Santé mentale de Trump, le débat sans fin

Selon plusieurs observateurs, l’attitude du président Donald Trump, imprévisible et peu coordonnée, peut s’avérer problématique et dangereuse.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Selon plusieurs observateurs, l’attitude du président Donald Trump, imprévisible et peu coordonnée, peut s’avérer problématique et dangereuse.

Diagnostiquer d’éventuels troubles psychiatriques chez le président américain n’a de sens que si cela est suivi d’effets. Or le 25e amendement de la Constitution n’a que peu de chances d’être appliqué dans le contexte politique actuel.

Narcissisme malfaisant, accès colériques incontrôlés, empathie déficiente ou syndrome de la persécution : Donald Trump, qui se définit lui-même comme un « génie très stable », souffre-t-il vraiment de troubles mentaux ? À chaque nouveau brûlot, le débat reprend de plus belle. Les psychiatres se volent dans les plumes, s’attaquent, se contredisent, et se justifient. Une nouvelle vague d’interrogations émerge alors que le président américain s’apprête à subir ce vendredi sa visite médicale annuelle, dont les résultats seront rendus publics. Mais ses plus féroces détracteurs seront déçus : l’examen ne révélera rien sur son état psychique. Il y sera avant tout question de pression artérielle, de taux de cholestérol et d’indice de masse corporelle.

Le débat qui agite les psychiatres tourne notamment autour d’une question : des experts du corps médical peuvent-ils se permettre de poser un diagnostic au sujet d’un patient sans le consulter ? Allusion est faite à la « règle Goldwater » datant de 1973, qui voulait, à l’origine, qu’un avis sur la santé mentale d’un personnage public ne puisse se faire sans son consentement et sans l’avoir examiné.

Mercredi, la psychiatre Bandy X. Lee s’est fendue, avec un collègue, d’une opinion dans Politico. Elle se défend d’avoir violé cette règle, elle qui a rencontré le mois dernier une douzaine de membres du Congrès, tous des démocrates sauf un. « Nous ne nous intéressons pas aux problèmes personnels de Trump, qui relèvent de la sphère privée. Mais uniquement aux traits de caractère liés à son rôle public pour avertir l’opinion de tout danger potentiel », écrivent les auteurs. Avec 25 autres experts, Bandy X. Lee a cosigné le livre The Dangerous Case of Donald Trump.

Photo: Alastair Grant Associated Press Les termes «Fire and Fury», aujourd’hui connus comme le titre du brûlot sur la Maison-Blanche signé par le journaliste Michael Wolff, tirent leur origine dans un «tweet» enragé que le président a adressé à son homologue nord-coréen.

Mais dans cette course aux qualificatifs les plus adéquats en sondant à distance les bas-fonds du cerveau présidentiel, une question se révèle bien plus cruciale : à quoi rime finalement tout ce cirque ? Diagnostiquer des déficiences ou troubles mentaux à Donald Trump est une chose, encore faudrait-il que cela ne reste pas sans effets. Et permette — puisque c’est le but recherché par ceux qui s’échinent à lui trouver des maux — de remettre en question sa capacité de gouverner et de l’écarter du pouvoir.

Le rôle du vice-président

Le 25e amendement de la Constitution américaine, ratifié en 1967, quatre ans après l’assassinat de John F. Kennedy, évoque la problématique de l’incapacité à gouverner. Il prévoit plusieurs cas de figure. D’abord, le président peut lui-même adresser une déclaration écrite aux présidents des deux chambres du Congrès pour signifier son inaptitude. Cela paraît improbable avec Donald Trump. Deuxième possibilité : le vice-président ainsi qu’une « majorité des principaux fonctionnaires des départements exécutifs ou d’un organisme désigné par une loi promulguée par le Congrès [une telle commission n’existe pas encore] » peuvent adresser une telle déclaration aux présidents du Congrès. Le vice-président deviendrait alors président, précise la section 4.

