Les géants du Web promettent au Congrès américain de se réformer

Le directeur juridique de Facebook, Colin Stretch, devant le Congrès américain mardi
Photo: Drew Angerer Agence France-Presse Le directeur juridique de Facebook, Colin Stretch, devant le Congrès américain mardi

Facebook, Twitter et Google se sont engagés mardi devant le Congrès américain à tirer les leçons de la campagne présidentielle de 2016 et à empêcher des acteurs étrangers, comme la Russie, de s’immiscer à nouveau dans la vie politique du pays.

Les trois géants de l’Internet ont détaillé les résultats de leurs enquêtes internes sur les comptes russes, énuméré les mesures prises depuis l’élection, ainsi que le nombre d’embauches de salariés qui se consacrent à la lutte contre les « spams » et les faux comptes automatisés ou aux intentions néfastes.

« L’ingérence étrangère que nous avons vue est répréhensible et scandaleuse, et ouvre un nouveau front pour notre entreprise, notre secteur et notre société », a déclaré le directeur juridique de Facebook, Colin Stretch.

Il a confirmé que des acteurs russes avaient publié des contenus, payants ou gratuits, avant l’élection pour « semer la discorde » dans la société américaine, en faisant semblant de promouvoir des causes telles que la lutte contre le racisme, mais dans l’intention de jeter de l’huile sur le feu, par exemple sur l’islam ou l’immigration. En ce qui concerne les contenus payants, 90 % des publicités financées par des entités russes évoquaient des sujets de société, et non des candidats particuliers, a dit M. Stretch.

Faux événements

De faux événements ont également été créés par les Russes, a montré le sénateur démocrate Chris Coons, comme ce faux événement « patriotique » de « mineurs pro-Trump » en Pennsylvanie.

Après l’élection de Donald Trump, les activités ont continué, notamment pour contester la validité de sa victoire.

Facebook a compté les contenus produits par l’Internet Research Agency, la société basée à Saint-Pétersbourg accusée d’avoir employé des « trolls professionnels » pour inonder les réseaux sociaux américains, pour le compte du renseignement russe : 80 000 publications sur deux ans, vues par 29 millions de personnes. Avec les commentaires et les partages, 126 millions d’utilisateurs au total ont été en contact avec ces contenus.

Le chiffre paraît important, mais selon Facebook, il équivaut à 0,004 % des contenus vus par les utilisateurs sur deux ans.

Mais « n’importe quel volume est trop de volume », a dit M. Stretch, désireux de démontrer la fermeté de son entreprise.

Twitter a également fait les comptes : 36 746 comptes liés à la Russie et ayant produit des contenus automatiques, relatifs aux élections, soit 0,012 % du nombre total de comptes existant à l’époque, ayant produit 0,33 % des « impressions » totales de tweets liés à l’élection à l’époque. Les impressions prennent en compte le nombre d’utilisateurs ayant vu un tweet donné.

Sur ses 3800 employés, plus de la moitié s’occupe de sécurité au sens large, a déclaré Sean Edgett, directeur juridique de Twitter. Chez Facebook, plus de 10 000 personnes travaillent à la sécurité en général, un chiffre qui doublera d’ici fin 2018.

« Vous auriez pu en faire plus, plus tôt », les a tancés le sénateur démocrate Patrick Leahy.

« Pourquoi Facebook a-t-il mis onze mois à s’expliquer et à nous aider à comprendre l’étendue du problème ? » a demandé le démocrate Chris Coons. Le responsable du site a répondu que Facebook avait publié un premier document en avril.

Police des contenus

Pour les élus du Congrès, il y a urgence. Ils veulent de nouveaux garde-fous avant les législatives de novembre 2018, et la présidentielle de 2020.

« La manipulation des réseaux sociaux par des organisations terroristes et des États étrangers est l’un des plus grands défis pour la démocratie américaine, et représente une menace majeure pour notre sécurité nationale au XXIe siècle », a lancé le républicain Lindsey Graham.

Certains menacent de légiférer, mais les géants de l’Internet résistent, préférant l’autodiscipline à de nouvelles réglementations.

Leurs mesures consistent à garantir plus de transparence sur les publicités à caractère politique, et à mieux faire la police des contenus, notamment pour repérer les faux comptes ou ceux émanant d’acteurs étatiques étrangers. L’expérience de 2016 les a aidés à s’améliorer, ont-ils dit.

Cette audition intervenait, hasard du calendrier, au lendemain de l’annonce de l’inculpation par le procureur spécial sur la Russie, Robert Mueller, de deux anciens membres importants de l’équipe de campagne de Donald Trump, pour divers délits, dont blanchiment d’argent. Un troisième, moins important, a plaidé coupable pour faux témoignage concernant ses contacts avec des Russes pendant la campagne.

Le président chinois vante ses réformes à Zuckerberg

Les patrons de Facebook et d’Apple, Mark Zuckerberg et Tim Cook, ont été reçus à Pékin par le président chinois, Xi Jinping, qui leur a assuré que le pays — un marché crucial pour eux — restait « ouvert » et poursuivrait ses réformes avec « détermination ». « La Chine engage des réformes tous azimuts avec une détermination vigoureuse et sans précédent » et « continuera de doper ses réformes en s’ouvrant » à l’extérieur, a martelé M. Xi, selon des propos rapportés mardi par l’agence officielle Chine nouvelle.

Des déclarations qui interviennent alors que le réseau social Facebook reste inaccessible en Chine, banni par le drastique système de censure national — même si le groupe américain y engrange toutefois des contrats publicitaires. M. Zuckerberg, visiteur régulier du pays, où il s’efforce de séduire en s’exprimant en mandarin, avait annoncé sa venue à Pékin samedi sur sa page Facebook. « Une bonne façon de mesurer le rythme de l’innovation et de l’entrepreneuriat en Chine », s’était-il enthousiasmé. Donald Trump sera à Pékin la semaine prochaine.