Biden est un défenseur de la loi sur l’assurance médicale entrée en vigueur en 2013 sous Obama, puis constamment attaquée par Donald Trump. Il ne se déclare cependant pas en faveur d’un programme d’assurance médicale universelle, comme celui du Canada, promis par d’autres candidats démocrates.

Sur la question des changements climatiques, il veut garder les États-Unis dans l’Accord de Paris, mais n’a pas soutenu l’idée d’une taxe carbone.