Le fidèle et loyal Mike Pence peine probablement à l’heure actuelle ne serait-ce qu’à imaginer cette possibilité. Dans un tel scénario, le président a par ailleurs le droit de contester cette incapacité à gouverner. Le vice-président et les autres signataires de la première déclaration devraient alors déposer un recours, et ce serait au Congrès de décider, dans les 21 jours et par un vote avalisé par les deux tiers des membres des deux chambres aujourd’hui à majorité républicaine, si le président est capable ou non de gouverner. Un tel scénario, dans le contexte politique actuel, n’a quasiment aucune chance de se concrétiser.

Les motivations psychologiques de Donald Trump sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir

 

« Le mien est plus gros que le tien »

Surtout, il n’y a finalement pas besoin de psychiatres pour constater que l’attitude du président américain, imprévisible et peu coordonnée, peut s’avérer problématique, dangereuse, voire irresponsable. C’est par exemple le cas quand il réagit de façon épidermique à coups de tweets intempestifs. Le récent message concernant le bouton nucléaire adressé au leader nord-coréen Kim Jong-un sur le mode « le mien est plus gros que le tien » en est un des exemples les plus flagrants.

Il fait craindre le pire, sachant que le président est en mesure de déclencher à lui tout seul une guerre nucléaire. On se souvient aussi du « feu et fureur » promis au même Kim Jong-un, une expression que Michael Wolff a reprise comme titre de son brûlot. Ou de la vidéo diffusée par Trump dans laquelle il se met en scène en train de frapper Hillary Clinton avec une balle de golf. Les exemples sont nombreux. La façon dont il réagit à la moindre critique ou contestation, sur un mode de vengeance et sans filtre, démontre sa difficile adaptation à l’importance de sa fonction.

Le psychiatre Allen Frances résumait très bien le problème dans une lettre de lecteur parue en février 2017 déjà dans le New York Times : « Les motivations psychologiques de Donald Trump sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique. » Le 10 janvier, le quotidien est parvenu aux mêmes conclusions dans un éditorial : « Le problème réside dans la tentative de situer l’essence de l’inaptitude de Donald Trump dans les limites inconnues de son esprit, par opposition à ce que nous pouvons tous voir ouvertement et aborder en termes politiques. »

2 commentaires
  • Yves Mercure - Abonné 13 janvier 2018 16 h 44

    Fantasmes et réalité, trumperies et truc de vendeur

    La journaliste du Temps semble croire totalement à la tout-puissance dont se targue le vieillard en cause. Être buté s'il en est, ce n'est certe pas l'idiot que plusieurs semblent voir, mais il se démarque surtout par sa grande ruse. Ses sparages ne visent pas àcoaliser une droite chimerique mais bien à se remplir les poches, sans le moindre égard a qui que ce soit, si ce n'est quelques proches et le peu d'intimes qu'il conserve. Ce vendeur d'illusion fait comme le prestidigitateur qui agite la baguette pendant que l'autre main fait le travail. En l'occurrence, démanteler les obstacles devant sa Petite Personne. Il sait bien trouver les espaces fantasmatiques des gens,comme avec ses sparages sur le gros bouton nucléaire. Pour ma part, au-delà du mépris que me laisse l'individu, j'aime a croire que son fantasme est purement une manœuvre et que cette épave ne pourrait aller aussi loin que ses pires prétentions. Le déclenchement atomique est certainement aussi intelligent que ce bouffon et les remparts doivent être à la hauteur pour éviter une embardée malencontreuse ou un hurluberlu qui s'enfarge dans un tapis tombe par hasard sur ola commande, comme si c'était le truc qui éteint la TV. Non, je n'y crois pas. Ce qui ne signifie pas que le singe soit dégriffé et édenté!

  • Michel Lebel - Abonné 14 janvier 2018 12 h 44

    Comme disait Obama...

    Pas nécessaire d'être un grand génie... pour conclure que le Donald en question manque d'équilibre et de jugement. ''Unfit for the job'' (inapte pour la fonction), comme disait Obama. Et le triste cirque continue. Jusqu'à quand?

    M.L.