Joe Biden se lance dans la course à la présidence des États-Unis

Joe Biden
Photo: Saul Loeb Archives Agence France-Presse Joe Biden

Après plus de 45 ans de carrière politique, l’ancien vice-président démocrate Joe Biden a officialisé jeudi sa candidature à la Maison Blanche, se posant en défenseur des valeurs de tolérance de l’Amérique face à Donald Trump, accusé d’altérer « l’âme » de la nation.

« Les valeurs fondamentales de cette nation, notre rang dans le monde, notre démocratie même, tout ce qui a fait l'Amérique, est en jeu. C'est la raison pour laquelle j'annonce ma candidature à la présidence des États-Unis », a écrit Joe Biden, 76 ans, sur Twitter.

   

« Si nous donnons huit ans à Donald Trump à la Maison Blanche, il altérera fondamentalement et pour toujours le caractère de cette nation », a averti l’ex-numéro deux de Barack Obama dans une vidéo postée en ligne.

« Bienvenue dans la course Joe l’endormi », a réagi Donald Trump sur Twitter, reprenant l’un des surnoms dont il l’a affublé.

« J’espère seulement que tu es suffisamment intelligent, ce dont on doute depuis longtemps, pour remporter la campagne de la primaire », a ajouté le locataire de la Maison Blanche. « Il y aura des coups bas. [...] Mais si tu y parviens, je te verrai sur la ligne de départ ! »

   

Dans sa vidéo, Joe Biden revient longuement sur les manifestations néonazies d’août 2017 à Charlottesville, lors desquelles une manifestante antiraciste avait été tuée, et a vivement critiqué la réponse de Donald Trump à l’époque, qui avait déclaré que « des gens biens » se trouvaient « des deux côtés ».

« À ce moment, j’ai su que cette nation était menacée comme jamais je ne l’avais constaté auparavant au cours de ma vie », a souligné Joe Biden, en veste et chemise rayée à col ouvert.

Grâce notamment à sa grande notoriété et fort de son image de rassembleur modéré, Joe Biden domine déjà depuis des mois les sondages de ce tout début de campagne pour décrocher l’investiture démocrate, malgré de récentes polémiques sur ses gestes d’affection parfois trop marqués.

Il est le 20e candidat à briguer l’investiture démocrate pour la présidentielle de novembre 2020: un nombre record pour un groupe qui présente aussi une diversité sans précédent dans l’histoire américaine.

Après deux tentatives malheureuses pour les présidentielles de 1988 et 2008 et alors qu'il avait passé son tour en 2016, trop affecté par le décès de l'un de ses fils, Joe Biden a laissé régner le suspense pendant des mois. 

Pendant ce temps, sa large avance s'est quelque peu érodée, avec l'entrée en piste de candidats médiatiques aux nouveaux visages — et bien plus jeunes —, comme le maire modéré Pete Buttigieg.

Les dernières semaines d'attente ont en outre été assombries par les témoignages de plusieurs femmes qui l'ont accusé de les avoir profondément gênées avec ses célèbres marques d'affection: baiser sur la tête, mains sur les épaules...

S'il a promis, face à la polémique, d'« être plus attentif », il ne s'est pas excusé pour autant.

Victoire « pas garantie »

Avec 29,3 % des suffrages, le centriste partage le peloton de tête démocrate avec le sénateur très gauche Bernie Sanders (23 %), selon la moyenne établie par le site RealClearPolitics.

Puis suivent, plus loin derrière, la sénatrice Kamala Harris (8,3 %), le maire de South Bend Pete Buttigieg (7,5 %), la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (6,5 %) et l'ex-élu du Texas Beto O'Rourke (6,3 %).

Joe Biden aime mettre en avant ses origines modestes dans une Pennsylvanie ouvrière, qui pourraient lui donner un avantage précieux dans les bassins industriels ayant basculé en faveur de Donald Trump en 2016. 

« Les banquiers de Wall Street et les p.-d.g. n'ont pas construit les États-Unis. C'est vous qui avez construit les États-Unis [...] la classe moyenne », avait-il lancé la semaine dernière à des grévistes.

Autre grand atout: Joe Biden reste très populaire parmi la base démocrate, notamment chez les électeurs plus âgés, les plus modérés, ainsi que les Noirs, dont la mobilisation pourrait jouer un rôle important aux urnes. 

Le président Barack Obama, par la voix de sa porte-parole, a déclaré que la choix de Joe Biden comme co-listier en 2008 avait été «l’une de ses meilleures décisions».

Outre ses célèbres gaffes, M. Biden aura aussi à répondre de plusieurs anciens épisodes, comme sa gestion de l’audition sénatoriale tendue d’une femme qui accusait de harcèlement sexuel un candidat à la Cour suprême, ou sa défense farouche d’une loi pénale qui a frappé surtout les Noirs.

Ses idées

Dans une conférence en 2018, Joe Biden a plaidé pour un salaire minimum à 15 $ l’heure, l’octroi de quatre années de formation gratuites aux étudiants des collèges publics, davantage d’investissements dans les infrastructures et des impôts plus progressifs.

S’il veut hausser les impôts pour les tranches les plus riches de la population, il ne semble pas envisager de nouvelles manières de faire contribuer les grandes fortunes, comme d’autres candidats plus à gauche.

En santé, M. Biden est un défenseur de la loi sur l’assurance médicale entrée en vigueur en 2013 sous Obama, puis constamment attaquée par Donald Trump. Il ne se déclare cependant pas en faveur d’un programme d’assurance médicale universelle, comme celui du Canada, promis par d’autres candidats démocrates.

Sur la question des changements climatiques, il veut garder les États-Unis dans l’Accord de Paris, mais n’a pas soutenu l’idée d’une taxe carbone.